‹ Eléments d'hygièneChapitre 120 sur 156 · LIVRE VI 5 CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI 5 CHAPITRE XIII

outre mesure, et qu'en même temps on néglige la culture de l'esprit, en particulier celle du jugement, l'on arrive à la monomanie religieuse , qui, chez les caractères violents, pousse au fanatisme et à tous les délires d'une haine intolérante : c'est à ce genre de fanatisme qu'on doit les bûchers, l'inquisition, la Saint-Barthélémy , et tant d'autres massacres exécutés au nom d'une religion d'indulgence, de paix et d'amour.

Sur la vie de l'intellect, la religion exerce beaucoup moins d'empire que sur la précédente. Qu'on n'en tire pas la conséquence qu'il y a antipathie, ou opposition nécessaire, entre l'une et l'autre , non ; mais la religion est comme la poésie, on la sent , on la goûte , plutôt qu'on ne la raisonne. Quand donc on laisse affaiblir en soi le mode particulier de sensibilité en vertu duquel l'on est apte à éprouver les sentiments religieux, et qu'en même temps on exalte les facultés rationnelles, au point de subjuguer toutes les autres , on devient un froid raisonneur, toujours disposé à n'admettre aucune vérité de sentiment, à repousser toutes les impressions qui ne peuvent se traduire en syllogisme.

Cependant, si l'on mêlait à la religion des choses qui ne fussent pas dignes d'elle , qui ne pussent supporter l'épreuve du jugement, il y aurait doute chez un grand nombre , et chez d'autres incrédulité ; car, quelque grande que soit la faculté de croire , elle ne résiste pas toujours à un examen fait de conscience. Et qu'on n'en veuille pas à ceux qui perdent la faculté de croire ; Dieu leur a donné la raison , c'est pour s'en servir, pour faire un choix entre toutes les religions ; mais quand on a cultivé et ses facultés affectives et celle de l'intelligence dans une proportion et dans une harmonie convenables , alors les croyances religieuses, après les premiers moments d'examen , se mettent en concordance avec les facultés rationnelles , et même elles finissent par se servir mutuellement d'appui et de soutien. N'est-ce pas en effet à la religion que beaucoup de personnes doivent le service de ne plus éprouver l'une des plus grandes perplexités qui puisse affliger la vie intellectuelle , le doute ? En fixant notre croyance sur

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les points les plus importants qui puissent occuper l'esprit humain , en nous faisant reconnaître dans tous les rouages de l'univers un ordre admirable , des vues providentielles d'une portée que nous ne pouvons sans doute toujours comprendre, mais que nous sommes forcés d'admirer comme effets d'une cause toute-puissante et intelligente , en nous faisant admettre comme une nécessité de nous y soumettre , elle fait par là cesser en nous d'une part une incertitude tourmentante , et de l'autre elle nous conduit à cette résignation respectueuse qui établit le calme dans notre esprit , et la paix dans notre âme ; cette situation sans doute ne peut qu'être favorable à notre santé.

Si enfin nous considérons la religion dans les influences qu'elle exerce sur notre quatrième mode d'existence , nous reconnaîtrons encore les grands services qu'elle peut nous rendre sous ce rapport ; par exemple, quelle surveillance ne veut-elle pas qu'on exerce sur les jeunes gens pour les préserver de ces vices honteux qui ruinent , non-seulement leur propre constitution , mais aussi qui attaquent dans les germes celle de leur postérité ? N'est-ce pas à elle qu'on doit l'abolition de la polygamie, si contraire à l'égalité, à la bonne harmonie qui doit régner entre les deux sexes , si défavorable à la population et si nuisible à la santé ? Quelle est la puissance morale autre que celle de la religion qui pourrait suppléer à l'impuissance de la raison pour réfréner le plus fougueux de tous les appétits , celui qui fait le plus de victimes dans les deux âges extrêmes de la vie ? Après avoir voulu conserver les forces physiques et la pureté moralepour que la vie générative remplisse convenablement son but et apporte à l'espèce humaine sa part de bonheur, après avoir encouragé et béni les mariages qu'elle met sous la sauve-garde du devoir , et sous la foi des serments, nous voyons ensuite la religion exercer sa tendre sollicitude en faveur des enfants. On lui reproche d'avoir conseillé et établi le célibat des prêtres et des ordres religieux. Ce reproche n'est pas fondé -, il ne faut pas confondre la discipline religieuse avec la religion ï la disci"

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