CHAPITRE XIV
Se 1 éducation et de l'instruction primaires et secondaires.
Pour mettre plus de clarté dans cet article , nous le diviserons en deux parties : dans la première , nous nous occuperons de l'éducation et de l'instruction primaires , et dans la seconde , de l'éducation et de l'instruction secondaires.
PREMIERS SECTIOW.
De l'éducation primaire.
Nous entendons par éducation primaire , l'ensemble des moyens propres à développer dans de justes proportions la vie
LiVïlE VI, CHAPITRE XIVi 241)
affective de l'enfance. Exposons quelques considérations générales applicables à tout mode d'enseignement, soit individuel, simultané ou mutuel. Beaucoup de systèmes d'éducation ont été rejetés par la difficulté de les mettre en pratique , ou parce qu'ils changent tellement les idées reçues, que leur application n'est pas facile : tel est celui de Rousseau, qui se rapporte plus particulièrement à l'enseignement individuel , et qui comme tel est l'ouvrage le plus beau et le plus complet que nous possédions. Il est presque inutile de dire que le local doit être vaste , construit dans un emplacement séparé des autres maisons. Il est nécessaire que les classes soient élevées de quelques pieds au-dessus du sol., qu'une cave soit creusée dessous pour les rendre moins humides , et qu'elles soient planchéiées ; que les croisées soient , autant que possible , à l'est et au midi ; qu'elles soient hautes et qu'elles descendent presque au niveau du plancher, pour laisser pénétrer plus de lumière et remplacer facilement l'air qui se vicie promptement dans les grandes réunions , ce qui ne permet pas à beaucoup d'enfants délicats de suivre les écoles ; que le lieu des récréations soit tel que les parents restent sans inquiétude sur les exercices qu'y prendront les enfants 5 si c'est une terrasse, il convient qu'elle soit dallée, celles qui sont recouvertes de plomb ou de zinc offrent des rebords qui arrêtent les pieds et occasionent des chutes qui peuvent être graves. Les jardins devront avoir des arbres pour empêcher les rayons solaires de frapper directement sur la tête , insolation qui nous semble une cause plus propre à produire l'encéphalite que l'excès du travail ; ils devront aussi être recouverts de quelques pouces de sable , afin d'ôter l'humidité , nuisible à tous les enfants , mais particulièrement à ceux qui ont la poitrine faible.
La surveillance doit être plus active pendant les heures de récréation 5 c'est au milieu de ces jeux bruyants , de ces mouvements en tous sens , que les élèves , abandonnés à eux-mêmes , font éclater ces rivalités qu'ils avaient comprimées pendant l'étude, et se livrent à la violence de leur caractère. Le
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travail de l'esprit ne doit pas être poussé jusqu'à la fatigue? il faut l'interrompre par des exercices corporels , d'autant plus rapprochés que l'élève est plus jeune. (Voyez notre article Gymnastique.)
L'enfant est une cire molle qui reçoit toutes les impressions qu'on veut lui communiquer *, c'est l'être le plus capable de subir l'influence des modifications qui agissent sur lui $ ses facultés sont à l'état naissant , disposées à tout admettre, l'erreur comme la vérité; à tout faire, le bien comme le mal. Il est donc de la plus haute importance de diriger sagement ses facultés , de ne déposer sur cette table rase que des semences qui, par une bonne culture, produiront un jour les fruits les plus doux. Le maître vertueux qui sait s'emparer de l'esprit de ses élèves, qui les dirige dans le sentier de la vie de manière à leur montrer de loin ce que la société attend d'eux quand ils seront hommes , mérite la reconnaissance des parents , auxquels il rend un fils meilleur qu'il ne l'avait reçu. C'est ici qu'il importe de relever la dignité de l'instituteur primaire. Il a consacré sa vie à l'état le plus fatigant qu'il soit donné à l'homme de suivre. Une considération , peut-être , pouvait le soutenir dans ses pénibles travaux , celle d'être utile à l'enfance , l'espoir d'avoir mérité un peu de reconnaissance. Quelle erreur était la sienne ! Il ne savait pas que , moyennant une faible rétribution , vous aviez acheté le droit de le traiter comme un mercenaire, trop heureux d'avoir eu à développer l'intelligence, rompre le caractère impérieux d'un fils que vous avez rendu indocile , irrespectueux par vos remarques peu bienveillantes sur son compte. Vous ne vous apercevez pas que , manquant à l'estime que vous lui devez , vous autorisez à lui manquer de respect , par conséquent du désir de lui plaire par l'application, vous entravez tous progrès, vous vous exposez à ce que votre fils n'ait plus pour vous les sentiments qu'il vous doit \ et si le maître , poussé à bout par ses mutineries, son insolence, lui impose une punition sévère, vous vous écriez que le professeur doit être l'ami et non le bourreau de l'enfance! C'est vrai : commencez à exiger