PREMIERE SECTION
Grossesse.
La grossesse est l'état de la femme qui porte dans son sein le produit de la conception ; sa durée est de neuf mois solaires, ou de deux cent soixante-dix jours. Cette partie de la génération a, par son importance, appelé l'attention des législateurs de tous les temps , qui Font entourée de précautions , lui ont accordé des privilèges que réclame son but. L'existence de deux êtres intéresse à un trop haut point l'ordre naturel et social, pour ne pas commander les égards et le respect 5 aussi les sociétés naissantes , et les anciennes républiques qui avaient besoin de favoriser la population , élément de prospérité des étals , entouraient d'honneurs les femmes enceintes , et considéraient leur état comme une excuse légale aux crimes qu'elles pouvaient commettre et comme une exemption de l'application de la peine de mort. Les temps sont bien changés aujourd'hui ; on n'a pas plus d'égards pour les femmes qui vont devenir mères , que de respect pour les vieillards 5 elles sont souvent l'objet de mauvais traitements et de brutalités qu'on ne punit pas assez sévèrement. N'est-ce pas une conséquence rigoureuse de notre éducation et de nos mœurs? Comment des hommes qui ne s'aiment ni ne s'estiment , entoureraient-ils d'hommages et de protection celles qui donneront le jour à des êtres qui doivent leur ressembler !
Les gouvernements, plus éclairés que les hommes du peuple , que l'ignorance , jointe à un mauvais naturel , conduit à ces violences, doivent prendre toutes les mesures possibles pour que la grossesse parcoure ses diverses périodes avec régularité 5 il y a tant de préjugés absurdes à détruire , relativement à la gestation , aux accouchements, qu'il faudrait multiplier les écrits propres à les détruire 5 en les faisant pénétrer dans les classes pauvres, on leur donnerait des idées justes
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sur l'importance des précautions hygiéniques recommandées dans ce cas. Il faudrait surtout peindre des couleurs les plus odieuses les manœuvres criminelles à l'aide desquelles on provoque l'avorlement; c'est un véritable homicide ; quelles punitions méritent ceux qui font métier de ces odieuses tentatives ?
La société ne peut accorder trop de secours aux femmes enceintes de la classe indigente ; il est à regretter que les départements n'aient pas des établissements où eiles pourraient, comme à Paris , trouver les ressources nécessaires. Cet empressement à soustraire au mépris et à la misère des malheureuses qui ont été souvent égarées , ne diminuerait peut-être pas les grossesses illicites , mais il diminuerait les avortements provoqués et les infanticides , comme tend à le prouver le plus grand nombre de ces crimes depuis la suppression des tours.
Dans le commencement de la grossesse, il y a suppression de l'évacuation menstruelle, nausées, vomissements, état général de souffrances , augmentation du volume de l'utérus , que l'on constate par le toucher, développement du ventre et des glandes mammaires. Mais ces signes généraux sont trompeurs , quelques-uns mêmes manquent quelquefois -, les seuls qui dénotent d'une manière certaine la présence du produit de la conception , sont les mouvements du fœtus qui se font sentir à quatie mois, la perception du bruit de la circulation placentaire et fœtale à l'aide de l'oreille ou du stéthoscope appliqué sur les parois de l'abdomen.
Les changements anatomiques et physiologiques qui surviennent dans l'utérus, liés par d'étroites sympathies aux autres organes , en amènent dans toute l'économie. Les autres fonctions ressentent des effets variables , selon la constitution , la manière d'être , l'énergie des femmes pendant la gestation. L'organe qui reçoit le plus directement l'influence de la matrice , est sans contredit l'estomac ; aussi regarde-tor> les modifications qu'il éprouve , comme une preuve de grossesse. Quelques femmes ont été prises de vomissements à
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l'instant même de la conception 5 ordinairement, dans le premier mois , il y a nausées , inappétence, dégoût , sécrétion abondante de salive , vomissements. Ces phénomènes cessent ordinairement au quatrième mois , et les fonctions digestives reprennent leur état normal , ou même s'exécutent avec plus d'énergie, car il y a augmentation d'appétit. Vers la fin delà grossesse, la digestion se dérange de nouveau : les vomissements reparaissent , ils sont dus à la compression exercée sur l'estomac par la dilatation de la matrice ; il suffit souvent pour y remédier de fractionner les aliments et de ne les prendre qu'en très-petite quantité à la fois -, cela est d'autant plus important que la nutrition étant plus active dans les derniers mois, la femme éprouve le besoin de manger.
La calorificalion étant augmentée , il faut éviter de couvrir les femmes de manière à concentrer sur elles une chaleur incommode.
Les organes locomoteurs reçoivent une influence qui rend la marche pénible ; la tète est jetée en arrière pour faire équilibre au poids qui tend à incliner le corps en avant , et 011 ne peut le maintenir dans la rectitude que par une contraction forte des muscles de la partie postérieure du tronc , ce qui cause, de la fatigue , et conduit à ce conseil , qu'il faut éviter, dans cet éial, de descendre un escalier rapide sans de grandes précautions , et de marcher sur un terrain glissant , parce que les chutes sont graves pour la mère et l'enfant ; mais ces accidents arrivent plus rarement depuis que la mode des souliers à talons hauts et pointus est ra-sée.
Les modifications que la grossesse apporte aux fonctions intellectuelles et sensoriales se bornent la plupart du temps à une exaltation de la sensibilité, et à une plus grande disposition aux affections nerveuses , aux appétits déréglés ,. appeléspica et malaria, qu'on remarque du reste chez les jeunes filles hystériques et chlorotiques. On a remarqué quelquefois un changement brusque dans les penchants et les affections morales , on a vu éclater des sympathies ou des antipathies subites -, mais il faut dire que quelques femmes ont su profiter
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habilement de la crovanee générale à cet égard pour obtenir de leurs maris l'objet d'un désir , ou la satisfaction d'un goût qu'elles avaient depuis long-temps.
Indépendamment des règles d'hygiène applicables à tous les individus , il en est d'autres que réclame spécialement l'état dont nous parlons 5 car les modificateurs qui agissent peu dans les circonstances ordinaires , ont une action directe sur la gestation.
L'air et les constitutions atmosphériques ont , d'après Hippocrate qui a porté la lumière sur ce point, une grande influence. Il dit que si l'hiver est austral et pluvieux, et le printemps sec et boréal , les femmes avortent, et celles qui accouchent à terme mettent au monde des enfants faibles et maladifs qui ne vivent pas long-temps , ou qui restent toute leur vie grêles et maladifs. Tout le monde sait que l'influence de certaines conditions qu'on ne peut apprécier donne lieu à des avortements et à de grandes difficultés dans l'accouchement : il y a certaines années où les péritonites puerpérales devenant épidémiques et meurtrières , on est obligé de fermer les établissements publics où on reçoit les femmes enceintes.
Il faudra , autant que cela est possible , se soustraire à ces causes pernicieuses par la respiration d'un air pur, en se préservant des excès de froid , de chaud , d'humidité , de sécheresse.
L'état de pléthore qui se fait remarquer dans les premiers mois de la grossesse , et qui nécessite souvent la saignée, indique assez que l'on doit éviter tous les aliments qui pourraient augmenter la nutrition : ils doivent être légers , peu nourrissants , et pris dans le règne végétal \ plus tard, quand le développement du fœtus exigera , comme on le dit vulgairement , que la femme mange pour deux , on les prendra plus substantiels.
Les boissons excitantes , comme le thé , le café ; fermentées , comme les vins trop spiritueux , les liqueurs alcoholiques 5 doivent être sévèrement proscrites : il en est de même