LIVRE VI , CHAPITRE XI
leur donne pas le premier rang dans les occupations sociales de la vie 5 elles veulent qu'ils soient une distraction, un moyen de repos après les fatigues du travail , et non une cause de souffrance ou un motif de repentir. Elles exigent qu'ils soient modérés, pour qu'ils n'usent pas la santé ; honnêtes, pour qu'ils ne dépravent pas le sentiment et ne corrompent pas l'esprit. Elles y attachent la honte, quand ils doivent être suivis de remords. Enfin, les lois du devoir veulent simplement que nous fassions pour nous, pour ceux qui nous entourent, et la société qui nous protège, ce que raisonnablement nous devons désirer que les autres fassent en pareilles circonstances. Elles se résument dans ce précepte : Faites le bien , évitez le mal. Le bien est tout ce qui est utile à notre espèce , tout ce qui l'améliore et assure son bien-être moral et physique. Le mal est le contraire du bien -, c'est tout ce qui nous Vicie et nous détériore ; c'est tout ce qui nuit à la santé de l'âme et du corps.
Ne craignons pas d'avouer qu'il est des circonstances où ce que nous venons de dire sur la facilité à remplir ses devoirs, souffre des exceptions. Il est des cas dans lesquels il faut du courage dans l'esprit et de l'énergie dans le caractère pour remplir certains devoirs : par exemple, comme l'humanité est avant notre patrie, notre patrie avant notre famille, et notre famille avant nous-mêmes, l'on conçoit qu'il faut savoir quelquefois faire taire ses plus chères affections, et agir à rebours de nos penchants les plus doux. Le devoir , ainsi vu de haut, est de faire, sans retour sur nous-mêmes, sans avantage pour notre individu, tout ce que notre raison a jugé utile , nécessaire, et notre conscience juste.
Il y a deux classes principales de devoirs : ceux qui nous obligent, comme simples particuliers, et ceux qui nous lient, comme hommes publics. La première classe comprend : i°Les devoirs qu'on doit remplir envers soi-même -, a0 envers sa famille ; 3° envers ses supérieurs. Les premiers ont pour but la conservation de l'individu 5 les seconds, ceux de l'espèce; les troisièmes, son amélioration. La seconde classe renferme ceux que l'on doit pratiquer en qualité de sociétaire , de citoven ,
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d'homme politique , de magistrat. Nous allons dire quelques mots des uns et des autres.
Des devoirs qu'on doit remplir envers soi-même.
Nous avons le droit de travailler à notre conservation et à notre bien-être, et c'est pour nous un devoir d'user de ce droit; le sentiment nous y porte, la raison nous le prescrit. L'indépendance la plus sauvage, la solitude la plus absolue ne peuvent nous dispenser de veiller sur nous-mêmes, afin de ne rien faire qui puisse troubler notre raison, altérer notre santé ou blesser notre conscience. Si comme être social il ne vous est pas possible d'échapper à la critique de ceux au milieu desquels vous vivez , comme être intelligent vous ne pouvez non plus échapper à l'examen que vous faites sur vous-même , et il vous est moins possible encore , dans l'isolement, de vous perdre de vue que dans la société ; vous portez toujours au-dedans de vous le sentiment du mal moral ou physique que vous avez fait , et si ce sentiment venait à s'affaiblir , une foule de circonstances , à défaut de mémoire , viendraient à chaque instant vous le rappeler. Vous êtes donc à jamais votre propre témoin, et c'est là ee qui fait le désespoir des méchants. Cela posé , il est évident qu'il est de votre intérêt de diriger vos penchants , de modérer vos appétits, de régler, en un mot , votre conduite de manière à n'avoir ni à rougir de vos faiblesses, ni à souffrir de vos excès, ni à vous repentir de vos vices.
Ainsi, comme être sensible et prévoyant, vous vous abstiendrez de tout ce qui peut vous causer de la peine , nonseulement dans le présent, mais encore dans l'avenir; vous craindrez , par exemple , l'intempérance dans le boire et le manger , parce qu'elle est la source directe des indigestions et la cause éloignée de beaucoup de maladies. En toutes circonstances comme en tout pays, vous observerez la sobriété, parce que , comme l'a dit un moraliste arabe , c'est un arbre utile qui a pour racine le contentement de peu et pour fruit le calme et la paix, Vous fuirez la paresse, a parce que la