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tous les continents. Aussi, est-il donné à son esprit d'acquérir non-seulement des idées de chaque objet en particulier, mais encore des idées générales, des idées abstraites , des idées de causes et d'effets, et celles de leurs rapports, et de pouvoir les exprimer dans un langage articulé, et par des signes gravés qui permettent à sa descendance d'en faire son héritage, de sorte que la richesse intellectuelle des générations qui l'ont précédée vient sans cesse se surajouter à celle des générations qui lui succèdent. Cela seul suffirait pour le distinguer éminemment de tous les autres êtres animés ; mais ce n'est pas là son seul privilège. Tandis que l'instinct de celui-ci reste borné, stationnaire, la raison, comme la science de l'homme, tous les jours se développe, marche et s'agrandit; par la puissance de son génie, il a inventé, multiplié, perfectionné, une foule de moyens d'investigation, et le livre de l'univers s'est ouvert pour lui. Il peut lire dans les astres comme dans les entrailles de la terre. Il peut fouiller, scruter le passé, se l'approprier pour l'utilité de son présent, et en faire le fanal de son avenir. L'activité de sa volonté, la puissance de son intelligence, lui font tout embrasser, tout étudier, tout comprendre.
Reconnaissons-le, la sphère d'action de l'homme sur ce globe est immense, et le rôle qu'il y joue est celui d'une haute et noble intelligence. Voilà pourquoi on dit avec raison qu'il est la première des créatures, le seul maître , l'autocrate de la nature, après le créateur. Ce qui légitime celte suprématie de l'homme, c'est qu'il a seul la faculté de perfectionner son individu et sa race ; c'est qu'il lui est donné d'aimer ses semblables, d'être sensible à la gloire, d'aimer la vertu, de se passionner pour le vrai , de s'enflammer pour le beau , de se dévouer à ses convictions , et même de mourir , s'il le faut, pour obéir à sa conscience et remplir son devoir. Le tombeau ne peut arrêter l'essor de sa pensée. Il connaît, il éprouve le sentiment religieux. Il vit de la vie de l'intelligence, au-delà même de cette vie, par l'espérance et la foi. Il pressent qu'il a en lui un principe d'animation qui est distinct de son orga» nisation matérielle, car la matière, comme notre esprit la con«
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çoit, n'a pas de propriétés qu'on puisse assimiler aux attributs moraux ; elle n'a rien de commun avec le sentiment de la conscience 5 elle ne pense pas, ne raisonne pas. On ne peut, sans absurdité , supposer qu'elle puisse connaître l'abnégation, pratiquer le dévoûment, et s'immoler à la loi du devoir. Il n'y a donc qu'un être moral, intelligent, immatériel, en un mol, qui puisse avoir ces propriétés-là. Cet être, c'est le moi, lame humaine, le principe du sentiment et de la pensée que nous ne connaissons point dans son essence, mais dans ses effets. Au-dessus de cette âme, de ce principe, il y en a un autre qui plane sur ces millions de mondes qui peuplent l'espace, qui les dirige par des lois immuables, fruit de sa toutepuissance , c'est l'être infini, l'intelligence suprême, c'est Dieu. Cet être tout prévoyant a voulu que l'harmonie régnât dans la constitution de l'homme et dans celle des sociétés qu'il forme, comme il règne dans l'univers. Il a voulu que toute transgression , violation des lois qui président à cette harmonie, fussent punies par le trouble, le regret et la douleur.
C'est dans ces nobles croyances, ainsi que dans notre conscience, que les lois du devoir trouvent leur appui et leur sanction. Ces lois sont déposées en germe dans le cœur de tous les hommes , car tous ont le sentiment de ce qui est bien et de ce qui est mal. Tous sentent, en effet, qu'il y a une grande différence entre aimer ses frères ou les maltraiter, entre obliger son ami ou le trahir -, tous ont horreur de celui qui tenterait d'avilir sa mère ou de frapper son père, chez toutes les nations.
Ces lois morales existent. Elles sont aussi simples que vraies. Elles n'ont pas besoin, pour être comprises , d'une longue étude. Elles sont à la portée de tous comme dans l'intérêt de chacun. Elles ne sont ni austères, ni farouches, comme on se l'imagine. Elles n'exigent, pour être pratiquées, ni des efforts au-dessus de nos forces, ni des sacrifices que ne comporte point notre nature. L'on s'est trompé quand on a prétendu qu'elles excluaient , défendaient, proscrivaient les plaisirs. Non, elles ne les défendent point-, mais elles veulent qu'on ne