LIVRE VI, CHAPITRE XVI
D'abord est-il bien vrai que celle réforme préparatoire dont nous parlons soit possible? A mon avis nul doiile ; car l'Iiommc est de tous les êtres de la création celui qui est le plus modifiable. Il est susceptible d'être façonné et conduit par la force des habitudes , par 1 instinct si puissant de l'imitation , par L'aiguillon du' plaisir et de I amour-propre, par le sentiment de l'honneur et celui de la crainte , par la passion de la gloire et celle de la vertu , par la religion du devoir et du dévouaient , et même par la raison pure. La physiologie nous explique comment et pourquoi il devient si souvent esclave d'un sentiment prédominant , d'une croyance enracinée; l'histoire à son tour nous fait voir les nations , comme les individus , subjuguées , entraînées par une idée exclusive , par une passion forte ; elle nous les l'ait voir subordonnant presque tous les actes de leur existence à l'empire de cette idée ou de cette passion. Voyez les Romains obéissant à !a passion des conquêtes , et se dévouant à l'amour de la patrie pendant six cents ans I Aujourd'hui , ce n'est plus l'esprit de conquête qu'il faut inculquer aux peuples, c'est le sentiment de bienveillance universelle.
Des moyens d'opérer le perfectionnement de la vie physique , morale et intellectuelle de l'homme , et de préparer par là sa réforme politique et sociale.
L'homme, comme nous l'avons dit, a trois modes d'existence, qui le rendent apte à éprouver toutes les influences e^ à subir toutes les directions dont nous venons de parler, savoir : le mode physique, le mode intellectuel, et le mode moral ou sympathique. Comme ces trois sortes de vie ou manières d'exister ont chacune leurs facultés , que chaque faculté a son organe, l'on conçoit qu'en développant certains organes , qu'en activant leur énergie par un exercice souvent répété et gradué , qu'en secondant cet exercice par vin régime convenable et soutenu , l'on augmentera en proportion leurs fatuités , et au point de déterminer et d'établir, si l'on persévère.,.
310 ÉLÉMENTS d'hyCHKWE ,
la piédeminanec du mode particulier d'existence auquel ces facultés apparlionnent ou correspondent- C'est ainsi qu'en mettant en action souvent et long-temps ( sans toutefois aller trop loin , parce qu'alors on userait, on affaiblirait l'organe), la partie du cerveau qui préside au jugement , on développe celle faculté au point de lui faire exercer une grande influence sur tous les actes de la vie. Il en est de même de celte autre parie du système nerveux qui préside aux affections , aux sentiments qui rendent aimants, sensibles et bons; si on la développe avec une certaine énergie, les actes de sensibilité, d'affection et de bonté , auront lieu en proportion, a perfection d'un système d'instruction et d'éducation consiste précisément à établir, dans de justes mesures, la prédominance ou la suprématie des plus importantes facultés morales et intellectuelles sur toutes les autres , particulièrement sur celles qu'on nomme généralement physiques , sans toutefois nuire à la santé. Cette prédominance une fois établie, il devient alors facile de diriger, dans l'intérêt social, comme dans l'intérêt privé, qui en devient inséparable, les penchants , les idées et les passions des individus.
Amélioration de la vie physique.
Mais comme la vie purement physique , c'est-à-dire celle qui préside aux actes qui ne peuvent se classer parmi ceux qu'on appelle nerveux et intellectuels, exerce cependant une haute influence sur les organes et les facultés qui sont du domaine de la vie intellectuelle et de la vie sympathique , il en résulte qu'en améliorant, en perfectionnant celte vie physique dans ses instruments , l'on perfectionnera aussi d'une manière indirecte celles sur lesquelles elle réagit puissamment. Par exemple, en fortifiant le système musculaire et ses dépendances par des exercices de gymnastique pris au grand air , en secondant ces exercices par un régime convenable, l'on parvient souvent à calmer l'irritabilité trop grande du système nerveux , à détruire même ses vicieuses suscepli-