‹ Eléments d'hygièneChapitre 80 sur 156 · LIVRE M, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE M, CHAPITRE IV

tions froides. Quand le médecin juge que la sueur a été assez abondante , il le plonge immédiatement dans un bain froid. L'eau se charge des matières produites par la transpiration \ les pores dilatés se laissent facilement pénétrer parle liquide, et c'est cette grande absorption de l'eau qui produit sur l'économie d'heureux effets.

Boire de l'eau froide quand on transpire , ouvrir même ' les portes et les fenêtres pour établir des courants d'air , puis passer brusquement de celle température élevée à celle d'un bain froid , cela parait tellement étrange , dangereux même, que jamais un médecin avec les idées actuelles n'aurait osé, nous ne dirons pas essayer cette méthode curative sur luimême , mais seulement la proposer -, il a fallu le courage du paysan de Grœfenberg, heureusement étranger à ia science médicale, pour la tenter. Il explique l'inocuité de ce moyen par l'état de calme et de repos dans lequel se trouvent les organes respiratoires et circulatoires ; en effet , ce n'est pas comme après un exercice violent où l'action prolongée des muscles locomoteurs a associé le cœur et les poumons à leurs mouvements et à leur fatigue, il n'y a ici aucune stimulation de ces appareils.

Nous ne considérons l'hydrosudopathie que comme moyen hygiénique ; ses effets thérapeutiques ont du être singulièrement exagérés, nous n'en voulons pour preuve que les pneumonies et les pleurésies qu'elle a guéries au bout de trois ou quatre jours : ici commencent cette croyance fiévreuse, cette foi robuste qui ne raisonnent plus. Nous avons le spécifique de ces maladies , la saignée. Notre thérapeutique est assez pauvre , ne lui enlevons pas ce qu'elle possède , mais donnonslui au contraire ce qu'elle n'a pas, et malheureusement le nombre des affections qu'elle ne peut guérir est assez grand pour occuper la vie entière d'un homme de génie. Dans ces cas on doit employer tous les moyens rationnels , et la méthode hydrothérapique mérite l'attention des médecins, ils dôî* yent l'infirmer ou la confirmer par des expériences bien faites.

Baifis de vapeur où tout le corps est plongé excepte' la

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tête. — L'air que Ton respire dans ces bains n'est pas le même que celui dans lequel le reste du corps est plongé, sa température n'est pas élevée, ni ses qualités altérées. Aussi les modifications qui en résultent ne sont pas les mêmes, et ces bains étant moins énergiques, on les emploie quand on ne . veut pas causer de grandes perturbations dans l'économie , par l'accélération de la circulation et de la respiration. Depuis quelque temps on en fait un grand usage; aujourd'hui qu'on les transporte à domicile, on y soumet beaucoup de ma' lades qu'on ne pourrait déplacer ; il est probable qu'ils ont moins d'action que ceux que l'on prend dans un établissement , mais cependant ils sont très-avantageux et remplissent les vues du médecin. On place dans le lit du malade un tube dont l'extrémité opposée plonge dans une bouteille contenant de l'eau en ébullition , et constamment chauffée ; si l'on peut transporter le malade hors de son lit , on le place au milieu de la chambre à coucher, et on l'enveloppe d'une chemise qui s'oppose à l'évaporation. Les personnes employées à l'administration de ces bains en ville , y mettent ordinairement une adresse qui doit rassurer le malade. Les phénomènes extérieurs sont les mêmes que ceux du bain chaud.

Quand on a l'intention de produire un effet local seulement, on dirige le courant de vapeur sur la partie du corps qu'on veut y soumettre, alors la circulation y devient plus active, la chaleur augmente, elle rougit , il y a de la turgescence , les fonctions générales sont peu influencées.

On n'administre pas toujours des bains de vapeur d'eau simple , on y ajoute quelquefois diverses substances propres à en seconder les effets , comme le vin , l'alcohol , le soufre , le mercure , les plantes aromatiques , etc. Les physiologistes qui ont nié la faculté absorbante de la peau recouverte de son épiderme, n'ont peut-être pas fait assez d'attention à la dilatation dos pores produite par la chaleur 5 quoi qu'il en soit du mode d'action de ces bains , on en relire de très-bons effets.

Bains d'ondée ou de pluie. — Ces bains , nouvellement introduits en France , sont administrés en plaçant le malade

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dans une espèce de guérite haute de sept pieds, surmontée d'un réservoir contenant trente-six à quarante litres d'eau, et percé d'un grand nombre de trous qui laissent échapper Peau. et qui tombe en pluie.

Bains d'immersion ou par surprise. — Ces bains, comme les précédents, sont utiles dans quelques névroses, et spécialement dans la danse de Saint-Guy ; leur température varie entre vingt-quatre et quinze degrés centigrades • deux personnes fortes saisissent le malade par les bras et par les jambes et le font passer entre deux lames d'eau de rivière , de mer, ou contenue dans une baignoire.

Despratiques mises en usagedans les bains. Frictions. — Les frictions tiennent le premier rang parmi les actions qu'on exerce sur la surface du corps. Ce moyen hygiénique, dont les anciens abusaient peut-être , est trop négligé de nos jours. Elles excitent la surface de la peau , activent ses fonctions, y développent une chaleur qui combat avantageusement le froid et l'humidité, facilitent la transpiration, dont la suppression a de si fâcheux effets, augmentent l'électricité. Elles sont très-propres à fortifier le système nerveux. Comme la chaleur et la vitalité de la peau est faible chez les enfants et les vieillards, c'est surtout dans ces deux extrêmes de la vie qu'il faut avoir recours à ce moyen qui, appelant une quantité plus grande de sang dans les vaisseaux capillaires cutanés et souscutanés, devient un dérivatif puissant qui diminue les congestions vers la tête, si fréquentes à ces deux âges. Les enfants pâles , lymphatiques, dont on doit cherchera activer la circulation , retireraient les meilleurs effets de cette pratique , d'autant plus facile que la mère en habillant ou en déshabillant son enfant peut lui passer la main nue sur tout le corps , c'est une espèce de caresse dont la tendresse maternelle est oïdinairement si prodigue qu'il suffirait d'appeler son attention sur ce sujet pour qu'elle s'empressât de suivre les conseils du médecin. On frictionne aussi avec une brosse douce, une flanelle sèche ou imbibée de liqueurs aromatiques. On a quelquefois employé avec avantage les frictions à

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la plante des pieds pour exciter le système nerveux dans les maladies de l'encéphale avec tendance à 1 état comateux. Mais le chatouillement long-temps continué peut avoir des suites fâcheuses, il ne faut donc pas y soumettre, comme on le fait, les enfants par plaisanterie.

Onctions. — Les onctions sont un mode particulier d'application des corps gras sur la surface de la peau. Les athlètes avant de combattre en faisaient un grand usage pour donner plus de force et de souplesse à leurs membres. Quelques peuplades de l'Océanique , et spécialement les indigènes de la Nouvelle-Hollande , se frottent le corps d'huile , ce qui leur fait exhaler une odeur insupportable.

Cette pratique, comme moyen hygiénique, est trop abandonnée aujourd'hui ; non-seulement en rendant les membres plus souples , elle les dispose aux actions musculaires énergiques sans fatigue , mais elle peut, chez les personnes faibles qui transpirent au moindre mouvement , s'opposer aux sueurs abondantes qui les affaiblissent 5 elle pourrait aussi devenir un moyen préservatif dans les épidémies. Généralement, la médecine actuelle n'agit pas assez sur la peau et néglige trop les moyens puissants qu'elle a naturellement à sa disposition , tels que les affusions , les irrigations d'eau froide , les frictions } etc.

Flagellation. — C'est encore un bon moyen d'exciter la peau , d'activer la circulation dans les vaisseaux capillaires , de fortifier les tissus cellulaires et absorbants , de diminuer les effets du passage brusque d'une température froide à une chaude.

C'est avec des verges ou un fouet qu'on pratique la flagellation sur les diverses parties du corps, comme beaucoup d'enfants et de vieillards le savent et s'en souviennent, parce qu'on les fouette et qu'on les a fouettés dans un but fort peu hygiénique. Disons bien vite que nous ne voulons pas ressusciter les pratiques des prêtres d'Isis , toutes ces superstitions asiatiques qui nous ont valu au XIIIe siècle la secte des Flagellants qui inondèrent l'Europe, Répandre son sang en public

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à coupa de verges, se mettre la chair en lambeaux, sont des austérités barbares, nées d'un fanatisme stupide , et non de la religion.

Massage. — Le massage, qui nous vient des Orientaux , consiste à exercer une pression douce sur les diverses parties du corps pour exciter les fonctions de la peau ; quelquefois ce n'est qu'un simple attouchement ou des frictions avec la main 5 d'autres fois on presse fortement les membres , on les allonge , on leur imprime des mouvements en tous sens, on fait craquer les articulations. C'est surtout en Turquie, en Perse , en Chine, en Egypte, qu'on soumet à cet exercice la personne qui sort du bain ; on le pratique maintenant dans les bains russes à Paris, il y a même quelques ebarlatans qui en font métier et vont à domicile extorquer l'argent de certains rhumatisants.

Le massage , en déterminant de l'irritation à la peau , y appelle les fluides en plus grande quantité ; modificateur de l'économie, il agit comme les frictions , il diminue surtout les mauvais effets d'un repos prolongé quand on ne peut prendre de l'exercice , et active les fonctions digestives.

La sensation de plaisir qu'il procure, le bien-être qui l'accompagne, doivent le faire rechercher avec ardeur et conduisent même à en abuser ; mais il faut en général se défier de ces moyens qui agissent fortement sur les organes de l'innervation , ils ne donnent lieu qu'à une surexcitation passagère qui est bientôt suivie de collapsus.

Cosmétiques. — On comprend sous ce nom toutes les préparations qui ont pour but d'embellir , on devrait dire d'enlaidir la peau. Tous les peuples de la terre sont travaillés du besoin de gâter la nature en ornant, en peignant leur "figure.

Le naturel de la Nouvelle-Zélande se barbouille le visage de rouge avec une ocre mêlée de graisse • nous rions de cette bizarre coutume , et nos plus jolies et nos plus spirituelles coquettes font bien pis, certainement elles se fâcheraient si on leur prouvait qu'elles ne sont pas plus raisonnables que les Cafres ou les Papons , moins peut-être , car ils cherchent à dé-

guiser leurs hideuses figures , et qu'elles , au contraire , ont assez de beauté pour exercer un empire auquel elles nous soumettent, sans tous ces moyens artificiels et dangereux qui ont pour base le nitrate d'argent fondu , le sulfure rouge de mercure, de potasse d'arsenic , la chaux vive, la céruse, substances coi rosives qui ternissent la peau , la rident et la rendent le siège de boulons, de dartres; mais le public crédule ne croit pas au danger des préparations qu'on lui vend sous le nom pompeux d'eau noire, d'eau d'Egypte, d'eau grecque pour teindre les cheveux , épilaloire du sérail, crème de Turquie, pâte de Circassie pour blanchir la peau, etc. ; tout cela est trop beau pour être nuisible.

A l'empressement que l'on met à faire usage de tous ces secrets de toilette vendus à haut prix par le charlatanisme qui, de tous temps , a su exploiter l'ignorance et la crédulité , nous serions tenté d'admettre qu'on pense se rajeunir, que l'on croit boire à la fontaine de Jouvence, et que l'antiquité avait foi aux vertus de la miraculeuse fontaine.

Le meilleur des cosmétiques, c est l'eau froide ou tiède , la pâle d'amandes, le savon, quelques huiles, certaines eaux distillées de plantes aromatiques.

Maintenant qu'il est de mode d'être pâle , blême , d'avoir les joues creuses, le teint hâve, parce que cela donne une physionomie à grandes passions, un air artistique et distingué, le rouge a perdu de sa vogue 5 mais comme il faut absolument se déguiser, on se peint la figure, le col et les épaules en blanc, de manière qu'à la clarté de mille bougies, les peaux d'un jaune huileux paraissent de l'albâtre.

Epiderme. ■ — Le feuillet superficiel qui recouvre la peau, et qu'on nomme epiderme, est une membrane fine et transparente , siège des diverses manifestations passionnées , et qui a besoin , pour être apte à celte fonction , de ne pas acquérir un épaississement trop considérable; en effet , le tact et le loucher s'exerceraient mal. Il y a dans la perfection de ce sens une grande différence entre le citadin et l'habitant de la campagne, entre l'oisif et l'homme de labeur habitué

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