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Les religions se sont établies pour servir d'aliment à ces besoins 5 elles seules peuvent leur donner satisfaction. Les sentiments religieux peuvent Lien , à certaines époques et chez quelques nations, être affaiblis, mais non détruits, par la raison qu'ils sont un résultat de l'organisation de l'homme, qu'ils tiennent à l'un de ses modes de vitalité et de sensibilité ; ils sont indestructibles , ils sont la base solide sur laquelle se sont appuyés toutes les théogonies , tous les systèmes religieux. C'est pour cela encore que tout ce qu'il y a de fondamental dans une religion résiste à toutes les attaques du scepticisme et de l'incrédulité, comme à toutes les révolutions des empires. L'on a fait du mot religion, qui signifie relier, attacher, une application générale très-juste , en l'employant quelquefois pour exprimer la foi qu'on a aux grands principes, l'hommage qu'on rend aux vertus du premier ordre, et plus souvent pour annoncer le respect qu'on professe pour la divinité , et %our caractériser l'hommage qu'on lui rend, etc. Mais cette ignation générique s'est spécialisée , elle s'applique à toutes espèces de cultes connus et pratiqués : indou , hébraïque, tien, mahométan, etc. Mais si l'on veut que le mot reline représente à l'esprit que des idées sublimes et morales, doit plus particulièrement se donner à cette doctrine évangélique , qui est venue se poser comme frein à l'égoïsme de l'homme, comme règle à ses penchants , et comme autorité à sa débile raison.
Jugeant ici la doctrine de Jésus, seulement sous le rapport terrestre, et la considérant telle que les Evangiles nous l'enseignent, non en théologien , mais en philantrope, nous n'hésitons pas à déclarer qu'elle nous parait être le meilleur code de sociabilité et d'hygiène qu'on ait pu donner aux hommes.
En effet , cette religion , dont tous les préceptes semblent être inspirés pour faire notre bonheur dans ce monde , ayant prévu qu'il n'y en a pas de possible pour aucune société humaine sans la paix du cœur, sans l'union des volontés, sans la communauté des affections et la fusion des intérêts, a prescrit à tous les humains, dans l'intérêt de chacun , d'aimer leurs
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semblables, d'oublier leurs injures , de se pardonner leurs offenses 5 elle leur a fait un devoir de résister à l'orgueil et à la colère , et de se montrer humbles et doux ; elle a voulu que l'esprit de bienveillance se manifestât dans tous leurs actes, comme la Dureté, la bonté dans toutes les intentions. Enfin, elle a proclamé , au nom de la sagesse divine, comme loi suprême de leur conduite, la fraternité et la charité , lois sociales au premier degré, dont les germes sont déposés dans tous les cœurs, et qui, bien comprises et bien appliquées, réuniront un jour toutes les races humaines en une seule et même famille. L'on conçoit qu'une doctrine pareille doit être, comme le sens étymologique l'indique, un lien propre à réunir ceux qui sont élevés dès leur enfance dans sa croyance, et un lien d'autant plus solide, qu'il sert à développer les sympathies morales les plus attrayantes, et qu'il s'attache 3 pour les maîtriser, à 1 conscience, c'est-à-dire à ce qu'il y a de plus capable de dirif la volonté des hommes. L'hygiène, comme la morale, donc respecter ce lien , c'est pour elle un appui et un auxi du premier ordre.
îsous ne sommes plus au temps où l'autorité des ments religieux était méconnue, et pour ainsi dire mép L'expérience a fait reconnaître que celui qui pourrait se s traire complètement à leur influence ne serait pas heurei il serait trop exposé à subir les exigences de ses désirs dért glés , à être le jouet des passions, que l'état fort imparfait de noire société tend sans cesse à pousser au-delà de leurs limites naturelles. Oui , le lien religieux manquant, il risquerait de n'être lié, retenu, par aucun frein •, car la raison, sur laquelle des philosophes, qui ont mal connu la nature humaine,, comptent beaucoup pour nous diriger, nous faire résister aux inclinations dangereuses, est une faculté d'acquisition , qui , chez la grande majorité des individus, se développe peu, ou fort tard, qui, chez d'autres , s'éteint de bonne heure, et, ch z pr sque tous, et dans le plus grand nombre des cas, est une trop faib e puissance pour lutter avec avantage contre les impulsions d'un instinct déréglé, et résister avec succès à cette
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multiplicité do séductions dont nous sommes assiégés pendant tout le cours de notre vie.
Il faut donc quelque chose qui supplée à celte faculté chez ceux où elle n'a pu se développer, qui la soutienne, la fortifie chez d'autres où elle se montre trop faible, et qui la remplace chez tous ceux qui l'ont perdue par maladie ou par rage. Eh bien ! ce quelque chose qui doit servir de frein et de règle aux déterminations humaines , c'est une croyance morale et religieuse , accessible à tous, parce que tous ont reçu en naissant la faculté de croire, et la conservent jusqu'au tombeau, croyance, par conséquent, que la maladie ne peut affaiblir, et que l'âge ne détruit point. C'est donc , en d'autres termes, à une religion, mais à une religion amie de l'homme, et protectrice de la santé et de la moralité, qu'il appartient d'être l'appui, l'auxiliaire, ou le suppléant de la raison. Nous demanderons aux esprits les plus prévenus si une religion comme celle ju. Christ, qui prêche la patience, la modération, la justice, la tempérance, qui veut que tous les hommes vivent en frères, et qui leur défend la haine et tout ce qui tourmente et use le plus leur vie, n'est pas d'une haute importance hygiénique : et pour le jeune homme qui ne peut encore raisonner les ^etes de son existence, et en calculer les conséquences ; et pour le vieillard qui, par l'effet de l'âge, a cessé de pouvoir raisonner les siens , mais qui n'en conserve pas moins la faculté de croire ; et pour l'adulte même, dont l'énergie des appétits impose trop souvent silence à la raison ; et pour la femme, chez qui cette faculté est dominée par la vivacité des sentiments et l'excès des affections? Certainement Ton ne peut, sans se déclarer absurde ou immoral, répondre non. Eh bien ! nous en tirerons cette conséquence, que la foi religieuse et morale doit être inculquée à tous, sans distinction, parce que le bien-être de tous y est intéressé.
On a dit de la religion chrétienne qu'elle était la philosophie du peuple. Oui , car elle fait son éducation. Elle est le principe de ses vertus , la sanction de ses devoirs, et souvent la seule consolation de ses malheurs ; ses préceptes sont la plus sublime application des lois de l'hygiène, et toutes ses près-
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criplions n'onl-elles pas pour but de prévenir la misère et de soulager les douleurs ? Relativement à la vie de nutrition et d'assimilation, voyez quelle sollicitude elle montre pour que les besoins dépendant de ce mode d'existence ne restent pas en souffrance. Les indigents sont proclamés ses protégés, ce sont les enfants de sa prédilection ; aussi la charité est-elle mise au rang des premières vertus ; c'est pour les malheureux et les souffrants que Jésus a dit : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger 5 j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'ai eu besoin de logement, et vous m'avez logé 5 j'ai été nu, et vous m'avez revêtu-, j'ai été malade, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous m'êtes venu voir ».
L'on peut donc dire, car nous devons la vérité à tout le monde, qu'ils entendent mal la religion, ces ministres qui prêchent l'abstinence à ceux qui manquent du nécessaire , le maigre aux ouvriers , aux hommes de peine, auxquels les aliments gras sont indispensables pour empêcher l'épuisemenf de leur santé, les jeûnes, les mortifications, à tous ces hommes privés de fortune et de plaisirs, dont les forces ont sans cesse besoin d'être soutenues, restaurées, et qui n'ont d'autres jouissances que celles qui résultent de leurs modestes repas 5 c'est aux riches , c'est aux grands de la terre , dont les passion* sont dans un état de fermentation et de violence , aux voluptueux oisifs, que les privations , les abstinences et les mortifications, sont nécessaires.
Comme les croyances religieuses sont particulièrement du domaine de la vie affective , c'est aussi sur elle qu'elles ont plus d'action. Une fois le sentiment religieux bien identifié avec la sensibilité, il devient puissant et indestructible ; à cet état, il exerce une grande influence sur toute l'existence , il remplit le cœur, pour nous servir d'un mot consacré, de confiance , d'amour et d'espérance 5 quand il est maintenu dans de justes limites, il idéalise les sensations les plus matérielles, transporte l'imagination au-delà des bornes de la vie présente, et, par les plus séduisantes promesses d'avenir, il charme, il enchante le présent 5 poussé trop loin, il conduit, chez les âmes tendres, au mysticisme, à la superstition 5 si on le développe