CHAPITRE IV
Des bains.
Les Romains, qui imprimaient à tout ce qu'ils faisaient un caractère de grandeur, élevaient , à grands frais , des édifices somptueux, où l'on prenait des bains chauds 5 d'où le nom de Thermes. Une partie de ces vastes bâtiments formait des gymnases, dans lesquels on se livrait aux exercices corporels alors en honneur. Le temps a respecté les restes antiques d'un monument appelé Palais des Thermes, situé dans la partie méridionale de Paris, et qui donne l'idée de la magnificence de ces sortes d'édifices.
Vers la fin de la domination romaine, il existait , dans les
Gaules, des bains superbes, qui ont clé détruits par les Francs, ou au moins qu'ils ont laissés tomber en ruines. Il est certain, après cela, que les anciens faisaient un plus grand usage des bains que tes modernes, car ce n'est plus guère qu'en Turquie qu'on retrouve des bains publics d'une construction élégante. Ce qui lient à la sanlé les intéressait à un haut point , et c'est sans doute en recherchant avec soin tout ce qui peut la faire naître et la conserver, en évitant tout ce qui peut l'altérer, qu'ils vivaient plus long temps. Les eaux de l'Eurotas et du Tibre fortifiaient la constitution des Spartiates et des Romains. Nous ne voulons pas dire cependant que la coutume de prendre des bains n'ait pas souvent dépassé les limites de l'hygiène, et qu'elle n'ait pas servi d'auxiliaire à la volupté j car il est à remarquer qu'à mesure que les Romains étendirent leurs conquêtes , et que les richesses les eurent corrompus et amollis, les bains publics, de simples qu'ils étaient, devinrent élégants, et prirent ce caractère qu'imprime à l'architecture le relâchement des mœurs ; les Orientaux, aujourd'hui encore, en font un abus qui les débilite, les énerve , en stimulant outre mesure le désir des sens. Mais nous ne parlons ici que des bains comme moyen de propreté et de sanlé, et il est à regretter que leur usage soit inconnu dans beaucoup de provinces de la France: c'est un point de vue hygiénique qui mérite de fixer l'attention des conseils-généraux, nous ne comprenons pas comment, dans leur sollicitude pour le bien public , ils ne s'en occupent pas ( voyez l'article Natation ) ; mais les membres qui les composent ont l'extrême inconvénient , pour les villages, d'être pris dans les grandes villes, et de ne pas connaître les besoins de toutes les localités, et les conseillers municipaux, qui, grâce à un vice de la loi, comptent rarement des médecins parmi eux , sont généralement trop peu instruits pour s'occuper de pareilles questions.
Si les édifices où l'on prend des bains ont perdu de leur ancienne magnificence , ils se sont multipliés à Pans , depuis quelques années , d'une manière surprenante; il semble, à leur nombre , qu'on ait voulu les venger de l'espèce d'oubli
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dans lequel ils étaient tombés , ou au moins de la difficulté de se les procurer^ Quels avantages le médecin ne rclire-t-il pas aujourd'hui des divers bains à domicile! Leur prix modéré, la célérité avec laquelle on les transporte , en font un des meilleurs moyens de traitement dans un grand nombre de maladies. Nous allons étudier les bains par rapport à la température et à la durée de leur administration. On les divise naturellement en froids, tièdes et chaud*.
Bains froids. — Le bain froid, c'est-à-dire celui dont la température est au-dessous de 200 centigrades , agit à peu près comme l'air, au même degré thermométiique, quand il est mis en contact subit et immédiat avec la peau privée de vêtements. Il la resserre, la pâlit j il refoule les fluides de la périphérie du corps vers le centre, arrête la fonction exhalante', l'urine est abondante, le visage est bleuâtre : il y a sentiment de compression à l'épigastre. Après ces effets primitifs, si l'action du bain n'a pas été trop long-temps prolongée } au sortir de l'eau , une réaction salutaire se fait à la peau, il survient un commencement de chaleur, un sentiment de bien-être et de force -, la faim et la soif se font plus vivement sentir.
Ce bain est éminemment tonique ; on l'emploie pour fortifier la constitution, activer la digestion 5 propre à donnerde l'énergie aux organes, il convient dans les affections mentales et nerveuses , et il est contraire dans tous les cas ou le refoulement du sang à l'intérieur aurait des suites fâcheuses , comme dans les maladies du cœur et des gros vaisseaux , les maladies de poitrine, < le. ; pendant la grossesse et la menstruation.
Si le froid a été très-vif, au-dessous de 120 centigrades, par exemple , et trop long-temps prolongé , si l'individu est trop faible , il y a horripilation générale , frisson , claquement des dents, sensation permanente de froid, altération des traits, lividité de la face, difficulté de respirer, malaise, accablement, besoin de repos dans un lieu chaud.
A un tel degré de froid, ce Lain ne peut être prescrit-, on ne voudrait pas s'y soumettre ; il faudrait , peur le supporter,
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plus de force que les constilutions molles et lymphatiques , auxquelles il pourrait convenir , car les Russes et les Finlandais ne s'y plongent qu'en sortant d'une température très-élevée, ce qui rend , malgré l'opinion contraire, plus propre à résister au froid.
Bains tièdes ou tempérés. — Ce bain, dont la température est de 25 à 3a° centigrades , n'agit plus par sa température, qui est celle de l'air dans les grandes chaleurs de l'été , et de plus, celle du sang, aussi, il ne produit ni sentiment de chaud ni de froid , il n'est ni tonique ni débilitant. Cependant , comme les bains n'agissent pas seulement par la présence ou l'absence de plus ou moins de calorique, mais aussi par la pesanteur de l'eau , par sa nature pénétrante et dissolvante, par son absorption, il en résulte plusieurs effets. L'eau pèse huit cent onze fois et demie plus que l'air, la température étant à 12° o,5 centigrades. Celte pression est cause que beaucoup de personnes ont peine à respirer dans le bain ; que d'autres éprouvent, au creux de l'estomac , un malaise qui les empêche de s'y plonger jusqu'à celte hauteur. Celle pesanteur est cause aussi que dans le bain nous ressentons une sensation de chaleur plus grande que celle que l'air nous ferait éprouver à température égale.
On voit que le bain tempéré a réellement une action générale j il repose des grandes fatigues musculaires , il tempère la circulation, et, en produisant un sentiment de fraîcheur, il calme l'irritabilité nerveuse et agit même sur l'encéphale; il est donc relâchant et calmant , et il convient dans beaucoup de maladies inflammatoires, dans les affeclions cutanées, les spasmes , les insomnies , dans quelques accouchements difficiles. Il adoucit et ramollit la peau , dissout toutes les parcelles desséchées de matières qui résultent de la perspiration et d'une humeur onctueuse qu'on appelle sébacée ; c'est un moyen de propreté dont les effets sont de favoriser la fonction exhalante de la peau , et d'empêcher par là une foule d'états pathologiques de cet organe causés par la malpropreté , comme on peut s'en convaincre par l'examen des
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malades qui aillucnl à l'hôpital Saint-Louis, el la connaissance des conditions hygiéniques dans lesquelles ils se trouvent habituellement. Il est certain que si ces malheureux pouvaient à moins de frais se procurer, pendant neuf mois de Tannée, des bains , qu'ils se refusent quelquefois par défaut de soins pour leur santé et par ignorance, mais plus souvent encore par économie , on ne venait plus tant de ces maladies dégoûtantes.
Bains de mer. — A c< s bains , qui se prennent pendant les chaleurs de l'été dans Peau courante des fleuves et des rivières , se rapportent les bains de mer, qui ont à peu près le même mode d'action , et sont de puissants toniques, qui conviennent aux scrofuleux, aux rachitiques , aux hypochondriaques , et à toutes les constitutions dans lesquelles prédomine une atonie générale , sans irritabilité. ( V. Natation. )
Bains chauds. — Ces bains, dont la température varie entre 34 et 4o° centigrades, sont plus du domaine de la thérapeutique que de l'hygiène , car on les emploie ordinairement pour combattre des maladies, mais comme ces deux sciences ne peuvent s'isoler , qu'elles s'éclairent l'une par l'autre, et qu'on ne connaît pas l'action d'un agent quelconque sur l'organisme malade, si l'on n'a constaté ses effets sur l'organisme en état de santé , il est utile de s'en occuper, ainsi que de quelques autres, qui trouveront naturellement place dans cet article.
Ce bain dilate et rougit la peau, y appelle le sang, le pouls devient fort et fréquent , la respiration s'accélère, les artères carotides battent avec force , le visage est rouge, gonflé, une sueur abondante ruisselle de tout le corps , dont le volume est augmenté , les facultés intellectuelles s'engourdissent, il y a pesanteur de tête et tendance au sommeil. On éprouve d'abord, pendant l'immersion du corps dans l'eau à cette température , un état général d'excitation , spécialement des organes génitaux , mais qui est bientôt suivi de fatigue et de débilité , qui résultent de l'augmentation de la perspiration cutanée, et surtout d'un surcroit d'action de tous les organes.
Ce bain peut être mis au nombre des moyens anliphlogistiques les plus énergiques et employé avec succès dans tous les cas où les sudorifiques sont indiqués, comme dans la syphilis, les rhumatismes chroniques, certaines inflammations des viscères intérieurs avec sécheresse de la peau , dans les affections exanlhématiques , pour favoriser les éruptions qui se font difficilement. Il est inutile de dire que l'usage prolongé et trop fréquemment répété de ce bain aurait pour résultat un affaiblissement extrême , des congestions , des hémorrhagies,et que c'est au médecin seul à diriger dans son emploi.
Bains (Cair chaud. — Ce bain ressemble à l'étuve sèche , mais il en diffère en ce que l'air est comprimé. On Ta proposé depuis quelque temps dans les affections tuberculeuses, les hémorrhagies passives, la surdité, les maladies laryngées, l'aphonie qui en est la suite. Le malade est placé dans un espace circonscrit et bien fermé , et à l'aide dune pompe on augmente la densité de l'air qui l'entoure ; ce moyen, comme toutes les nouvelles médications , a besoin d'un plus grand nombre de faits, et surtout de la sanction de l'expérience.
Bains partiels. — - Si l'on n'a égard qu'à la partie du corps qui est plongée dans l'eau, le bain est partiel et prend le nom de pèdiluve , de manuluve, de demi-bain, de bain de siège. Le premier, surtout, est fréquemment employé 5 chaud , il agit comme révulsif clans les céphalalgies, les aménorrhées. Le bain de pieds rappelle aussi les règles-, froid, il est astringent et convient dans les entorses pour empêcher l'afflux des liquides dans l'articulation , dans les brûlures, les congélations, etc. Il a fait quelquefois cesser une hémorrhagie utérine , mais le bain de siège de la même nature produit plus sûrement cet effet. Le manuluve froid agit dans le même sens, il arrête quelquefois un saignement de nez. Du reste , ces bains produisent des effets variables selon leur température. Précautions à prendre dans l'usage des bains. — Plus un bain s'éloigne par sa température de celle de l'air ambiant, plus il faut prendre de précautions en s'y plongeant. Il serait