LIVRE V, CHAPITRE III
les suites de couches traînent après elies , pour les femmes qui n'allaitent pas. On sait que les conseils du médecin sont peu écoutés quand il s'agit d'un parti pris d'avance, et qu'on s'est dit , sans savoir pourquoi , je ne nourrirai pas.
Qu'a-t-il à répondre quand on lui objecte des raisons de relations sociales, déposition, d'intérieur, d'état ? Rien. Il ne peut que gémir sur l'indifférence qu'on met à élever des hommes , sur la coupable coutume d'immoler un devoir sacré à de futiles prétextes , et de rechercher dans une existence agitée, des plaisirs qu'on trouve plus purs dans une vie modeste et occupée ; et si l'on objecte l'air pur et bienfaisant que les enfants confiés aux nourrices de la campagne respirent, nous répondrons, pourquoi les femmes des hauts rangs de la société n'y vont-elles pas , elles s'y rendent bien pour leurs plaisirs!
Si l'on n'avait pas d'intérêt à trouver des empêchements à la lactation , ils seraient très-rares , et il n'y aurait plus que ceux causés par une constitution faible , et plusieurs maladies : telles sont les affections scorbutiques , scrophuleuses , raehitiques', tuberculeuses , dartreuses , cancéreuses , syphilitiques , etc. ; ces maladies se transmettent , et souvent des enfants qui paraissent bien portants pendant l'allaitement en sont atteints plus lard. Une nourrice étrangère , saine et vigoureuse , est très-propre à combattre cette cruelle hérédité '5 mais dans cette occurrence c'est au médecin à prononcer, c'est à lui de parler en maître absolu -, on ne peut plus , comme dans les cas précédents, le payer de mots, il voit par lui-même, il a des faits qui prouvent la sagesse de ses conseils , il usera de son autorité avec d'autant plus de force, qu'il sait ce qui arrivera; malheur à ceux qui ne s'y soumettront pas î Le citoyen de Genève a traité ce sujet avec une chaleureuse éloquence.
« Il se trouve pourtant quelquefois encore de jeunes perce sonnes d'un bon naturel, qui, sur ce point, osant braver « l'empire de la mode et les clameurs de leur sexe , rem- « plissent avec une vertueuse intrépidité ce devoir si doux
102 ÉLÉMENTS d'hYGIÈWE,
« que la nature leur impose. l'uisse leur nombre augmenter « par l'attrait des biens destinés à celles qui s'y livrent ! Fondé « sur des conséquences que donne le plus simple raisonne- « ment, et sur des observations que je n'ai jamais vues dé- « menlies, j'ose promettre à ces dignes mères Un attache- « ment solide; et constant de la part de leurs maris , une « tendresse vraiment filiale de la part de leurs enfants , l'es- « time et le respect du public, d'beureuses couches sans ac- « cidentet sans suites, une santé ferme et vigoureuse, enfin, « le plaisir de se voir un jour imiter par leurs filles, et citer « en exemple à celles d'autrui. » ,
Allaitement maternel. — Le lait de la mère est la meilleure nourriture qu'on puisse donner à l'enfant , puisqu'elle lui a été destinée par la rature; ce qui prouve qu'elle est la plus appropriée à ses organes digestifs , c'est qu'un enfant dont la mère n'a du lait qu'en petite quantité est frais et gras, et qu'un nourrisson étranger qu'elle allaite maigrit et devient chétif.
Quelques heures après l'accouchement il faut présenter le nouveau-né au sein de sa mère ; les mouvements de succion qu'il exécute , les cris qu'il fait entendre , annoncent assez que ce besoin , qui est le premier et le plus impérieux , se l'ait sentir. En suivant cette marche, l'enfant tire des mamelles le liquide jaunâtre appelé colostrum , dont nous avons déjà parlé, et qui sert à lubréfier les intestins et a faciliter l'expulsion du méconium. L'enfant , selon ses forces et le besoin qu'il éprouve , tète souvent et peu à la fois dans le commencement 5 mais après six semaines il demande le sein à des époques moins rapprochées , ce qui tient, du reste, à l'abondance et aux qualités du lait et un peu à l'habitude. Il serait difficile de préciser le nombre de fois que le nouveau-né doit téter , mais cependant pour le repos de la mère il est bon qu'elle le règle autant qu'elle le pourra ; nul doute qu'avec un peu de persévérance elle ne gagne quelque chose*, on peut même dire que c'est en se soumettant pendant la lactation à ses petites exigences , qu'elle commence à le gâter et se pré-