‹ Eléments d'hygièneChapitre 140 sur 156 · LIVRE VI, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE X

que le fils ait de l'esprit et des manières distinguées, mais vous avez laissé le père dans l'ignorance et l'abrutissement. Le mal qui vousrévolte est votre ouvrage !

Le système rétréci d'éducation qui nous gouverne ne convient pas aux mœurs actuelles , il sent trop le despotisme impérial, dont toutes les lois, religieusement conservées par l'Université , sont encore en vigueur ; au lieu detre un , il est varié comme la fortune des particuliers , élevé comme les positions. Aussi , c'est à qui sortira de sa sphère 5 chacun pour se distinguer veut le payer plus cher. L'habitant d'un village, un peu à son aise , ne se contente plus de l'école communale , il met son fils à l'école élaolie dans le chef-lieu de canton 5 le riche propriétaire de ce chef-lieu fait instruire le sien, dans le chef-lieu d'arrondissement ; le savant de cette dernière localité envoie son aîné dans le chef-lieu de département \ les hauts fonctionnaires , les nobles de celle capitale de province croiraient déroger s'ils n'expédiaient l'honneur, l'orgueil de leur nom aux collèges de Paris, qui le garderont tout le temps nécessaire pour en faire un génie. Cette tourmente de distinction , d'élévation, détruit l'harmonie entre les hommes , met la discorde dans les familles ; le frère ne voit pas, sans jalousie, son frère recevoir une éducation exceptionnelle , il lui reproche les dépenses qu'on a été obligé de faire pour lui , il ne pardonne pas à son père de ne l'avoir pas rendu l'objet des mêmes sacrifices , d'avoir méconnu ses droits , et celui-ci paie cher la vanité d'avoir fait de son fils un savant -, car la science , grâce à la manière dont on l'acquiert, est vaine et orgueilleuse , celui qui la possède oublie vite qu'elle lui a été donnée à grands frais, il en est peu reconnaissant , et cette différence d'instruction ne lui permet plus de trouver dans la société de sa famille les rapports agréables qu'il cherchera ailleurs , et même , s'il n'est pas doué de grandes qualités du cœur , l'esprit inculte de ses parents deviendra le sujet de ses critiques -, il oubliera le respect qu'il doit à leur âge et à leur titre.

A mesure que la civilisation s'avance , elle opère la fut. 11. 19

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sion , les rapprochements dans toutes les classes de la société. Autrefois , les grands auraient cru s'abaisser en mettant leurs fils dans un collège ; c'était bon pour la bourgeoisie. Les princes avaient des précepteurs, qui malheureusement ne ressemblaient pas tous à Fénélon , car l'éducation du régent avait été confiée au cardinal Dubois , homme corrompu, qui ne croyait pas même en Dieu. On apprenait aux héritiers du trône que le peuple était à eux ; on peut juger par là des progrès qu'ils devaient faire dans l'art de gouverner. On rapporte que , pour faire apprendre la grammaire à Louis XV, très-paresseux de son naturel , on lui avait adjoint un jeune enfantde son âge; quand le royal élève manquait à ses devoirs, ce qui arrivait souvent , on punissait et on fouettait son compagnon d'étude ; si ce moyen n'était pas efficace , il était passablement barbare. Il expliquerait assez la coutume d'une peuplade sauvage , dont les maris se mettent au lit quand les femmes accouchent.

Le monarque qui règne aujourd'hui sur la France fait donner à ses fils une éducation publique , et il garde reli- ■ gieusement les couronnes qui ont ceint leur front , et qu'ils ont obtenues au concours. Cet exemple doit détruire un préjugé qui répugne à nos mœurs , et faire rougir quelques vieux débris de l'ancienne noblesse qui ont horreur de la popularité.

Les personnes qui croient sincèrement à Y émulation , comme condition de progrès dans les études , pourraient s'appuyer sur le peu d'instruction qu'acquièrent les jeunes gens qui ont des maître particuliers; c'est, dit-on, parce que n'ayant personne à surpasser , ils ne se donnent pas la peine d'étudier. Leur peu d'aptitude, leur paresse tiennent à bien d'autres causes , elles prennent leur source dans la faiblesse des parents qui en font des enfants gâtés , et qui n'accordent au maitre ni confiance ni autorité , le gênent , le contredisent dans tout ce qu'il fait et lui ôtent la liberté d'agir; aussi ne peut-il rien obtenir de son élève, qui n'éprouve pour lui pas plus d'amitié que de reconnaissance. Joignez à cela la mau-

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