‹ Eléments d'hygièneChapitre 133 sur 156 · LIVKE VI, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVKE VI, CHAPITRE XIV

A la manière dont on s'occupe de l'instruction , il semble qu'on considère l'enfance comme un véritable automatisme , dans lequel il faut la laisser se consumer instinctivement -, on craint de l'en tirer ; on le prolonge par des conversations futiles , par un enseignement rétréci : sous prétexte que l'intelligence est bornée, on ne se donne pas la'peine de la développer par le lang.ige d'une raison solide -, on oub'ie que ces êtres fiables seront un jour des hommes. Le maître qui saura faire un tableau frappant de la corruption et de l'hypocrisie de la cour de Catherine de Médicis , de la cruauté de Charles IX, inspirera i'horreur de ces vengeances sanglantes auxquelles se livrent les parus, au nom d'une religion qui les condamne, et s'il a su flétrir la barbare exécution de celte sentence, la piété arma la justice, vingt ans plus tard aucun de ses auditeurs ne trempera dans une Sainl-Barlhélemi.

Mais soulever ainsi le voile qui cacbe à la multitude les passions qui s'agitent autour des trônes , n'est-ce pas ôter à la royauté sa puissance, affaiblir le merveilleux de ce talisman? Non , c'est inspirer ie mépris pour le vice, et rien de plus. Du reste , le règne d'Henri IV n'est pas loin , on se livrera avec plaisir à l'éloge de toutes ses qualités , dont la moindre n'était pas son amour pour son peuple , et l'on fera aimer tous les rois qui lui ressemblent.

L'histoire nationale sera l'objet des premières études, mais il faut éviter de surcharger la mémoire de chiffres , de dates arides ; il importe moins de savoir qu'un fait s'est passé précisément à telle époque ou à telle autre, que de connaître sa moralité, sa liaison avec ceux qui l'ont précédé ou suivi, la conséquence qu'on doit en tirer. On ne peut trop louer le zèle des auteurs qui ont composé des tableaux chronologiques , mais ils sont plus utiles à ceux qui ont besoin de mettre de l'ordre dans les connaissances historiques qu'ils possèdent déjà, qu'à ceux qui veulent en acquérir de nouvelles. La chronologie marque dans le temps la succession des actions, mais pour classer il faut posséder \ on peut lui appliquer ce qu'on a dit aux enthousiastes des sciences mathématiques , qui leur ont

accordé le privilège de donner de la rectitude au jugement; avant de redresser les idées, il faut en avoir. Du reste, les mathématiques ne donnent que la notion de quantité, qui n est qu'une des conceptions fondamentales qui constituent notre entendement , mais elles n'apprennent rien sur la qualité, la relation , la modalité.

Un ouvrage qui est à juste titre au rang des chefs-d'œuvre du grand siècle, le discours de Bossuet sur l'histoire universelle ^ remarquable par une brillante concision, ne peut servir à enseigner l'histoire ; c'est une suite de dates sans détails; mais autant il est impropre à ceux qui n'ont pas étudié cette science, autant il sera lu et admiré des hommes qui possèdent des faits circonstanciés, et qui ont besoin pour les coordonner de ces vues hardies qui les dominent et les enchaînent.

Il faut donc que lé maître qui se sert de tableaux supplée à ce qui leur manque , par le récit de quelques circonstances piquantes qui se rattachent à une époque et la rappellent. Les cours d'histoire par demandes et par réponses doivent être rejetés , ils ôtent l'intérêt et ne peuvent soutenir la lecture. Comme il est impossible de suivre un ouvrage étendu , il y a nécessité d'ajouter verbalement ce que les abrégés ne peuvent contenir. Que le professeur se souvienne que l'histoire ne se compose pas de chiffres , mais d'actions qui peignent les hommes et les siècles -, que celles-ci doivent précéder ceux-là et servir à les graver dans la mémoire -, qu'en procédant ainsi, il développera par cette étude le cœur de ses élèves.

A l'histoire se rapporte la géographie. Toutes les sciences ont de nombreux points de contact ♦, c'est à les faire sentir que consiste le talent ; nous avons- dit qu'on sait d'autant mieux une chose que plus de sens concourent à en donner la notion 5 nous ajoutonsici que plus desciencesconcourentàl'apprendre. Les deux qui nous occupent se prêtent un mutuel appui. Le Cydnus coule dans l'Asie-Mineure, il baigne les murs de Tarse, et se jette dans la Méditerranée-, l'élève a oublié jusqu'à son nom , vous lui rappelez qu'Alexandre , trompé par la limpidité de ses eaux , s'y précipite tout couvert de sueur et gagne

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