CHAPITRE V
Du travail en général.
L'homme est organisé pour être occupé physiquement et moralement ; pour lui , le travail est réellement une condition d'existence, un véritable besoin, par conséquent un devoir.
S'il reste inoccupé, ses fonctions languissent, l'ennui vient le tourmenter, c'est la première punition du paresseux. Mais, pour chasser ce premier degré du mal-être, le malheureux se met à l'affût des émotions -, il recherche avidement les plaisirs, il lui en faut à tout prix ; dès qu'il en a découvert, il ne s'en fait pas faute ; l'oisiveté lui fait rechercher toutes les occasions de s'y livrer; il a bien soin de les saisir. Alors, de nouveaux besoins s'établissent, de mauvaises habitudes se forment, et des vices, qui en sont les résultats, viennent le dominer. Son temps, il l'emploie, non à les combattre, mais à en suivre les funestes impressions. Une fois sur cette pente, il ne lui est plus possible de résister. Ses années s'écoulent ainsi , sans autre guide que l'instinct des jouissances les plus brutes. Sa jeunesse se flétrit ; sa santé se détériore, et sa vie finit par se consumer dans la débauche et la misère. Heureux si elle ne s'éteint pas dans l'opprobre !
Telle est l'histoire de la plupart des oisifs, privés des avantages d'une bonne éducation, ou des ressources d'une grande fortune.
Ainsi, le travail, quand il n'aurait d'autre avantage que de prévenir les maux et les vices qui dérivent de l'oisiveté, serait déjà un grand bien.
Mais, lorsqu'on vient à le considérer successivement comme cause productive de la richesse, et comme condition de santé pt de moralité, comme moyen de gymnastique ou de distraction