LIVRE IV , CHAPITRE VII
aux soldats romains. Sans doute aucun peuple de l'antiquité n'a eu plus de bravoure que les Français , et les guerres de la république et de l'empire ont mis cette vérité hors de doute; mais les Romains , plus endurcis aux fatigues par des exercices continuels , résistaient mieux aux intempéries des saisons , et à toutes les causes de maladies qui déciment nos armées. Ils faisaient vingt ou vingt-quatre milles par jour, portaient des poids de soixante livres, couraient, sautaient tout armés , portaient des épées , des javelots , des flèches d'une pesanteur double ; en un mot, ils faisaient de la gymnastique, et elle leur fit subjuguer le monde. Plus tard , en dénaturant son but, elle dégénéra en barbarie et tomba dans l'oubli. Mais la physiologie positive de notre époque a démontré que la nature physique doit être , comme la nature morale et intellectuelle, l'objet d'une éducation spéciale, sans laquelle le cœur et l'esprit souffrent et languissent : Mens sana in corpore sano. Notre siècle fut témoin de tous les efforts que firent des philanthropes éclairés pour la remettre en honneur. L'Allemagne la vit renaître; mais, revenue de son enthousiasme , elle la fit proscrire quelque temps pour être tombée dans un écueil contraire, c'est-à-dire pour n'avoir vu que le développement des forces physiques.
Il était réservé au colonel Amoros de la faire revivre en Espagne et en France , de la faire pénétrer en Portugal , au Pérou. Entre ses mains , elle n'est ni l'objet d'un stérile amusement, ni le développement de l'organisation seule, mais elle devient une science raisonnée , graduée ; enfin c'est un système complet à' éducation physique , gymnastique et morale. Il fait concourir à l'exercice des muscles d'autres organes de la vie de relation , il coordonne leurs actions avec la voix, la musique-, ainsi, sur un air approprié à des paroles capables d'inspirer l'amour du beau, du juste, de la patrie, il fait exécuter une suite de mouvements rhytir.iques. Passant ensuite de ces mouvements élémentaires à l'application , il étonne par ses résultats. Pour un gymnasiarque , c'est un jeu de monter à l'assaut , de franchir un fossé , d'escalader un
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mur, de gravir un rocher escarpé, de traverser un fleuve à la nage; il surmonte toutes les difficultés, tous les accidents de terrain comme par enchantement-, il ne semble pas possible de donner à l'homme cette souplesse , cette agilité, cette force dans les membres.
Indépendamment du Gymnase normal, civil et militaire, la gymnastique a pénétré dans un grand nombre d'établissements. Les médecins particulièrement doivent faire leurs efforts pour la répandre. Connaissant tout et: qui peut hâter ou retarder le développement des organes , ils propageront, avec l'ascendant que leur donne leur profession, une science d'une utilité incalculable dans ses applications , puisqu'elle fait des hommes sains et robustes. C'est à eux de proportionner les exercices du corps, comme les exercices de l'esprit, aux liesoins des organes, à leur degré d'énergie-, à développer ce qui l'est trop peu, à arrêter ce qui l'est trop, et à refaire ce qui est mal-, déterminer enfin quel genre d'exercice convient à telle ou telle conformation. Chaque organe a sa gymnastique spéciale ; tel défaut dans un appareil doit et peut être corrigé par une suite d'exercices déterminés. Ainsi , l'escrime, l'action de grimper, conviennent aux poitrines étroites-, car les membres supérieurs étant implantés sur les côtés du thorax, leur action répétée augmentera cette cavité, et les poumons, dans l'acte de l'hématose , exécuteront plus facilement les mouvements d'inspiration et d'expiration , la quantité de sang artérialisé sera plus grande , et imprimera un surcroit de vie à tout l'organisme. Qui peut savoir jusqu'où irait cette influence clans les constitutions prédisposées aux tubercules? Ne sommes-nous pas souvent spectateurs passifs d'une maladie qui résiste à la médication la plus sage? Nous devons donc la retarder, sinon la prévenir, par tous les moyens mis à notre disposition \ il est sans doute plus facile de l'empêcher que de la guérir. À ceux q ai nous diraient, c'est impossible, nous répondrons, qu'en savez- vous? vous n'avez pas essayé.
Il en est de même des autres constitutions. Il faut aux reins faibles conseiller la natation, l'action de gravir; aux bras