CHAPITRE XL
Devoirs.
Le mot devoir emporte avec lui l'idée d'obligation , d'une chose due, ou d'une action qui doit en conscience être faite ou évitée. Il est le corrélatif du mot droit (voyez ce mot); ils ne peuvent exister l'un sans l'autre. Obéir aux lois de son organisation sans nuire à autrui, satisfaire aux conditions de la société où l'on vit en se conformant aux règles de la justice et de la raison . en un mot, faire ce que l'on doit en respectant les droits des autres , c'est remplir son devoir.
Quels que soient le pays qu'un homme habite et la position qu il y occupe, il y a nécessairement pour lui des obligations auxquelles il doit se soumettre , des devoirs qu'il faut qu'il remplisse ; ces obligations dérivent des rapports de contact forcé qu'il doit avoir avec les êtres qui l'entourent , du soin qu'il doit prendre de ne pas les blesser, ni leur nuire, du besoin qu'il éprouve de veiller à sa conservation et de travailler à son bien-être, enfin de cette condition tacite de toute société, qui exige que chacun paie son tribut à l'association dont il fait partie , qu'il fournisse sa quote-part des charges qu'elle supporte. Cette obligation a été si bien sentie, et trouvée si juste, qu'elle a été érigée en devoir religieux chez beaucoup de nations. En effet, la religion de Mahomet veut que chacun apprenne un métier, afin qu'il ne puisse pas consommer sans produire. Celle des chrétiens met le travail au-dessus de la prière, et l'oisiveté au rang des plus grands vices ; c'est même
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un véritable vol fait indirectement à la société, puisqu'elle la prive des services qu'on lui doit en compensation de la protection qu'elle accorde, et des autres avantages qu'elle procure. Il n'y a donc qu'un insensé, ou un pervers, qui puisse avoir la prétention de se soustraire aux règles du devoir.
Certains philosophes ont eu le tort très-grave de vouloir rabaisser la condition humaine, et de l'assimiler en quelque sorte à celle des animaux. Celte manière de considérer l'homme est aussi fausse qu'immoraie. Elle est une insulte gratuite faite à sa dignité. C'est, de plus, une subversion des principes qui servent de sanction à nos devoirs et de base à notre moralité. Non , il n'est pas vrai que notre espèce soit en tout semblable à celles des animaux, et comme elles, bornée aux relations et aux lois physiques.
La volonté humaine est soumise à d'autres impulsions qu'à celles des sens et des appétits. L'instinct animal n'est point sa seule règle. Elle reconnaît la suprématie de la raison , et sait se conformer aux directions de la conscience -, même au physique, nous sommes supérieurs à tous les animaux, par le développement de notre système nerveux, parla disposition de nos mains, qui les rend propres à tous genres d'industrie , et surtout par notre masse cérébrale. Mais, sous le rapport moral, la dislance qui nous sépare est si grande, qu'on peut presque la comparer à celle qui existe entre l'esprit et la matière , enlre une inleîligence qui raisonne ses actes , en calcule la portée, en prévoit les conséquences, et l'automate qui obéit aveuglément aux lois de son mécanisme , sans en avoir la conscience.
L'homme est organisé pour avoir une multitude de rapports avec tous les règnes de la nature, et ses facultés sont susceptibles de se développer en proportion de la multiplicité de ces mêmes rapports. Il n'y a aucun animal qui puisse, comme lui, habiter tous les climats, résister à toutes les températures, et se nourrir de toutes sortes d'aliments. Il est le seul des êtres organisés qui sache se servir du feu, des armes, des machines ; le seul qui puisse parcourir toutes les mers, mesurer, étudier