CHAPITRE IV
Facultés intellectuelles.
Par l'intermédiaire de nos sens nous recevons diverses impressions des objets et de leurs attributs extérieurs. Ces impressions, transmises au siège de l'entendement , sont perçues et s'y transforment en idées des objets qui les ont fait naître. Ces idées varient suivant la nature des qualités des objets et selon l'espèce de sens qui en a reçu l'impression. Elles y deviennent tout à la fois cause et sujet d'opérations du principe intellectif qui préside à nos relations. Quand l'activité de ce principe est stimulée et mise en jeu par l'impression présente, ou le souvenir d'une impression passée, on dit qu'il y a attention de sa part. Celte direction de son activité sur une chose a été érigée en une des premières facultés de l'entendement. Quand cette activité s'exerce sur plusieurs objets, et qu'il en résulte des notions de rapports de différences , on dit qu'il y a comparaison , autre mode d'agir de ce même principe , dont on a fait la seconde de ses facultés. Si par suite de cette comparaison, des déductions, des conséquences sont tirées, on dit qu'il y a jugement ; cette propriété qu'a notre esprit de tirer des inductions, de juger, est la troisième faculté. Se rappeler les images des objets dont on a reçu les impressions, les jugements qu'on en a portés, est une autre faculté qu'on a appelée mémoire. Enfin , réagir sur ces impressions , se les représenter sous d'autres formes , et selon des combinaisons, de manière à en avoir des images toutes différentes, c'est imaginer, c'est avoir de ['imagination. La réunion de ces facultés forme tout notre entendement.
Selon le docteur Gall , nous avons vingt-sept facultés intellectuelles et autant de parties du cerveau qui en sont les organes -, selon Spurzhein , nous en possédons onze de plus.
D'après la doctrine de ces savants, les facultés admises et reconnues depuis long-temps par les anciens philosophes , et pur Locke, Condillac , Deslud - Tracy , Laromiguière , ne seraient que des attributs de chacun des organes particuliers, que des modalités de quantité , d'activité , d'énergie -, ainsi , l'organe de la musique a son attention, son jugement, sa mémoire, etc. Quanta nous, nous croyons pouvoir admettre que ce qu'on appelle facultés, et qu'on désigne sous le nom d'attention , de comparaison , de mémoire, d'imagination, de jugement, ne sont que des manières d'être du principe intelleclif, des facultés primaires générales, susceptibles de s'appliquer à toutes les impressions , quel que soit l'organe qui les ait transmises, et à toutes les opérations de ce principe. Nous pensons enfin que les organes décrits par l'école de Gall n'agissent que comme des sens internes 5 si tous pouvaient avoir la faculté de faire attention , de comparer, etc. , il y aurait anarchie dans l'entendement; mais la preuve que cela n'est pas ainsi, c'est que nous ne pouvons être occupés que d'un objet à la fois. Notre intellect a la puissance de s'appliquer plus ou moins à toutes les impressions qui lui sont transmises par les sens , ou rappelées par la puissance ré Élective, car ce principe est essentiellement actif , et c'est alors que les métaphysiciens sensualistes l'ont fait passif. Que ce même principe peut, par la force active dont il est doué, réagir sur ces impressions, les modifier et s'en servir comme de matériaux peur diverses combinaisons intellectuelles.
Nous ne pouvons adopter entièrement la doctrine de Gall et de ses sectateurs. Au surplus, une discussion plus étendue sur ce point de doctrine métaphysique serait plus du ressort de lu physiologie que de l'hygiène. Il nous suffit donc pour notre objet de savoir que l'homme intellectuel a (n'importe en ce moment dans quel principe et quel organe) la faculté d'être impressionné, de percevoir ces impressions , d'y être attentif, d'en avoir la conscience; il a celle de pouvoir sentir les différences qui existent entre ces impressions, de les comparer, d'en tirer des inductions, de les juger.
j.ivnii iv, r.iiAi'iiUK îv. 27
Pour exprimer à nos semblables ee résultat de nos opérations inlelleetuelles ou mentales, c'est-à-dire pour leur communiquer nos impressions , nos pensées , nos projets et nos volontés, nous avons été dotés par un privilège exclusif d'une admirable faculté , celle de la parole. Cette faculté consiste dans les modifications que notre instrument vocal fait subir à l'air qui a servi à notre respiration , de sorte que. par un cumul singulier, nos organes respiratoires et l'air qu'ils inspirent servent tout à la lois à notre vie d'assimilation et de relation.
L'appareil vocal se compose principalement des cellules bronchiques qui se répandent dans les poumons, et font partie intégrante de leur tissu. Ces cellules , en se distendant, deviennent autant de petits réservoirs de l'air inspiré: elles ne sont que la continuation d'un canal cylindrique appelé trachéeartère, qui communique à la bouche par la partie supérieure, et s'y termine par ce qu'on appelle la glotte : c'est là que se produisent les sons à peu près comme dans les instruments à vent à anche libre. La glotte , selon l'âge , a une ouverture plus ou moins étroite, qui est formée, de deux lames cartilagineuses, susceptibles de vibrer comme deux cordes l'une contre l'autre ; l'air, dont les cellules bronchiques se sont remplies par inspiration, étant ensuite chassé alors qu'on veut émettre des sons par le resserrement de la poitrine, traverse cette ouverture étroite de la glotte , s'y brise , et y produit le son en faisant vibrer les cartilages. Pour varier les qualités du son , l'acuité ou la gravité, ces cartilages sont tendus ou relâchés à volonté par le moyen de petits muscles qui sont placés sous la direction de l'intellect , qui, dans ces cas, suit les inspirations du sens auditif, car c'est l'oreille qui règle l'organe vocal, à l'aide du voile du palais, des dents, des mouvements des joues, et surtout des lèvres et de la langue, pour que le son soit modifié de manière à se métamorphoser en paroles.
Cette métamorphose , pour devenir la traduction exacte des sentiments , des idées et des jugements humains , suppose tant de calculs , tant de combinaisons de la part de la puissance in-
tellective , que des hommes de génie y ont vu quelque chose de divin, surtout quand on considère quelle extension l'homme a su lui donner, et quel immense usage il a su en faire pour son perfectionnement. L'étonnement redouble quand on voit la parole se traduire en d'autres signes (écriture), parcourir le monde et frapper l'intelligence des humains par les yeux.
D'après ce qui précède on voit qu'il y a nécessité organique pour l'homme , par conséquent besoin d'exercer et de développer avec convenance et opportunité ses facultés : ce doit être là le but de tout père de famille , de tout bon instituteur. Mais c'est à l'hygiène qu'il appartient de les diriger 5 c'est à cette science à leur faire voir, quand et comment , et dans quelles proportions doivent se faire , pour le plus grand bien de la société, et cet exercice et ce développement. L'instruction comme l'éducation doit commencer et commence effectivement peu de temps après la naissance. A la vérité, l'enfant a dans les premiers mois peu de connaissances à acquérir ; la nature est son seul maître. Il apprend à mouvoir quelquesuns de ses muscles , parce que le mouvement est un de ses premiers besoins : il ne faut donc pas le garrotter. Il apprend à voir la lumière , il la recherche. Le besoin d'exercer le sens du toucher se fait sentir; l'enfant touche à tous les objets qui sont à sa portée. Plus tard sa mère devient son maître ; c'est entre elle et lui que commence sa vie affective. Ses premières sympathies, son premier sourire sont pour celle qui le réchauffe contre son cœur, qui le nourrit de sa propre substance; chez la mère, le moi disparaît ou plutôt s'identifie avec son fils ; tous ses moments se passent en soins de tendresse ou en actes de dévoûment. De la part du nourrisson , c'est un instinct d'attraction. C'est avec elle qu'il entre en liaison de sentiments , de signes. C'est par elle qu'il apprend à connaître les premiers objets, à prononcer les premières paroles. C'est elle qui l'aide à exercer ses yeux, ses jambes, et qui, tous les jours, augmente son vocabulaire; enfin arrive le moment de le diriger dans l'étude des choses qu'il doit savoir... Ici con-