LIVRE IV, CHAPITRE VII
d'estomac , seulement le régime alimentaire sera plus substantiel.
La marche est un exercice d'autant plus salutaire, qu'il peut être modifié de mille manières. Il est applicable à tous les âges, à toutes les constitutions. Tant qu'un convalescent n'a pas quitté la chambre et fait quelques pas au grand air, il n'est pas encore revenu à son état normal 5 mais quelques sorties produisent cet heureux effet.
La marche, enfin , agit puissamment sur toutes les maladies qui tiennent à l'exaltation du système nerveux -, elle fait une puissante diversion sur les idées qui nous occupent 5 elle chasse la tristesse, ramène le calme et le bien-être. Qui ne s'est pas bercé des plus douces illusions dans une promenade au milieu de la campagne? Comme les pensées abondent! il tarde au poète de rentrer dans le sanctuaire des muses, pour les jeter sur le papier.
20 Du saut. — Le saut est un mode de progression qui n'est pas naturel à l'homme, aussi lui arrive-t-il rarement d'y avoir recours ; c'est un exercice fatigant qui n'est guère possible que dans l'enfance*, car dans l'âge adulte, et surtout dans la vieillesse, il devient difficile et même impossible à exécuter. En effet , le corps , comme dans la marche , ne passe pas d'un lieu à un autre sans perdre son point d'appui; mais il est détaché violemment du sol , lancé en l'air, et il retombe en obéissant aux lois de la gravitation. Pour exécuter ce mouvement, il y a flexion de toutes les articulations les unes sur les autres, puis un redressement brusque , dont l'effet est de projeter le corps en avant dans le saut horizontal , et en haut dans le saut vertical. Il en résulte que tous les muscles sont en action , et que leurs contractions violentes produisent une fatigue proportionnée à la souplesse des membres, au poids du corps qu'ils ont à soulever, et surtout au peu d'habitude qu'on a de cet exercice. Les membres supérieurs agissent dans le sens des inférieurs . pour imprimer au corps un mouvement de projection et maintenir l'équilibre. Pour arriver plus facilement à ce double résultat, on peut les armer d'une perche,
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qui , prenant son point d'appui sur la terre , aide puissamment à soulever le corps et à diminuer la secousse qu'il épiouve en retombant.
On a l'habitude, à Paris , de faire sauter à la corde , dans les jardins publics , les enfants très-jeunes •, cet exercice est d'autant plus salutaire qu'il est pris au grand air. Il convient surtout à ceux qui sont faibles , languissants; il est propre à les fortifier en activant les fonctions de la digestion , il esi sans inconvénients. Il n'en est pas de même du jeu connu sous le nom de cheval fondu ; les élèves , à la promenade , s'y livrent avec ardeur ; les uns s'élancent sur le dos des autres , qui se tiennent courbés. Il serait prudent de ne le permettre qu'aux enfants de même taille à peu près -, l'enfant faible , en servant de point d'appui à un plus lourd que lui , supporte, dans une position incommode , un poids qui n'est pas en rapport avec îa force de ses reins et de son clos ; il peut en résulter des accidents. En sautant à son tour, il prend un élan proportionné à l'obstacle qu'il a à franchir-, mais ses jambes, trop courtes relativement, ne peuvent s'écarter assez, elles s'embarrassent, et il fait une chute d'autant plus grave , qu'il tombe sur la tête.
Cet exercice , dans les pensions , doit être surveillé par le maître. Il est inutile d'ajouter qu'on l'interdira à tous les individus dont les organes locomoteurs ne sont pas dans une intégrité parfaite , ou bien qui souffrent des viscères , car ils en recevraient une influence désavantageuse, en raison de l'activité qui est imprimée à la respiration et à la circulation.
S0 Course. — La course tient le milieu entre la marche et le saut, elle est plus que l'une et moins que l'aufre. Quoique le corps ne soit pas détaché du sol comme dans le saut , cependant., la ligne de gravité passe si vite d'une base de sustention à l'autre , que le membre qui est en avant reçoit le tronc que lui renvoie celui qui est placé en arrière , avant d'être fixé sur le sol ; le corps est alors suspendu en l'air , ce qui le différencie de la marche dans laquelle il est toujours soutenu. La distance que le corps parcourt est proportionnée
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à l'dtendue et la rapidité des pas -, son impulsion en avant devient telle que les muscles de la partie postérieure de la tète la tirent en arrière , les adducteurs du scapulaire et des bras vers la colonne vertébrale suivent les menus mouvements ; la poitrine est fixée pour donner un point d'appui aux muscles des lombes et du bassin. Celte contraction des dilatateurs du thorax explique l'anhélation que le coureur éprouve. Aussi cet exercice modifie-t-il au plus haut point la respiration et agit-i! puissamment sur l'économie. Il faut le défendre aux personnes affectées de lésions organiques du cœur, disposées à l'asthme , à la phlhisie; il y aurait pour elle menace de suffocation , crachement de sang qui hâterait la marche de la maladie : à ces constitutions, de l'exercice, mais de l'exercice modéré.
Les combats de la course étaient en honneur dans l'antiquité ; le vainqueur était couronné au milieu des applaudissements de la foule : les femmes mêmes se livraient à cet exercice palestrique , et ne craignaient pas d'entrer dans la lice. Le chaste Hyppomène n'aurait pas vaincu la légère Atalante, sans les pommes d'or de Vénus. Les filles des rois aujourd'hui ne soumettraient plusieurs amants à une pareille épreuve, elles ne s'abaissent pas à effleurer la terre d'un pied léger.
De nos jours cet exercice gymnastique n'est plus représenté que par le jeu de barres, qui était anciennement un combat d'hommes armés , dans un espace entouré de barrières. Celte manière de courir est des plus salutaires , on ne peut assez la recommander ; non-seulement elle a l'avantage de développer les forces, de donner de l'agilité, mais aussi elle a celui de stimuler le courage et la ruse. Elle offre l'image d'un combat, mais d'un combat inoffensif; l'intelligence du chef a autant de part à la victoire que le courage des soldats , il lui faut des connaissances stratégiques, il choisit le moment de l'attaque, calcule les accidents du terrain , reconnait l'endroit faible de l'ennemi , et mesure d'un coup d'œil les circuits et les détours à faire pour le surprendre \ et quand il a , par un coup hardi, délivré ses prisonniers, ou pris le camp
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opposé, nouveau Miltiade, ses lauriers ôteront le sommeil à un autre Alexandre.
Danse. — La danse faisait partie d'un des deux principaux genres de gymnastique ancienne , connue sous le nom d'orcheslique.
On peut , en examinant un danseur de profession , avoir l'idée de ce que peut l'exercice d'un organe sur son développement ; les muscles de la partie inférieure du tronc, des cuisses et des jambes en particulier, sont d'une grosseur qui contraste avec l'étroitesse de leur poitrine et la petitesse de leurs bras. Ce fait donne la mesure de ce qu'on doit attendre de la danse comme exercice gymnastique.
On rencontre souvent des enfants dont les jambes sont peu développées , incurvées ; celte incurvation , quand elle n'est pas portée trop loin , se redresse d'elle-même, sans les moyens orthopédiques ; mais le mollet a peu de volume , les muscles jumeaux et soléaires sont à peine saillants, il y a faiblesse , vacillation dans la marche. La danse , fréquemment répétée , aura dans ce cas les meilleurs résultats.
Considérée comme plaisir de société , la danse est loin de produire les bons effets qu'elle promet , on peut même dire qu'elle est plus nuisible qu'utile , aux femmes surtout. Rousseau disait qu'il aimerait mieux danser dans une grange qu'à l'Opéra. Un bal au grand air , sur la verdure , est un exercice salutaire. Mais dans les grandes villes , où l'on est entassé dans un lieu étroit , la température s'élève , l'air est vicié, on respire mal; la vivacité du plaisir , la coquetterie , ce grand mobile des femmes , ne permettent pas de sentir la fatigue ; on passe d'un lieu où l'on est plongé dans un bain de vapeur , dans un air froid, les bras nus , la poitrine découverte. Le médecin voit tous les accidents qui en seront la suite ; mais ses conseils sont méconnus \ c'est en vain que des voix éloquentes s'élèvent contre les abus , les coutumes dangereuses , on ne les écoute pas. Mais aussi , combien de jeunes personnes frêles et délicates ont puisé dans un bal le germe d'une maladie qui les a conduites au tombeau. Il y a des constitu-