LIVIIE VI, CHAPITRE XIII
pline est accessoire à la religion , el variable comme la volonté de ceux qui rétablissent.
Enfin , pour la vie sociale , comme pour la vie individuelle , elle se montre toujours amie des hommes , et soigneuse de leurs intérêts les plus chers , et si l'on était bien imbu de ses principes , bien soumis à ses préceptes , il n'y aurait plus entre les hommes de misères possibles, de guerres sérieuses à craindre , et de tyrans à redouter. Pourquoi fautil que cette religion ait été si souvent mal enseignée, mal comprise et mal appliquée? Pourquoi, à plus d'une époque célèbre , a-t-on vu une partie de ses ministres s'allier avec les puissants et les privilégiés de la terre pour opprimer les peuples ? Cependant la mission du Christ a eu pour but de relever sa dignité et sa liberté méconnues 5 il est né au sein de la classe du peuple ; il a vécu et il est mort pour le peuple.
Pour que les prêtres fassent tout le bien dont leur ministère les rend capables, il faut qu'ils apprennent à mieux connaître l'homme au physique et au moral , le milieu social où il vit , qu'ils s'identifient avec ses intérêts , qu'ils supportent leur part de ses charges , partagent ses devoirs, jouissent de ses droits , et soient enfin citoyens du pays qu'ils habitent. Avant tout cela , il faut qu'ils recouvrent leur liberté, qu'ils échappent légalement au joug d'une discipline qui n'est plus de notre siècle , dont les effets nécessaires sont de rétrécir le cercle de leur existence , de s'opposer au développement des plus touchantes sympathies du cœur, de les mutiler dans leurs affections les plus chères et les plus intimes , de les faire vivre enfin dans un état violent de contrainte, aussi contraire à leur santé , qu'au véritable but de la nature.
Terminons cet article par les corollaires suivants.
Les croyances religieuses modifient puissamment toutes les fonctions de l'être humain , tant en santé qu'en maladie \ quand ces croyances sont fortement enracinées elles tendent à affaiblir les penchants de la vie physique , à donner aux affections une couleur poétique , quelque chose de sentimental , une teinte mélancolique.
248 KLÉMEûlS u'UYGliiJNE ,
Elles maîtrisent l'intelligence , la dirigent dans leur sens , et donnent à la volonté un surcroit d'énergie qui peut pousser aux sacrifices , et même donner lieu aux actes d'un dévoûment surhumain. Portées à quelques degrés de plus, elles affaiblissent les fonctions de la vie nutritive , exaltent et pervertissent celles de la vie du sentiment et de l'esprit , jettent dans la mysticité ou le fanatisme , suivant le caractère tendre ou violent des personnes qui en éprouvent l'influence, déterminent des hallucinations , des extases , la monomanie religieuse !
Les moyens de prévenir ces funestes résultats sont , la culture des sciences exactes , la lecture des ouvrages bien raisonnés , la direction prudente d'un prêtre éclairé ; tout ce qui peut donner une autre direction aux idées et aux sentiments convient , comme les voyages , le mariage , etc.
Maintenues dans des limites raisonnables , dégagées de tout alliage impur , et se résumant en vérités d'une morale pure, les croyances religieuses sont alors un contre-poids contre les entraînements dangereux , un modérateur des passions , un guide pour la conscience , et de plus , une garantie pour la probité et la santé.