‹ Eléments d'hygièneChapitre 130 sur 156 · LIVRE VI, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XIV

le défaut d'habitude. On a pensé que les principes étaient plus applicables à l'écriture en gros ; c'est une erreur, et ensuite , que pense-t-on apprendre a un enfant qui ne sait pas tenir sa plume, en lui criant que l'écriture se réduit à des lignes droites et courbes , que l'écartement des lettres doit être de trois becs de plume ? il ne vous comprend pas ; faites-lui copier des modèles , habituez-le à mesurer de l'œil les distances, vous obtiendrez une écriture régulière 5 si vous voulez enfin faire de la science , attendez pour lui donner des préceptes qu'il n'en ait plus besoin.

trammairc.

L'étude de la grammaire a mis en émoi la sensibilité de beaucoup d'écrivains ; dans leur sollicitude pour l'enfance , ils ont crié à la barbarie 5 y a-t-il rien de plus inhumain que de fatiguer l'intelligence des règles qu'elle renferme ? Le maître , dans sa dureté , ne craint-il pas de causer de la tristesse , de troubler le sommeil , de développer des affections cérébrales ? Tranquillisez- vous, faiseurs de romans , et consultez l'expérience. Les enfants n'apprennent pas leur grammaire , ils n'écoutent pas même le maître qui se fatigue à l'expliquer. Regardez de plus près ; quand un signe impératif leur ordonne de l'apprendre , ils fixent le regard sur le livre , l'image des caractères se peint dans l'œil , mais le cerveau y laisse l'impression 5 l'intelligence est ailleurs.

Si vous voulez absolument vous attrister sur le sort de quelqu'un , plaignez le professeur qui aurait la bonhomie de croire qu'il leur apprend quelque chose malgré eux , et qui s'arrête de peur de les fatiguer. Il n'y a pas de barbarie , mais seulement du temps perdu. On peut lasser un enfant en lui faisant faire des mouvements musculaires prolongés ; mais l'intelligence est mobile , capricieuse , nous ne pouvons la fixer, elle se moque des moyens que nous employons pour la coërcer 5 le cercle de Popilius ne l'immobilise pas dans son rayon , nous lui parlons de couleurs , elle s'occupe de sons. Ne vous appitoyez pas sur la faiblesse des organes encéphaliques, c'est

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leur peu de développement qui vous condamne : car ils sont alors doués d'une réceptivité si bornée, qu'ils n'agissent pas du tout dans le sens qu'on leur imprime • c'est comme si vous craigniez qu'un paralytique ne se fatiguât à marcher. Jamais un enfant de cinq à douze ans n'a trop étudié ; gardez-vous d'attribuer les affections qu'il peut avoir à l'excès de l'étude ; rayez de l'éliologie de l'encéphalite la même cause ; rapportez-la plutôt à une promenade trop longue , à des jeux fatigants , à une insolation prolongée ou à la chaleur qui se développe dans des classes mal aérées , à des violences extérieures , à des coups , à des chutes sur la tête. Plus tard, lorsque l'intelligence est développée, le besoin de savoir se fait impérieusement sentir , il offre un attrait qui peut pousser l'individu à fatiguer ses organes. Mais l'enfance n'est pas soumise à celte impulsion.

On peut donc étudier la grammaire , mais d'une manière rationnelle. Pylhagore condamnait ses disciples à cinq ans de silence , il ne leur donnait pas la raison des enseignements, il attendait qu'ils fussent imbus du principe des choses avant de raisonner -, c'était un grand moyen de tenir leurs facultés en exercice \ car il est dans la nature de l'esprit humain de rechercher avec ardeur les choses qu'il veut connaître , et de retomber dans l'inactivité quand il ne reste plus à sa curiosité naturelle de nouveaux rapports à saisir. L'inconnue qu'il poursuivait s'offre à lui débarrassée de l'illusion qui le soutenait dans sa recherche. Laissez donc à l'enfant quelque chose à faire , ne lui présentez que des faits , et laissez-lui en tirer les conséquences. Rejetez les explications à priori , les définitions, les généralités ; non que nous pensions avec Condillae que les idées générales prouvent la limitation de notre esprit, mais parce qu'elles sont au-dessus de sa portée.

Commençant l'étude du substantif, vous dites , pour la faciliter, qu'il représente un être ou un objet quelconque, soi qu'il existe dans la nature, soit qu'il n'ait d'existence que dans notre imagination : arbre, perfection ; c'est jouer aux énigmes. D'abord, le substantif ne représente pas un objet, mais

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