LIVRE VI, CHAlHXRE XIV
pour vous et pour lui le respect et l'obéissance, et la punition sera irrévocablement abolie.
Il y a plus : nous ne vivons pas à Lacédémone , et la vieillesse n'a pas son Lycurgue pour lui faire rendre les honneurs qui lui sont dus. Lorsque le maître commence à vieillir , il doit songer à se retirer ; ses cheveux blancs excilent le rire et les plaisanteries de ses élèves : la moquerie devient épidémique , l'insubordination la suit ; ne pouvant plus ressaisir l'autorité que votre faiblesse et son âge avancé lui ont enlevée , il faut renoncer à une carrière dans laquelle il a passé ses plus belles années. Mais qui se souvient des services qu'il a rendus? Qui songe à lui assurer pour ses vieux jours un revenu capable de lui faire oublier les peines qu'il s'est données? Le gouvernement, qui fait des lois sur l'instruction primaire, a-t-il pensé à distraire de son énorme budget une petite part pour lui faire une pension ? Il semble qiril la mérite à plus juste titre que beaucoup de gens qu'on paie dans les ministères pour ne rien faire ; car là encore ce sont les travailleurs qui ne sont pas rétribués. Les instituteurs n'ont-ils pas mérité cette rémunération pour les lumières qu'ils ont répandues? Qu'on n'objecte pas que , dans Paris , c'est une spéculation que font les instituteurs privés ; c'est là le mal : il faudrait qu'on leur don* nât tant par an , qu'ils fussent obligés de rendre le produit annuel de leur établissement -, ce produit , dépassant sans doute le traitement qu'on leur ferait, permettrait d'en placer l'excédant pour leur assurer une retraite honorable; et si le gouvernement y ajoutait du sien , ce serait de l'argent bien placé ; cela vaudrait bien les dotations et les apanages. Nous avons vu un grand nombre d'hommes respectables réduits à mendier un morceau de pain } il est peut-être arrivé que vousmêmes , à qui ils avaient donné dix ans plus tôt les premières connaissances, vous leur ayez refusé le secours que le besoin les forçait à vous demander.
L'instituteur a droit à votre estime ; si vous ne lui en donnez des preuves en présence de vos enfants , si dans votre faiblesse vous écoutez leurs insinuations contre lui, souvenez-
252 ÉLÉMENTS d'hYGIÈME,
vous qu'il n'y a plus d'instruction possible , vous annihilez ses efforts. Nous ne craignons pas de le dire , la réforme de T enseignement doit commencer par les parents. Nous parlons ici des qualités affectives , c'est sur elles que repose tout bon système d'éducation ; les facultés intellectuelles , toutes nobles , toutes relevées qu'elles sont , ne sont utiles et ne peuvent servir au bonheur des hommes , qu'autant qu'elles sont dirigées par les premières : avant d'être savant il faut être bon.
Si nous pesions ici la valeur du professeur élémentaire et du professeur de collège , nous ferions pencher la balance en faveur du premier , i° parce que l'instruction qu'il donne est la plus générale } la plus utile , et la base de toutes les autres ; 20 parce qu'elle est la plus difficile, en ce sens qu'il doit se faire comprendre d'un âge où l'intelligence est bornée; 3° parce qu'elle demande plus de patience et de soins, qu'elle n'est qu'un enchaînement de répétitions monotones ; 4° enfin, parce que cet état n'est pas en grand honneur. Il est beau , sans doute , de faire retentir une chaire de rhétorique des langues harmonieuses de Démosthènes et de Cicéron , mais la vanité satisfaite d'avoir brillé devant des intelligences capables d'apprécier le savoir porte sa récompense -, une période bien cadencée est suivie de plusieurs autres, non dans le but d'instruire l'élève, mais pour le plaisir de s'entendre , car la voix humaine , et surtout la nôtre , est la musique la plus mélodieuse à notre oreille. Voyez l'instituteur qui répète pour la centième fois l'accord de l'adjectif avec le substantif, et qui voit l'élève mettre l'un au singulier et l'autre au pluriel ! en vérité l'explication est trop peu poétique et le résultat trop peu flatteur , pour goûter celte douce satisfaction de l'amourpropre.
Après ces considérations sur les maîtres et les parents , sur la nécessité pour ceux-ci d'approuver ceux-là dans tout ce qu'ils font dans l'intérêt des enfants , consultons l'expérience sur les moyens d'arriver à des résultats favorables, c'est-à-dire à un système d'éducation applicable à nos établissements tels