‹ Eléments d'hygièneChapitre 150 sur 156 · LIVT.E VI, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVT.E VI, CHAPITRE XVI

chanls à l'égoïsme, à la jalousie, à la haine et parfois à la férocité, quoique ces mêmes individus soient , sous le rapport de l'intelligence , fort civilisés. Il en est qui sont en proie au sentiment de la cupidité la plus ignoble, d'autres à l'ambition ia plus effrénée , et qui seraient cependant capables d'écrire comme Sénèque de fort belles pages contre la passion des richesses et la manie du pouvoir. C'est principalement par ce mode d'existence qu'on est entraîné à être sage ou désordonné, généreux ou harpagon, philanthrope ou égoïste, vicieux ou vertueux , bon ou méchant. Enfin , c'est sous l'influence de celte vie qu'on devient un Fénélon ou un cardinal Dubois, un Vincent de Paul ou un Torquemada, un Malesherbe ou un Terray, un Washington ou un Bonaparte.

L'on ne saurait donc trop et trop tôt s'occuper de l'éducation, car son but , son unique but , est de faire des hommes véritablement sociables , en donnant un utile développement à la sensibilité de leur vie sympathique et une bonne direction à leurs penchants instinctifs. En d'autres termes , il faut travailler sans relâche à développer dans chaque individu les sentiments débouté, de bienveillance , d'abnégation et de dévoûment, de manière à détruire , ou au moins à neutraliser les sentiments opposés, leurs antagonistes. La difficulté est grande , car notre vie sympathique a été singulièrement pervertie par toutes les vicissitudes auxquelles notre espèce a été exposée, et surtout par les institutions qu'elle s'est imposées, ou que la force lui fait subir malgré elle. D'abord, dans les temps primitifs, le besoin a forcé l'homme à se rendre par sa force physique propriétaire exclusif et jaloux de tout ce quiétait nécessaire à son existence. Ensuite, l'intérêt de famille, l'habitude qu'il a prise de posséder en maître sa compagne et ses enfants, l'ont rendu orgueilleux et personnel. Plus tard, les distinctions et les rivalités de tribus , les guerres qui ont été la suite de ces rivalités , l'ont rendu haineux et farouche. Vainqueur, il a érigé sa force en droit, il est devenu despote. Vaincu , il a été obligé de souscrire à son esclavage, il est devenu rampant et envieux. Toutes "ces situations ont néces-

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tairemenl concouru à renforcer roi» égoïsme primitif. Plus tard encore, quand les sociétés se sont étendues , aucune précaution n'ayant élé prise pour assurer la vie et le bonheur de chaque associé , tout ayant élé , au contraire , calculé dans l'intérêt exclusif des maîtres , l'instinct de la conservation et du bien-être a dii nécessairement réagir sur les opprimés , comme le sentiment de l'orgueil sur les oppresseurs , pour rendre encore plus actif le moi et le faire prédominer sur le sentiment de bienveillance et d'affection.

Pour améliorer la vie affective, il faut donc lutter contre des dispositions qui ont passé de père en fils, qui sont devenues en quelque façon organiques et héréditaires. Cela donne à penser qu'on lie réussira d'abord qu'incomplètement à moraliser la vie d'un certain nombre d'individus chez qui les penchants égoïstes se trouvent profondément enracinés , par la raison qu'on ne change ce qui tient à l'organisation que par degrés successifs ; souvent même l'on ne parvient à détruire certaines dispositions instinctives qu'au bout de plusieurs générations , un peu dans la première, puis un peu plus dans la seconde, ainsi de suite. Chez plusieurs quadrupèdes , l'instinct sauvage ne disparait qu'à la quatrième ou cinquième génération ; il en faut trois pour civiliser complètement la race de plusieurs palmipèdes.

Parmi les moyens qu'il convient d'employer pour moraliser la vie affective , il faut mettre au premier rang ceux qui rapprochent les hommes et tendent à les faire vivre sous le niveau de légalité , ceux qui font naître dans leurs cœurs des émotions touchantes et généreuses , et qui donnent de l'expansibilité aux sentiments d'affection et de bienveillance. Tels sont les exemples et les récits dramatiques de belles et nobles actions, d'actes de générosité , de grandeur d'àme et de dévouement sublime. La poésie , la déclamation , et surtout la musique et la religion , sont quatre puissances moralisantes qui, entre les mains d'un maître éclairé, suffiraient seules pour faire et parfaire l'éducation la plus morale et la plus sociale des cœurs les plus rebelles.

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