DEUXIÈME DIVISION
Droits de l'homme résultant des besoins de sa vie affective ou sympathique.
Comme l'ani, le castor, l'abeille et l'agami, l'homme est né pour la vie commune. Sa sociabilité est un fait qui résulte de son organisation nerveuse et sympathique \ elle est partout l'attribut de son espèce et de ses variétés. La solitude lui fait horreur, et lui cause souvent la mort si elle se prolonge. Enfant, il n'a de véritable plaisir que lorsqu'il joue et vit avec les êtres de son «âge: adulte, il lui faut, dans ses jouissances t. h. 14
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comme dans ses travaux, la compagnie de ses semblables. Il a soif en tout temps de leur approbation comme de leur présence*, à l'état sauvage même, il s'exalte à l'idée de s'en faire admirer. Avant le développement de leur vie intellectuelle, les hommes éprouvent des émotions, ils ont ce qu'on appelle des sentiments -, ils ressentent de la compassion pour les faibles , de la pitié pour les souffrants , de l'admiration pour les courageux qui se dévouent ; ils sont sensibles à la gloire, susceptibles d'être entraînés par l'amitié, subjugués par l'amour; enfin , ils sont attractifs les uns pour les autres ; en d'autres termes, ils sont sympathiquement sociables avant de le devenir rationnellement; de là ces besoins tout d'instinct, qui donnent lieu au droit et au devoir pour tous de se rechercher, de se réunir, de s'affectionner, d'être en spectacle vis-à-vis les uns des autres, pour se communiquer leurs impressions communes, et partager leurs sympathies et antipathies réciproques. Du besoin de s'aimer et de vivre d'une vie collective ou générale naît le droit et le devoir de se secourir, de se préserver des haines de ses ennemis , et par conséquent la nécessité de réunir ses forces individuelles, et de les mettre sous la direction de chefs qui aient mérité la confiance du plus grand nombre. Ici l'on voit encore paraître, comme partout ailleurs, le besoin et le droit d'association ; dans ce dernier cas , il s'exerce pour obéir à des besoins répulsifs de la vie sympathique.
Aux besoins d'émotions variées, et qui sont si nécessaires pour donner de l'expansion à la sensibilité, une stimulation à nos divers organes , se rattachent l'obligation et le droit de cultiver la musique, d'élever des théâtres, etc. Ce sont là des sources de jouissances affectives, et surtout de grands moyens, si l'on sait en faire un usage convenable, de modifier et perfectionner les facultés sentimentales de l'homme (voye2 Education), et de satisfaire en partie à ses besoins pratiques et religieux, besoins qu'on a méconnus dans le dernier siècle, mais qui n'en sont pas moins une des plus grandes exigences de notre vie affective. Pour chaque individu arrivé au développement complet de ses organes, et jouissant de la plénitude
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de sa santé, il est un sentiment affectif qui fait naître en lui le besoin presque irrésistible de concourir à la propagation de son espèce. De ce besoin impérieux surgit le droit (et c'est pour celui qui est bien constitué un devoir sacré d'en jouir, mais avec prudence) de rechercher et de se choisir, suivant des convenances d'âge, de caractère et de sympathie réciproques, l'époux, le conjoint qui lui est nécessaire, et de se constituer ensemble en société conjugale. Les enfants qui en proviennent, en leur qualité d'êtres faibles, et en vertu des sentiments de pilié et^le tendresse qu'ils inspirent aux auteurs de leurs jours, obtiennent tous ces soins indispensables sans lesquels ils ne pourraient vivre. Le droit pour eux de les obtenir est une nécessité de notre nature. Il est inspiré, comme tous ceux de la vie sympathique, plutôt que commandé. Du besoin qu'ils ont pendant bien des années de leurs parents naît pour ceux-ci le devoir de les nourrir, de les élever et les protéger jusqu'à ce qu'ils puissent eux-mêmes pourvoir à tous ces soins. Dès qu'ils existent, ils font partie intégrale de la société, qui compte leurs parents parmi ses membres. Ils ont droit, par la raison qu'ils en ont le besoin , d'obtenir sa protection et ses secours.
A côté du besoin attractif qu'on a appelé amour, il en est un autre d'une nature répulsive , qui lui est ordinairement, parallèle , et qui sert à retarder et à tempérer l'explosion de cet impétueux sentiment -, nous voulons parler de l'instinct de la pudeur. Ce besoin instinctif, qui est, pour des raisons physiologiques, dans l'intérêt des individus comme dans ceux de l'espèce, constitue un droit pour le sexe qui l'éprouve comme pour ceux auxquels il doit profiter , et c'est un devoir pour tous de le respecter. Donc tout ce qui outrage la pudeur doit être réprimé. Il est d'autres sentiments appartenant à notre vie sympathique qui doivent non-seulement être respectés comme des droits sacrés , mais aussi cultivés et pratiqués comme des devoirs : tels sont ceux de la bienveillance ou charité, du dévoûment et de l'amitié. Si nous avons besoin moralement de repousser ce qui est contraire à ces nobles et utiles
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sentiments , nous avons également le droit et le devoir de résister à tout ce qui tendrait à rabaisser celui de l'estime de nous-mêmes, et à nous faire perdre de notre dignité ; ainsi tout ce qui se pose devant nous comme suprématie non méritée , tout ce qui se présente comme usurpation vaniteuse, et qui peut avoir pour résultat de nous ravaler du rang que l'amour légitime de nous-mêmes veut que nous occupions, nous inspire le besoin et nous donne le droit de protester contre ces prétentions, et de les combattre s'il le faut-, ainsi l'amour de l'égalité se retrouve encore , comme dans la vie intellectuelle , dans les exigences de la vie sympatbique. Les sentiments religieux, par les besoins qui les font naître et les émotions qui les accompagnent , font essentiellement partie du domaine de la vie affective de l'homme. Dans tous les temps, ils ont joué un grand rôle dans sa destinée. Alors que ces sentiments ont été développés, ils ont suffi pour réunir beaucoup de familles, en former des tribus, établir des sectes puissantes, et fonder de vastes empires. La foi religieuse a une grande influence sur les masses. Elle sait captiver la raison et la diriger selon son esprit. En général , tout ce qui excite le sentiment de l'espérance, rend les hommes patients, dévoués, courageux et heureux. C'est à l'aide des sentiments religieux chrétiens , bien dirigés , qu'on excite sans peine au dévoûment, qu'on pousse à l'abnégation, et qu'on peut donner une base solide à la moralité et à l'union fraternelle de tous ceux qui sont élevés dans la même croyance. Les sentiments religieux établissent des droits pour ceux qui les éprouvent. Ces droits reposent sur le besoin que ressentent les vrais croyants d'admirer la puissance suprême dont les œuvres aussi sublimes que variées les frappent à chaque instant ; de l'aimer, d'espérer, de croire en elle, et de l'adorer. Bien que ces besoins religieux aient quelque chose de poétique, d'indéfini, d'idéal, ils n'en fondent pas moins un droit réel 5 c'est dans l'usage de ce droit que consiste la liberté de conscience, ou la faculté de faire, sans entraves, tout ce que notre foi religieuse exige, sans blesser la croyance d'autrui.