LIVRE VI, CHAPITRE IV
aux rudes travaux. Les sensations données par le tact sont vives chez le premier ; il lui suffit de toucher superficiellement un corps pour avoir la notion de sa forme, de sa température; tandis que le second aura besoin de le palper plus long-temps, de le retourner en tous sens pour en apprécier les qualités physiques -, c'est peut-être pour cela que les paysans, dans la manifestation de leurs caresses et de leur amitié, frappent et serrent à faire crier ; un léger contact , une douce pression, ne leur donneraient aucune sensation.
Il est nécessaire, pour la perfection du toucher, d'avoir grand soin de l'organe qui en est le siège. Il faut ramollir l'épiderme par des bains , par des lotions émollientes , quelques corps gras; diminuer sa trop grande épaisseur , ses callosités, par la pierre ponce, la lime et l'instrument tranchant. C'est non-seulement un moyen de propreté, mais c'est aussi une cause de certitude dans les perceptions.
Ongles. — Les ongles , la barbe et les cheveux sont une production de l'épiderme. L'usage des ongles est de garantir l'extrémité des doigts et des orteils de l'action des corps durs. Ils exigent des soins de propreté souvent répétés : c'est avec une brosse, de l'eau et du savon qu'on les nettoie ordinairement. La manière de les couper varie , selon la mode ; mais il ne faut pas les couper trop courts , parce que l'extrémité de la pulpe des doigts n'étant plus protégée , elle se durcit et cause des douleurs. Il faut avoir la précaution de ne pas couper les onglesdes pieds en demi-cercle; car, croissant en largeur, ils pourraient pénétrer. dans les chairs, et donner iieu à la maladie désignée sous le nom à'onyxis, ou d'ongle incarné; il faut donc les tailler carrément, si l'on veut éviter une opération cruelle.
Cheveux. > — Les cheveux sont un ornement naturel qu'il faut conserver avec le plus grand soin. La mode de les porter longs revient un peu aujourd'hui; mais nous pensons que le temps des catogans, des perruques à trois marteaux, est à jamais passé , malgré l'obstination de quelques vieilianls qui, fiers de ne pas se soumettre aux usages moderm s, se plâtrent
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encore la tête. Celle pratique ne peut qu'être dangereuse, parce qu'elle arrête la transpiration dont celte partie est le siège. Il faut au contraire la favoriser par des lotions aqueuses, enlever les écailles furfuracées , à l'aide du peigne et de la brosse.
L'alopécie, ou la chute des cheveux, lient à tant decauses physiques et morales , que c'est une erreur de croire que la teinture, les pommades, les graisses d'ours, de lion, etc., la coupe des cheveux, doivent l'empêcher. Si par exemple elle tient à une lésion de la peau, à sa sécheresse, à sa tension, elle réclamera des applications émollientes et onctueuses ; si elle tient à une irritation du bulbe lui-même , les mêmes moyens sont applicables. On n'obtient pas toujours en rasant la tête les effets désirés 5 dans le cas d'inflammation du bulbe, ce moyen peut augmenter l'irrilalion • il est vrai qu'il favorise les médications adoucissantes, en permettant de les appliquer immédiatement sur la peau. Quand il y a défaut de ton , les aromatiques sont indiqués. Tous les hommes occupés à des travaux de cabinet ont pu remarquer que la tension de l'esprit long-temps soutenue fait tomber les cheveux, et que le moyen de l'empêcher est de se reposer-, il en est de même des affections tristes de l'âme-, il faut, quand on le peul, des distractions.
Barbe. — Il n'y a guère que chez les peuples de l'Orient que la barbe et les babils longs aient toujours été en honneur; ils y attachaient de la considération. La manière de la porlera beaucoup varié chez les occidentaux; ils l'ont eue tantôt large, longue , courte , ou en pointe ; ils ont souvent attaché à sa forme une opinion politique, une croyance religieuse. Ceux qui la portent courte doivent se raser souvent ; ceux qui la conservent longue doivent la peigner el la laver tous les jours, s'ils ne veulent pas que la poussière qu'elle retient ne leur irrite la peau. Il est préférable pour les hommes qui passent peu de temps à leur toilette, les ouvriers, par exemple, de la porter courte ; ils auront moins de peine à se tenir proprement.
Dents. — Les dents, qui contribuent singulièrement à la
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beauté , doivent être l'objet de soins particuliers ; souvent les douleurs quelles causent , les altérations qu'elles subissent, viennent d'un défaut de propreté. On doit les laver souvent avec de l'eau simple , et les frotter avec une brosse douce 5 éviter déboire froid, et chaud immédiatement après. Le charbon pulvérisé est la meilleure poudre dentifrice, il ne contient rien qui puisse attaquer l'émail. On emploie des élixirs composés d'aicohol et d huiles essentielles , ils conviennent particulièrement quand il y a faiblesse des gencives, menace ou commencement de scorbut. Tous les acides concentrés doivent être rejetés. Aujourd'hui que la prothèse dentaire est si avancée , il faut les remplacer quand elles manquent. On ne peut trop tenir à la propreté et à la fraîcheur de la bouche ; mais avec Brillât-Savarin nous blâmons hautement ce! te coutume dégoûtante de se rincer la bouche à la fin d'un repas , et de cracher de compagnie dans un rincebouche. Voyez la puissance de la mode :il y a de petitesmaîtresses qui sont dégoûtées de tout, qui ne mangent de rien dans la crainte que les aliments ne soient pas proprement préparés , et on crache sur leurs robes , presque à leur nez , elles trouvent cela irès-bien , parce que cette méthode nous vient des Anglais. On pourrait bien disposer des rincebouche dans une pièce particulière, on éviterait des nausées à ceux qu'elles incommodent.
Organes génitaux. — Ces organes demandent de grands soins de propreté , ils doivent être lavés très-souvent. Les femmes ne peuvent trop recourir aux lotions, aux injections. Nous leur dirons à cette occasion que ces organes étant le siège de maladies très-graves , elle ne doivent pas , par une fausse honte , se refuser à l'examen du médecin , qui peut , en s'v prenant de bonne heure , les guérir , et qui , appelé trop tard , les laisse infailliblement mourir dans des douleurs affreuses, Un excès de pudeur serait ici blâmable.
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