LIVRÉ VI, CHAPITRÉ
les mêmes dangers que pour l'habitant du midi qui passe dans le nord, et réciproquement»
Les saisons et les climats froids en agissant sur la périphérie du corps crispent là peau , et les capillaires refoulent le sang vers l'intérieur, et particulièrement dans les organes pulmonaires , d'où la fréquence des affections chroniques , comme l'asthme, les catarrhes , les pneumonies , les pleurésies , les phthisies , ou bien par leur action continue sur les membres les refroidissent et y produisent des rhumatismes musculaires et articulaires , la goutte, etc. Celte disposition de l'atmosphère , jointe à l'humidité , prédispose aux fièvres intermittentes, spécialement près des rivières ^ des marais, des eaux stagnantes et des bords de la mer , aux inflammations des membranes muqueuses , au scorbut , aux engorgements des glandes , aux hydropisies. Elle favorise les épidémies et les contagions , plus peut-être que la chaleur. Le meilleur moyen de combattre cette influence pernicieuse est de s'y soustraire en changeant de lieux. En général , pour guérir une maladie ou une prédisposition à la contracter , il faut habiter un climat opposé à celui qui l'a fait naitre-, mais comme cela est rarement possible , on tâche de produire ie même efl'et par la chaleur artificielle , par des vêtements de laine , des aliments excitants , du vin fort et des liqueurs alcoholiques. Que n'endurent pas les malheureux qui , durant les hivers rigoureux , ne peuvent se soustraire à l'action d'un froid intense, ni par l'alimentation, ni par les vêlements, ni par le feu ! !a charité publique doit venir à leur secours , et ne poun a jamais assez faire pour les soulager. 11 est à désirer qu'une ville populeuse comme Paris , et qui a tant de ressources, multiplie les ehauffoirs dans les différents quartiers , où les indigents viendraient se réchauffer. Les riches qui sont dans des appartements où ils entretiennent une température de quinze degrés, qui ne sortent, couverts de fourrures , que dans des voitures bien fermées . avec des chauffepieds , ne se doutent pas qu'il gèle à dix ou quinze degrés. Il semblerait, après cet aperçu rapide des maladies qui rè-
gnent clans les doux températures extrêmes, que les habitants des régions tempérées doivent en être exempts : il n'en est pas ainsi ; partout les hommes ont la même organisation primitive, partout ils vivent dans des milieux qui les modifient de mille manières , altèrent, usent leurs organes , et portent atteinte à leur santé. La mort est une loi de la nature , niais cependant, si l'on veut considérer l'état physiologique de l'habitant de ces heureuses contrées , le rêve des poètes , on voit que toutes les fonctions s'exécutent avec harmonie et facilité; la vie coule riante et paisible, les sensations sont agréables comme les objets qui les font naître, et les idées de plaisir et d'amour occupent une grande partie de l'existence, qu'elles embellissent de leurs charmes. Mais celte douée température est soumise à des variations et à des extrêmes de chaud, de froid, de sécheresse et d'humidité, qui la rapprochent des précédentes, et donnent lieu aux maladies qui semblaient réservées à celles-ci, variations d'autant plus grandes que la main de l'homme les a augmentées en déboisant les montagnes, et, par suite, en desséchant les sources. Voyez comme dans un même lieu la température est variable : le côté d'une montagne exposée au souffle des vents du nord sera couvert de neige , et l'autre, exposé aux vents du midi , sera parsemé de fleurs. Et puis la sensation de froid ou de chaud est relative à l'habitude; l'habitant des pays méridionaux ferait son hiver de notre été , et celui du nord son été de notre hiver; ainsi donc l'influence des changements de saisons et de climats pourrait devenir nulle si on s'habituait de bonne heure à braver l'intempérie des saisons. L'homme bien constitué peut vivre sous toutes les latitudes ; il supportera sans accident le chaud et le froid, le sec et l'humide ; il y a plus , il respirera une atmosphère impure, à laquelle ses organes respiratoires sont habitués, sans en ressentir aucun effet nuisible ; et ce même air frappera de mort le voyageur qui s'exposera à ses effets délétères. C'est encore une nouvelle preuve de ce que peuvent l'habitude et l'éducation sur le développement et la perfection de l'organisation de l'homme ; cosmopolite, et par sa force
LIVKE VI, CHAPITRE II. l2f>
de résistance et sa puissance d'action sur tout ce qui l'entoure, il doit, en quelque sorte , maîtriser les éléments, et s'il n'est pas arrivé à les dompter , c'est qu'il n'a pas su fortifier sa constitution par tous les moyens qui sont à sa disposition , et surtout par l'amélioration successive des races.