‹ Eléments d'hygièneChapitre 139 sur 156 · livre vi, chapithe x · texte numérisé non relu

livre vi, chapithe x

les autres , il n'en est pas ainsi quand plus tard les intérêts personnels viennent s'y ajouter ; elle dégénère en haine: elle aveugle, elle rend injuste et rétrécit l'esprit. C'est ce qui a sans doute fait dire à un poète dont l'académie ne voulait pas:

Les sots , depuis Adam , sont en majorité.

La première cause de vanité et d'orgueil dans un établissement privilégié, c'est qu'on n'y est qu'en pavant une pension qui suppose de la fortune -, aussi avec quel gonflement d'amour-propre le petit commerçant annonce-t-il à son voisin qu'il va mettre son fils au collège; c'est lui dire qu'il peut distraire annuellement de sa caisse douze ou quinze cents francs ; il est bien aise , avec ce seul mot , de faire connaître sa prospérité ; c'est pour lui le summum de l'élévation sociale } il en éprouve la même satisfaction que d'autres en faisant précéder leur nom de la particule de , ou en se faisant appeler monsieur le comte, monsieur le duc, et justement \\ adresse sa confidence à une bonne mère de famille qui envoie ses enfants à une école chrétienne. Vous sentez que voilà une barrière infranchissable entre ces jeunes gens , et quand notre collégien viendra, le dimanche, faire l'orgueil de son père, il ne regardera pas ses anciens amis , il les méprisera même souverainement -, en effet , leur habit n'est pas de la même étoffe que le sien.

Si les riches et les pauvres sans distinction fréquentaient les mêmes écoles, recevaient la même éducation, il s'établirait entre tous des rapports de bienveillance , iis apprendraient à s'estimer mutuellement, parce qu'ils ne se croiraient pas d'une autre nature que leurs condisciples 5 on verrait alors ces amitiés de pension qui ne périssent jamais ; combien, dans nos dissentions politiques, de grands personnages ont dû leur salut à un souvenir de jeune âge i Mais de cette communauté d'instruction , d'intérêts , de celte inégalité de fortune , il résulterait la possibilité de faire naître dans le cœur des riches les sentiments d'humanité , de charité , l'oc-

casion de les mettre en pratique ne leur manquerait pas , ils seraient heureux de partager avec un ami moins bien traité de la fortune tout ce qu'ils ont en abondance ; avec quel contentement ils donneraient leur superflu! Cette philantropie pratique vaudrait bien celle qu'on fait dans les livres , et qu'on le urapprend en leur citant des traits d'humanité qui les touchent très-peu , parce qu'ils n'ont aucun rapport avec leur situation présente , et qu'ils oublient, parce qu'ils n'en voient l'application que dans un lointain qui leur échappe.

La plus grande répugnance à vaincre pour arriver à ce nivellement de l'instruction tient, d'une part , à l'orgueil de caste , et de l'autre , à l'obstination des parents qui se révoltent à l'idée de mettre en contact le noble rejeton , l'espoir de leur famille, avec les enfants du prolétaire , au langage grossier , aux manières communes , aux vêtements sales -, fi donc! de pareils lourdauds marcher de pair avec mon fils ? Jamais. Bourgeois aristocrates , ce qui vous choque est dû au hasard qui vous a fait naître au premier étage d'une belle maison , et le père de celui qui vous inspire du dégoût, au sixième, ou dans un icz-de-chaussée infect ; si vous vouliez changer d'appartement et de fortune , vous verriez que vos marques de distinction sont très-futiles , que peut-être les facultés physiques et intellectuelles du paria sont bien autrement énergiques que les vôtres ! Il y a des gens à qui on ne persuadera jamais que l'inégalité n'est pas dans la nature , mais dans les institutions sociales j que les hommes en naissant ont tous une organisation primitive qui , développée par un bon système d'éducation , arrive à peu près au même degré de supériorité. Pourquoi ne pas corriger ce qui est mal ? Pourquoi ne pas faire naître les mêmes sentiments , les mêmes manières, les mêmes goûts pour le bien, pour le beau, dans tous indistinctement? Ces imperfections qui vous choquent n'existent que parce qu'on ne veut pas se donner la peine de les faire disparaître. Quoi ! vous reprochez aux enfants du pauvre de n'être pas mis comme les vôtres ; mais vous n'avez rien fait pour améliorer le sort de leurs parents -, vous voulez

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