LIVRE VI, CHAPITRE IV
organique, à laquelle la nature les a soumises, mérite de la part de l'homme, pour compensation, des soins et des égards.
Bains et douches de vapeurs. — Bains russes. — Ces bains , qui sont sudori'fiques et excitants à un haut degré , étaient, comme les précédents, beaucoup plus en usage dans l'antiquité que de nos jours. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'ils produisent des effets avantageux dans les latitudes les plus opposées, dans le nord et dans le midi 5 ainsi, on les emploie en Allemagne , en Angleterre , en Italie, en Egypte, dans l'Inde , et dans la partie septentrionale de l'Europe. C'est cà cette espèce que se rapportent les bains russes, mis en usage à Paris depuis quelques années. La liste des maladies auxquelles leurs prôneiïfs' les opposent est très-longue, et, comme tous les moyens thérapeutiques possibles , ils ont eu quelquefois des effets avantageux dans les rhumatismes, les maladies de la peau , les affections nerveuses , la sciatique , les maladies syphilitiques, certaines paralysies, etc. 5 mais on a abusé de cette médication puissante en en faisant une panacée universelle , et en l'appliquant à des maladies qu'elle augmente au lieu de guérir. C'est même cette tendance générale à pousser à l'excès les moyens les plus rationnels, qui met l'hygiéniste dans l'obligation de faire la thérapeutique des agents qu'il étudie, pour prévenir contre l'ignorance et la spéculation c Un malade est guéri par un remède , il parle de sa cure merveilleuse à son voisin ; vile celui-ci veut que le même miracle se renouvelle en sa faveur, il prend la bienheureuse substance 5 il meurt quelque temps après, sans se douter que ce qui guérit l'un tue l'autre. Ces cas sont plus fréquents qu'on ne le pense •, si le médecin connaissait toujours les antécédents de son malade , s'il savait tout ce qu'il a pris de drogues avant de l'appeler , il trouverait la cause de beaucoup de maladies mortelles.
Les bains russes , à cause de leur énergie , doivent donc
être soumis au contrôle d'un homme de l'art , et étudiés dans
leurs effets. En Russie, en Finlande, on jette de l'eau sur des
cailloux rougis au feu d'un fourneau , en se vaporisant elle
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produit une chaleur de ro à 56 degrés centigradi s. Depuis quelques années que la v peur a été mieux étudiée , et les moyens de l'obtenir perfectionnés , on la fait arriver par des tuyaux dans un cabinet étroit , bien clos , dans lequel se trouve un lit sur lequel on s'étend ; on peut à volonté augmenter ou diminuer la température, en tenant le robinet plus ou moins long-temps ouvert.
Il y a aussi un appareil destiné à des arrosements d'eau tiède ou froide, ce qui est utile dans le cas où on aurait à redouter l'afflux du sang vers la tète -, agréable, en ce que cette grande différence de température est à peine sensible , tant l'énergie des organes est augmentée. Cela explique comment les Russes et les Finlandais se mettent dans la neige en sortant d'une étuve à soixante-quinze degrés centigrades. Sous l'action de la vapeur l'épiderme se ramollit , et se laisse pénétrer par un brouillard chaud et humide ; on éprouve une sensation nouvelle dont on ne se rend pas compte , c'est un bien-être général , une nouvelle vie-, les fatigues des membres , les douleurs mêmes disparaissent. La fonction perspiratoire est singulièrement augmentée , ce qui rend ce bain utile quand un froid prolongé a durci la peau, ou quand une chaleur brûlante l'a irritée; on augmente ses effets en faisant sur tout le corps des frictions à la brosse ou avec la feuillée de bouleau , des lotions savonneuses , des arrosements d'eau tiède ou froide ; on se soumet aussi à la flagellation , au massage-, puis , ordinairement après une demi-heure de ces divers excitants, de ces douces impressions, on va sur un lit de repos goûter un sommeil bienfaisant comme les sensations qui l'ont amené.
Bains orientaux. — Les bains orientaux ont à peu près les mêmes effets, seulement ils diffèrent des précédents en ce que l'on n'est plus soumis à l'action de la vapeur, mais seulement au calorique qu'elle a dégagé en se condensant, car on n'entre dans le cabinet que quand elle est tombée. Du reste, le même établissement suffit à ces deux espèces de bains , et les pratiques accessoires sont les mêmes. On a singulièrement
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perfectionné le procédé mis en usage 5 jadis c'était une chambre dans laquelle plusieurs personnes , hermétiquement renfermées et entassées, suaient cl viciaient l'air d'autant plus vite qu'il était plus échauffé ; aujourd'hui c'est un cabinet particulier, dont l'atmosphère n'étant pas altérée, est trèspropre à la respiration. Ce qu'il y a de remarquable dans ces bains, que l'usage rend bientôt très-agréables, c'est la haute température qu'on y supporte , surtout dans celui-ci.
L'homme , en vertu d'une force "vitale primitive, selon Chaussier, a la propriété de dégager une certaine quantité de calorique, et de garder un degré de température à peu près égale , ce qui lui permet de conserver sa santé sous les latitudes les plus opposées. Les variations dans la température atmosphérique sont ordinairement comprises entre le quarante-cinquième degré au-dessus cl le trente-huitième audessous de zéro et même beaucoup au-delà , s'il est vrai qu'en Sibérie le froid ait été de soixante-dix degrés. — L'exemple le plus remarquable de la possibilité de supporter une chaleur artificielle énorme , est celui de cette jeune fille qui restait cinq minutes dans un four chauffé à deux cent soixantesix degrés centigrades.
La transpiration sensible ou insensible est le moyen dont la nature se sert pour débarrasser les êtres vivants d'un excès de chaleur. Franklin rapporte que les moissonneurs de la Pensylvanie supportent facilement un soleil ardent , tant que la sueur qu'ils provoquent par une liqueur spiritueuse a lieu; mais ils meurent quand elle se supprime ; cela explique aussi pourquoi on supporte une plus grande chaleur dans l'étuve sèche que dans l'étuve humide , c'est que dans la première l'évaporation n'est pas empêchée par un liquide , mais qu'elle est au contraire favorisée par un milieu aériforme.
Il résulte de toutes ces variations que les êtres vivants peuvent supporter , qu'ils ont moins une température à eux, que celle des milieux dans lesquels ils vivent . et que ej te proposition du mémoire de M. le professeur Pelletan sur la chaleur est vraie : Tous les êtres organisés sont dans des
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conditions nécessaires pour être habituellement le siège
de courans de calorique.
Ces courants de chaleur sont favorisés par le changement d'état des liquides qui se transforment en vapeur.
C'est à l'occasion des sueurs abondantes qui ont lieu dans un bain de vapeur , qu'il convient de dire quelques mots d'une nouvelle méthode qui les produit à volonté, sans danger d'enflammer les organes internes. Nous voulons parler de Y hydrosudopathie ou hydrothérapie , traitement par la sueur et l'eau froide. — L'auteur est frappé des mauvais effets des bains chauds, qui affaiblissent la peau et. la rendent sensible aux influences extérieures. Les personnes faibles , chargées de vêtements de flanelle, se débilitent par la sueur augmentée encore par un mauvais régime , et ne peuvent plus supporter l'impression d'un air frais. Priessnilz raconte qu'une dame, à force d'éviter le grand air, ne pouvait plus sortir de son appartement dont elle chauffait toutes les pièces pour que le froid ne pût y pénétrer. Journellement à Paris nous voyons des faits semblables ; mais nous ne soumettons pas ces personnes à des lavages à l'eau froide et à l'application de compresses mouillée^ surtout le corps , on crierait à la barbarie , quand même notre cliente frêle et délicate pourrait , comme la malade citée , faire le quatrième jour une promenade d'une demi-heure par un temps pluvieux.
La médecine a, de tout temps, employé l'eau froide en bains, enaffusions, pour relever l'organisme ; mais elle a toujours été modérée dans son emploi, parce qu'elle a craint en refroidissant la peau de donner lieu à des inflammations internes -, c'est donc une découverte importante de pouvoir manier sans danger et cà volonté un agent thérapeutique si universellement répandu.
Voici la manière de provoquer des transpirations abondantes : on enveloppe hermétiquement le malade dans une couverture de laine paisse , à l'exception de !a tête , on le laisse transpirer abondamment ; pendai t ce temps il boit de l'eau froide à sa soif, et sa tête est couverte de fomenta,-