‹ Eléments d'hygièneChapitre 58 sur 156 · LIVRE V, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE III

pare, et à lui, mille contrariétés à l'avenir ; mais, comme on n'aime pas à le voir verser de larmes , on ne trouve rien de mieux que de l'apaiser en lui donnant le sein. Cette habitude est le premier germe de l'empire despotique dont on souffrira dans la suite 5 mais on ne peut faire comprendre à la tendresse maternelle que résister quelquefois, c'est éloigner les occasions d'avoir recours à ces moyens de sévérité-, l'enfant , tout jeune qu'il est, a la conscience de ce qu'il fait, et du reste, obéi dans toutes ses fantaisies, on ne voit pas pourquoi il n'en aurait pas autant qu'on veut lui en passer. Nous nous en rapportons ici aux personnes qui ont élevé des animaux domestiques ; elles savent que l'animal le plus jeune est docile ou indocile, selon la manière de le diriger, et l'enfant est le plus modifiable de tous les êtres.

Une coutume pernicieuse, contre laquelle on ne peut trop s'élever, c'est celle de joindre une nourriture différente de celle que produit le lait 5 c'est ordinairement de la bouillie, faite avec de la farine de froment et du lait de vache , qui par elle-même est très-bonne, sans avoir cependant la propriété de calmer les coliques. Mais, à quoi bon vouloir ajouter au lait de la nourrice , quand il est bon et abondant , une substance au moins inutile, dont on ne se contente pas long -temps, et qu'on augmente chaque jour. On fait des enfants voraces et à gros ventre ; il en résulte souvent des entérites chroniques , et celte surcharge d'aliments , au lieu de leur profiter, leur est nuisible -, ils maigrissent et deviennent chétifs. Ce préjugé , dans la classe du peuple surtout , est le même que celui qui, faisant voir delà faiblesse dans toutes les maladies , veut qu'on donne des Ioniques et des excitants. Voici la règle générale à cet égard : tant que l'enfant croît et a de l'embonpoint, on ne doit pas lui donner de nourriture plus substantielle que celle que la natuie lui a destinée -, il ne faut y recourir que quelques mois avant l'époque du sevrage, qui met dans la nécessité de changer son alimentation, pour l'habituera celle qui va lui devenir naturelle.

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jNous n avons pas besoin de dire que les mauvaises qualités de 1 air qu'on respire dans les lieux bas et humides , la constitution lymphatique , la faiblesse de la nourrice , doivent apporter des modifications à ce principe.

Allaitement par une nourrice étrangère. — Dans celle sorte d'allaitement l'enfant n'a pas , comme dans le précédent, 1 avantage de téter un lait qui a été sécrété pour lui , et qui , par ses qualités nutritives, est en rapport avec ses organes digestifs. Celui d'une nourrice est d'autant plus difficile à digérer qu'il a plus de consistance , et que , par conséquent , il v a plus long-temps qu'elle est accouchée. Il conviendrait de la soumettre à un régime rafraîchissant et peu substantiel , de lui faire prendre des boissons délavantes , comme les décoctions d'orge , de gruau d'avoine , eîc. , pour diminuer la sécrétion laiteuse; mais ces moyens sont loin d'avoir l'influence qu'on en attend , ils sont très-douteux. Il est vrai qu'un préjugé est venu tout exprès excuser une conduite blâmable ; on croit que le jeune nourrisson renouvelle le lait , c'est une erreur ; la distension des mamelles et l'apparition des phénomènes semblables à ceux de la fièvre de lait tiennent à la grande quantité sécrétée , comparativement à ce que l'enfant en consomme.

Il faut remplacer le coiostrum par quelques substances qui puissent produire le même effet. Ainsi , de l'eau sucrée ou miellée , du petit-lait sucré , du beurre pétri avec du sucre , du sirop de violettes ou de chicorée composé , mêlé à l'huile d'amandes douces , conviennent Irès-bien et nourrissent assez le nouveau-né pour permettre d'alîendre que le méconium soit évacué avant de le présenter à la nourrice.

Allaitement par un animal. — Dans l'impossibilité où l'on est quelquefois de trouver une nourrice , on a recours à un animai. C'est la chèvre qui est employée le plus communément à cet usage. Ce n'est pas qu'on n'ait trouvé plus d'analogie entre le lait d'ànesse et celui de la femme ; mais la difficulté pour l'enfant de saisir avec la bouche ses mamelles , lui a fait préférer la chèvre qui est ; du reste , moins embarras-

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santé, plus facile à dresser, et susceptible d'attachement pour son nourrisson.

Les précautions à prendre dans cet allaitement sont les mêmes que celles que nous avons indiquées précédemment ; il faut choisir une chèvre jeune, qui ait mis bas nouvellement, qui ne soit pas à sa première portée, et qui ait habituellement beaucoup de lait. Les chèvres blanches sont meilleures en ce que le lait qu'elles fournissent est presque dépourvu de l'odeur qui est propre à cette espèce de ruminants. Celles qui sont sans cornes sont peut-être préférables , si ce n'est pour la qualité de leur lait , au moins parce qu'elles ne peuvent pas blesser l'enfant. Comme la nature des aliments a une grande influence sur la sécrétion du lait , il faudra la nourrir convenablement. L'éducation donnée à cet animal par une personne habile, le rend très-propre à ce nouvel usage-, de pétulant , d'impatient qu'il est naturellement , il devient calme , et pousse la docilité jusqu'à venir de lui-même offrir ses mamelles à l'enfant placé dans un berceau peu élevé, et qu'on a soin de fixer solidement sur le sol.

On a généralement l'idée que les enfants nourris par une chèvre ont dans le caractère quelque chose de sa vivacité et de sa pétulance *, quelques faits à notre connaissance prouveraient que cette manière de voir a quelque chose de fondé ; nous avons déjà dit que le moral tenait tellement au physique , qu'il serait difficile de rejeter toute influence de Sa part du lait qui , lui-même, dans notre espèce , est sous la dépendance de la constitution physique et morale de la nourrice, et doit agir sur le développement du nourrisson. Les faits que l'on cite tiennent-ils à l'imitation des manières de la nourrice, on sait que la faculté imitative est très-grande dans l'enfance, ou bien à une transmission plus directe. Nous manquons d'observations assez nombreuses pour nous prononcer-, ce serait un point de physiologie curieux à éclaircir.

allaitement artificiel. ■ — C'est encore le lait des animaux qui, dans ce mode d'allaitement, sert à la nourriture de l'enfant , seulement il ne le puise pas dans les mamelles par

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la succion , mais on le lui donne après l'avoir trait nouvellement. C'est le lait de vache qu'on emploie communément, et comme il est plus épais, plus consistant, on le coupe par l'addition de deux tiers de décoction d'orge ou de gruau. Il faut sucrer légèrement celte boisson ; le sucre échauffe peutêtre , et il ne digère pas toujours facilement , car des enfants faiblesont rendu quelquefois l'eau sucrée et les solutions gommeuses qu ils avaient prises , sans qu'elles eussent subi d'altérations. Les enfants n'aiment pas à boire froid, il faut faire tiédir le lait seulement , ne jamais aller jusqu'à l'ébullition qui le rend difficile à digérer ; on le mélange aux solutions ci- dessus au moment de le faire prendre, pour qu'il ne s'altère pas, pendant les chaleurs de l'été surtout.

On donne celte boisson au moyen d'une cuillère , d'un verre ou d'une timbale , ou bien d'un biberon. C'est une chose curieuse que toutes les merveilles qu'on attribue à l'usage des biberons ; tous les spéculateurs qui l'ont modifié et perfectionné selon eux , ne comprennent pas comment on a pu nourrir les enfants avant leur nouvelle découverte 5 ils n'ont pas manqué de médecins qui ont donné de longues explications physiologiques de la facilité de la déglutition , des avantages de la succion qui mêle de la salive au lait et lui donne un commencement d'assimilation -, il est probable que si l'homme n'avait fait usage que d'aliments liquides, la salive n'aurait pas joué un si grand rôle dans l'acte de la digestion. Tout cela est très-bien en théorie; mais les enfants qui n'ont pas eu le bonheur de boire dans un biberon sont venus parfaitement. Qu'on ne conclue pas de ces courtes réflexions que nous blâmons ce procédé d'allaitement , nous signalons seulement l'exagération.

La forme et la substance des biberons sont tout-à-fait indifférentes , les plus simples sont préférables -, il importe peu de quelle manière on prend le lait , l'important est de le prendre.

Tout ce que nous avons dit des autres modes de lactation est applicable à eelui-ei : le lait coupé suffira dans les pre-

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raiera temps de la naissance , on l'augmentera ensuite jusqu'à le donner pur , et on le continuera sans l'addition de substances supplémentaires tant que l'enfant croîtra et s'en trouvera bien ; plus lard , quand le besoin d'une nourriture plu* abondante se fera sentir , on commencera à mêler à cette boisson un principe plus animalisé , comme du bouillon gras, on passera ensuite à des aliments demi- quides. Celui qui tient le premier rang par ses qualités , son abondance et sa généralité, est sans contredit la farine de froment, dont on fait avec le lait une bouillie plus nutritive que beaucoup de substances féculentes. Il est vrai qu'elle produit quelquefois des indigestions mortelles; mais cela tient à ce qu'on l'a mal préparée , ou qu'on l'a donnée en trop grande quantité : de tous temps on a abusé des meilleures eboses. On lui substitue de la mie de pain séchée . moins dispendieuse et tout aussi bonne que les biscotes de Bruxelles tant vantées , dont on fait avec le lait une panade d'un bon usage ; pour lui rendre plus agréable on peut la sucrer un peu-, mais il vaut mieux donner les aliments naturels. Les semoules diverses préparées avec du beurre , des potages avec des bouillons gras , des œufs frais , composeront l'alimentation qui doit être la transition naturelle entre la précédente et celle qui composera son régime quand on le sèvrera. Répétons qu il ne faut pas se presser de lui donner des aliments stimulants et trop substantiels; quand on passe à celte nourriture, il faut le faire progressivement , une fois d'abord et en très-petite quantité, puis deux et trois, et toujours donner à boire après chaque repas, pour faciliter la digestion. Bans le cas où on remarquerait une légère indisposition, il faudrait discontinuer, et ajouter même au lait une grande quantité d'une tisane émolliente. M.

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