LIVRE IV, CHAPITRE III
bruit , les conversations un peu hautes, la musique, rechercher le silence. Dans le second, il faut agir sur l'oreille par des sons gradués , agréables , la tenir en activité , la mettre par conséquent dans des conditions opposées à celles dont nous venons de parler.
Le sens de l'ouïe est tellement lié aux facultés intellectuelles, qu'une légère surdilé dans l'enfance peut conduire au mutisme -, alors le langage se perd peu à peu , et l'intelligence s'affaiblit ; malheureusement les causes de la surdité congéniale et acquise étant aussi variées et aussi nombreuses que les parties qui entrent dans la composition de l'appareil auditif, laissent sans succès le traitement le plus rationnel. M. ïtard , qu'il faut citer quand on parle des affections de l'oreille , rapporte à cinq degrés toutes les altérations de l'audition qui constituent la surdité congéniale. Dans le premier , il y a possibilité d'entendre la parole , mais il faut qu'elle soit plus lente et plus forte ; dans le deuxième , l'audition de la voix et la perception de quelques sons articulés sont encore possibles -, dans le troisième , le malade ne saisit que les sons simples , appelés voyelles -, dans le quatrième , il perçoit seulement les bruits intenses ; dans le cinquième , il y a abolition complète du sens de l'ouïe. La diminution des facultés morales et intellectuelles est en raison du degré de la surdité.
M. Itard a essayé de faire parler et entendre les sourdsmuets par une éducation spéciale, en les faisant passer par une série d'exercices patients et gradués qui vont de la perception d'un ton simple au langage articulé. Pour cela il cherche à vaincre la paresse de cet organe par la répétition des sons les plus forts dont il diminue progressivement l'intensité.
M. le docteur Deleau a pratiqué avec succès dans la caisse du tympan, par la trompe d'Eustachi, des injections liquides ou gazeuses, qu'il appelle douches d'air; on en a fait aussi par la membrane tympanique perforée à cet effet.
Pour remédier à la faiblesse de l'ouïe , principalement chez les vieillards , on a recours à des cornets acoustiques ,
propres à augmenter l'intensité des sons. On se sert aussi d'une espèce de porte-voix, dont une des extrémités, en forme d'anche de clarinette, est saisie par les dénis , et dont l'autre est terminée par un pavillon tourné du côté de la personne qui parle. On peut modifier ces instruments à l'infini , et l'habitude apprend à s'en servir.
De la vision.
Lesens de la vision, qui manque à beaucoup d'animaux, est cependant plus répandu que celui de l'ouïe et d'un usage plus général. Ce sens est différemment placé chez les divers animaux : il a pour but de nous diriger dans l'espace , de nous faire connaître les corps qui s'y trouvent , apprécier leur forme , leurs couleurs , leur distance, et juger de leurs rapports entre eux et avec nous. Quand ce sens vient à s'exercer sur des figures représentatives des idées, et que la valeur de ces signes est bien comprise par l'esprit , alors il devient un instrument puissant de connaissances.
La faculté visuelle ne peut agir qu'au milieu d'un fluide impondérable, transparent, incolore, élastique, invisible, se déplaçant en lignes directes et sous forme de rayons convergents , qu'on appelle lumière et qu'on ne peut saisir qu\\ l'aide d'un organe très-compliqué qu'on nomme œil , instrument qu'il faut bien connaître anatomiquement et physiologiquement pour expliquer la vision. De grands philosophes ont calculé que le fluide lumineux parcourt l'espace avec une vitesse qui est neuf cent mille fois plus considérable que celle du son -, qu'il nous arrive d'une étoile fixe, l'une des plus voisines de notre planète, en trois ans , et du soleil en huit minutes treize secondes , ce qui prouve qu'il parcourt soixantedix mille lieues par seconde. Newton est parvenu à décomposer la lumière, à l'aide d'un prisme de cristal, en sept rayons qui ont chacun une couleur particulière : le rouge, l'orange , le jaune, le vert , le bleu, l'indigo et le violet. La réunion de ces couleurs constitue celle qu'on nomme blanche, et leur absence donne lieu à celle qu'on nomme noire. Les couleurs