I.IVUE VI, CHAPITRE XVI
s'arrêter, Je se concentrer sur un seul objet, et de l'examiner de lout point; puis la mémoire, ensuite lé jugement, etc. La première est éveillée, slimulée et fixée par tout ce qui fuit naître le désir de connaître ; par tout ce qui flatte l'esprit ou excite son intérêt. Mais comme l'on n'arrive 'à l'esprit que par l'intermédiaire des sens, il s'ensuit qu'il faut d'abord plaire à ceux-ci , les captiver et les fixer par des moyens variés : c'est ce qu'on fait pour les yeux, par des tableaux agréablement coloriés; pour les oreilles, par des sons bien modulés, ou par une accentuation qui excite vivement l'audition, comme le fait la déclamation. L'on ne sait pas assez quelle est l'influence des sons sur l'entendement , et combien d'idées, de connaissances de tout genre , l'on y ferait pénétrer sans effort , à l'aide de dessins , de tableaux , de la musique. Par exemple , rien n'est plus facile que de faire apprendre la géographie dans une cour ou un jardin érigé en mappemonde, où lout , comme dans la nature, est représenté en creux ou en relief. A l'aide de nouveaux procédés, l'on est parvenu à rendre l'étude des langues beaucoup moins difficile qu'anciennement ; c'est surtout en les parlant devant les élèves qu'on les leur apprend plus facilement.
Tout le monde sait comment on aide et on développe la mémoire : c'est surtout en l'exerçant souvent et agréablement, comme font les acteurs, qu'on y parvient.
Dans le cas où il s'agit de retenir des dates , des chiffres ,. des noms difficiles, etc. , l'on peut recourir à quelques procédés de mnémonique.
Quant au jugement , ou plutôt quant aux diverses facultés qui, par leur ensemble, forment ce qu'on appelle de ce nom générique, on sait que ces facultés croissent en activité et en énergie par la culture des sciences exactes, la physique, la chimie, l'hygiène, les mathématiques, etc. (heureusement ces sciences sont celles qu'il importe le plus de savoir pour la satisfaction de nos premiers besoins) , par l'élude des droits et devoirs de l'homme , par celle des faits historiques utiles , qui, étant groupés dans un ordre logique, forcent la faculté
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de comparer à s'exercer de manière à se fortifier et s'agrandir, ainsi que celle qui lie les effets aux causes , rattache le passé au présent, le présent à l'avenir (faculté de prévoir et
de prévenir), ele De ces études diverses résultent aussi
et par enchaînement le développement de la faculté d'ordre , d'arrangement , de classification et de méthode , et souvent aussi ce qu'on appelle l'esprit de prévoyance.
Du développement et du perfectionnement de la vie sympathique ou
morale.
Ce mode de vie , comme nous l'avons déjà dit , a été généralement mal étudié , mal apprécié. La plupart des philosophes l'ont confondu avec la vie intellectuelle. D'autres l'ont considéré comme étant l'une de ses dépendances. Ces deux modes d'existence sont très-distincts par leurs organes et leurs foyers d'action, quelquefois ils sont fort indépendants l'un de l'autre , quoique cependant dans beaucoup de circonstances ils s'influencent réciproquement d'une manière très-active.
Cette vie sympathique ou affective se compose d'un ordre de phénomènes particuliers qui se sentent plutôt qu'ils ne s'expliquent. Elle se manifeste dès notre plus tendre enfance par des penchants instinctifs; par un attrait des appétits pour tel ou tel objet, sans qu'au préalable on ait vu ou connu ces objets (c'eslce que font certains petits d'animaux en se dirigeant vers le sein de leur mère avant d'avoir les yeux ouverts) ; par des sentiments variés d'affection , de convoitise ou de répulsion , indépendants des influences de l'intellect, ou de l'action des sens externes ; par des déterminations souvent opposées à la raison et à la volonté; par des bizarreries de caractère, des passions sans cause apparente , etc.
Dans notre état actuel de société, la vie morale ou sympathique mériterait de recevoir des dénominations opposées à celles qu'elle porte, car cette vie n'est souvent ni morale ni sympathique. En effet, chez un fort grand nombre d'individus \ elle ne signale guère son existence que par des pen-