LIVRE \J, CHAPITRE T
Indépendamment des dissemblances qui existent entre les hommes soumis aux influences des saisons et des climats différents , il en est qui tiennent aux conditions géologiques des lieux qu'ils habitent. Les terrains bas , humides et froids , rendent les habitants inactifs, lourds et lymphatiques ; ils vivent peu.
Dans les gorges étroites des montagnes , comme le Valais, la vallée d'Aost, la Maurienne , le défaut de circulation de l'air produit des goitreux , des crétins , c'est-à-dire des idiots qui n'ont qu'une existence végétative : ils sont paresseux , indolents , gourmands et lascifs ; leurs chairs sont molles et flasques , leur peau flétrie et ridée , leurs yeux chassieux 5 la plupart meurent avant trente ans. Comparez à ces malheureux l'habitant des montagnes 5 il est actif, robuste, fier , indépendant , et malgré les travaux nombreux auxquels il se livre pour suppléer à la stérilité du sol , il parcourt gaîment une vie longue.
Sur les bords des mers, l'homme devient pêcheur; dans les plaines infertiles, il devient pasteur, chasseur dans le pays que la nature a couvert de vastes forêts-, près des fleuves, dont les débordements fertilisent la terre , il est agriculteur , commerçant. Ces courtes réflexions , qui demanderaient un volume pour être développées convenablement, suffisent pour prouver l'erreur de ceux qui soutiennent que les conditions climalologiques sont sans influence sur les mœurs, les usages, l'esprit, le caractère , la forme gouvernementale. M.
Maladies particulières aux climats et aux saisons.
Il est facile d'apprécier les effets des climats et des saisons sur l'économie, et on devine quelles seront la nature et la prédominance des maladies dans la zone torride et pendant l'été. Cette constitution atmosphérique dispose aux congestions sanguines , aux inflammations cérébrales, aux nombreuses maladies du tube digestif et de la peau-, la circulation étant plus active, le système capillaire et veineux est distendu; il est
pénétré par une plus grande quantité de sang dans un temps donné, aussi les apoplexies foudroyantes sont-elles plus fréquentes dans les grandes chaleurs de l'été -, on éprouve souvent de la pesanteur de tète, de la somnolence, des hémorrhagies nasales et intestinales. Les maladies contagieuses se développent dans ces mêmes conditions ; la chaleur décompose vite la matière animale et végétale, l'air se charge de leurs principes putrescibles, et donne lieu par la respiration aux fièvres pernicieuses et malignes, à la peste, aux typhus, à la fièvre jaune, au choléra- morbus.
Cette température est nuisible aux bilieux, aux imaginations exaltées , aux maniaques , etc. ; mais elle aura de bons effets sur les personnes affectées de phlhysie pulmonaire commençante, de scorbut, derachitis, de rhumatisme. Dans ces maladies on fait en sorte de se rapprocher de cette constitution en élevant la température dans les appartements par la combustion , ou bien en la diminuant par des arrosements à l'eau froide , par divers procédés de ventilation, ou en transportant les malades dans un lieu frais, comme cela se pratique dans le Midi.
Quoique l'homme soit cosmopolite, il ne peut changer de climat sans éprouver quelques modifications dans sa santé j et il aura d'autant plus de dangers à courir, qu'il ira dans un lieu plus opposé à celui qui l'a vu naître, qu'il sera plus avancé en âge. Aussi on ne peut prendre trop de précautions quand on change de climat*, il ne faut pas embrasser immédiatement le même genre de vie que les indigènes , mais s'y habituer progressivement, de manière à préparer les changements qui doivent se faire dans l'économie sans secousse -, alors se fait l'acclimatement qui a des suites beaucoup moins graves, si on agit avec prudence. L'habitant des climats tempérés est d'autant plus propre aux voyages que , tenant le milieu entre les extrêmes, il en est plus rapproché, et que sa manière de vivre , tenant des deux , en diffère moins *, aussi s'acciimate-t-il plus facilement, et il n'en résulte pas pour lui