LIVRE IV, CHAPITRE VII
Gastronomes impotents et qui ne vivez que pour manger , vous vous faites traîner chez Véry , dans votre équipage , pour y faire un mauvais dîner ; nous vous souhaitons la passion de la chasse , vous perdrez bientôt en grosseur ce que vous gagnerez en appétit.
Il est un moyen sûr d'acquérir ce trésor : L'exercice, messieurs, et l'exercice encor. Allez tous les matins , sur les pas de Diane , Armés d'un long fusil ou d'une sarbacane, Épier le canard au bord de yos marais ; Allez lancer la biche au milieu des forêts ; Poursuivez le chevreuil s'élançant dans la plaine ; Suivez vos chiens ardents que leur courage entraîne...
Gastronomie.
Le chasseur a une manière de vivre toute particulière ; il prend en pitié les petits tracas du monde , les rapports de société -, tout est pour lui dans la précision d'un coup de fusil, il ne sacrifie qu'à Diane. On a dit à tort qu'il n'avait pas d'ambition : il a celle de son art, il en est jaloux. Quand un rival, plus heureux , a étendu à ses pieds le lièvre qu'il a manqué , l'envie est à son comble , c'est pis que si on lui enlevait sa maîtresse 5 et peut-être que le cœur d'un ministre, auquel un autre plus adroit a soufflé son portefeuille , est moins saignant. Le goût pour la chasse se fait remarquer de bonne heure dans les enfants ; la détonation des armes à feu leur est agréable , il les recherchent et les examinent avec curiosité 5 d'autres, au contraire, les craignent et n'osent y toucher. Il faut dans les premiers modérer ce penchant , et le développer dans les seconds par gradation. Si la vue d'une arme ne révèle pas qu'on est un Achille , au moins qu'elle apprenne qu'on est un homme.
La chasse, comme nous l'avons dit, pouvant devenir passion , il en résultera souvent un exercice forcé qu'on n'obtiendrait pas sans l'attrait du plaisir, et qui cependant peut être nuisible. Le chasseur ne se ménage pas assez ; exposé à la pluie, à la rosée du matin, forcé de traverser des terrains marécageux , il contracte des rhumatismes et des bronchites chro-
.50 ÉLÉMENTS D'nYGIËNF.;
niques. Il est nécessaire que les personnes qui ne peuvent résister à l'humidité , quoiqu'elles aient tout fait pour fortifier leur constitution , ne chassent qu'à certaines heures du jour, après midi , par exemple , par un beau temps , et ne se livrent à ce divertissement qu'avec modération. Une sage réserve dans les plaisirs permet d'en goûter le charme , et les fait tourner au profit de l'organisme.
Escrime. — L'escrime est un des exercices qui exigent le plus de force et de précision dans les mouvements 5 rien n'est prévu d'avance -, c'e§t ^»-eombat entre deux adversaires qui redoublent d'efforts, [de feintes , pour se surpasser: ils se mesurent des y^uV, etrue "prennent de;, repos que quand l'un d'eux a avoué sa défaite , aveu qu'on ne fait qu'après avoir pris plusieurs fois sa revanche, et qui coûte toujours à l'amour-propre. Il arrive quelquefois que les fleurets dont on se sert, maniés avec trop d'acharnement, se déboutonnent, et blessent mortellement celui qui en est atteint. Ce malheur vient d'arriver à un jeune homme qui était l'espoir de sa famille. Il faudrait ne pas permettre cet exercice sans qu'au préalable ceux qui s'y livrent ne soient plastronnes , ou bien ne pas se servir d'une tige métallique , qui par accident devient une épée , mais d'une arme inoffensive , qui , offrant assez de résistance pour s'exercer, ne pourrait jamais devenir meurtrière.
L'escrime, comme toutes les luttes , étant très-propre à piquer l'amour-propre , à exciter l'orgueil , fait exécuter sans peine une suite de mouvements qu'on ne fait pas dans un exercice qu'on prend seul ; aussi la fatigue, dont on ne s'aperçoit pas pendant la défense et l'attaque , se fait sentir plus tard 5 voilà pourquoi les anciens l'avaient considérée comme très-propre à faire maigrir. Son action se porte principalement sur les membres supérieurs, et contribue à distendre le thorax 5 mais elle a l'inconvénient de développer un membre plus que l'autre. Il faudrait, pour répartir exactement ses effets, qu'on fît des armes alternativement des deux mains , qu'on fût ambidextre,
L'habileté qu'on acquiert à manier une épée , à défendre