LIVRE VI j CHAPITRE V
et de jouissance, surtout comme devoir individuel et social, l'on est conduit à dire qu'il est pour tous les hommes, sans distinction, Tune des premières nécessités de la vie , l'une de ses plus grandes obligations. Mais, pour qu'il fasse à l'homme individuel et collectif tout le bien possible , pour qu'il entretienne sa santé et lui procure lebien-êlre, qui est son véritable but, il faut qu'il soit :
io En rapport avec ses aptitudes ;
a0 En proportion avec ses forces ;
3° Gradué suivant son âge;
4° Varié selon ses besoins ;
5° Eclairé, dirigé par la science ;
6° Régularisé par l'habitude ;
70 Pratiqué au milieu d'un air sain, et selon toutes les autres conditions voulues par l'hygiène.
S'il n'est pas en rapport avec les dispositions ou aptitudes des individus, il ennuie, il fatigue, il n'est pas bienfaisant; s'il est en disproportion avec les forces et non gradué selon l'âge , il use, il flétrit, il abrège la vie; s'il n'est pas varié , la société peut en souffrir , car il peut se faire qu'il y ait simultanément excès de production dans un genre et pénurie dans un autre. Il en résulte au moins que l'ouvrier qui fait toujours la même chose devient une machine. Il manque de stimulants intellectuels et d'objets de comparaison ; il est réduit à ne mettre en action que quelques organes, que quelques muscles, tandis que les autres restent en repos. Ce n'est plus un homme exerçant toutes ses fonctions et jouissant alternativement de toutes ses facultés-, c'est une véritable mécanique, un être incomplet au moralcomme au physique; car il a perdu nécessairement de son intelligence et de sa force, et même de son adresse et de sa moralité; car la constante uniformité du travail partiel va jusque-là.
Si le travail n'est pas éclairé et dirigé par les lumières ou les secours de la science, et facilité par les machines qu'elle invente, il sera bien moins abondant ou plus imparfait, moins lucratif et d'ailleurs plus difficile.
KÎO t.I.KMHÏi'rs IMiYGlÈME,
Si la coutume ne façonne pas l'ouvrier à son travail, si elle ne l'y ramène à des heures fixes , il aura moins de facilité à s'y livrer, il se fatiguera davantage •, il perdra de son temps; ses produits seront moins nombreux ou moins soignés, etc.
Si l'air qu'il respire en travaillant n'est pas pur, ce qui arrive quand il y a trop d'ouvriers ensemble, ou quand leur atelier n'est pas assez spacieux, pas tenu assez proprement, alors les agents et les stimulants les plus nécessaires à la vie étant en défaut, la santé en souffre, les forces en sont affaiblies, et le travail s'y fiai', avec apathie et répugnance.
. Quand les lieux où les ouvriers travaillent sont humides ou marécageux , que l'atmosphère environnante est chargée d'émanations méphitiques , alors ils sont menacés et souvent atteints par des fièvres intermittentes et typhoïdes. Quand ils sont mal ou trop peu nourris , qu'ils le sont avec des substances malsaines ou pas assez variées; quand ils manquent de distractions convenables et surtout d'un repos suffisant, ils sont, dans ce cas, exposés à des maladies de langueur, à une vieillesse précoce.
Le travail imposé par l'extrême misère, ou commandé par le despotisme ou la tyrannie , a des résultats plus déplorables encore sous le rapport moral : il révolte celui qui a de la fierté , il rend servile celui qui en manque ; il fait les uns haineux , vindicatifs -, il rend les autres bas et rampants.
La santé chez ces êtres est mal assurée ; un rien la trouble, la dérange et la compromet. Ces malheureux résistent rarement aux épidémies.
Il y aurait tout à la fois justice, humanité et avantage matériel , à donuer aux hommes de labeur, outre leur pécule quotidien, une petite part proportionnelle dans les productions de leurs travaux , ou mieux, dans le profit qui en revient à ceux qui les font faire , afin qu'ils aient de quoi nourrir leur famille chaque jour-, ce serait une sorte d'action ou une coopération dans l'entreprise de ces travaux qui les stimulerait , leur donnerait du zèle , de la force pour mieux faire et produire davantage ; alors le salaire perdrait le caractère
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qui, dans beaucoup de circonslances, le rend odieux , et celui qui n'a rien ne serait plus le serf de celui qui a tout. Son infériorité cesserait de lui être aussi onéreuse ; ce serait un premier pas de fait vers l'égalité. Nous sommes bien convaincu que la moralité des ouvriers , ainsi que leur santé , qui en est inséparable , aurait tout à gagner à ce mode de rémunération.
Qu'on se persuade donc bien que les forces productives de l'homme , soit qu'elles viennent de l'esprit qui dirige , ou des muscles qui obéissent , doivent être considérées comme de véritables capitaux, susceptibles aussi de porter rente. Ces capitaux, dans le système que nous indiquons , viendraient avec justice se placer parallèlement à côté de ceux qu'on nomme argent , terres, immeubles, etc. Si ces derniers sont comme des instruments tout-à-fait indispensables à la production de la richesse , la tète de l'ouvrier qui dirige ou surveille , et les bras de celui qui exécute, ne le sont pas moins comme agents. Ainsi , l'équité ou l'égalité (car ces deux mots de la môme famille sont à peu près synonymes ) , l'équité , qui est la première loi du genre humain , cesserait d'être blessée si la récompense était proportionnée au service , ou mieux , si le salaire était tout à la fois en rapport avec la peine et les besoins de l'ouvrier, et le profit que son travail procure à celui qui l'emploie. Mais pour que tout avantage pécuniaire qu'on voudrait accorder aux ouvriers leur profilât réellement, il est indispensable qu'ils reçoivent une éducation et une instruction dirigées de manière à ce qu'ils acquièrent le sentiment de leur dignité, le besoin d'avoir de l'ordre et de l'économie, et celui de marcher de pair avec les hommes estimables.
Du travail spécialisé ou des pro fessions ,
Il y a des professions salubres , ou favorables à la santé ; il y en a d'insalubres , ou qui lui sont nuisibles. De là deux grandes classes de professions qui doivent chacune , et en particulier, être examinées sous le rapport hygiénique.
En tète des premières, nous plaçons l'agriculture avec
toutes ses divisions et sous-divisions (i), et tous les travaux qui s'y rattachent et qui se pratiquent dans les champs.
La vie agricole et pastorale est la vie la plus naturelle à l'homme; c'est celle qui s'adapte le mieux à ses goûts primitifs, qui satisfait le plus à tous ses besoins véritables; c'est celle qui convient le mieux au développement normal de ses organes, et qui est le plus favorable à l'exercice régulier de leurs fonctions.
Le grand poète qui a si bien célébré les travaux des champs a donc eu raison de dire qu'ils seraient heureux , les agriculteurs, s'ils connaissaient tous leurs avantages, et nous ajoutons , s'ils savaient en profiter! Pour que les professions de la vie agricole , et celles qui en dépendent , soient toujours favorables à la santé , il est nécessaire :
i° Que ceux qui les exercent le fassent avec mesure et sans excès , sans fatigues outrées , et avec des alternatives de sommeil et de repos suffisantes;
i° Que leur alimentation soit substantielle et confortante, surtout pendant les saisons froides ; qu'elle se divise au moins en trois repas par vingt-quatre heures , et se compose alternativement de soupes grasses et maigres , de viandes et de légumes , d'oeufs et de laitage;
3° Que durant les grandes chaleurs leur régime soit moins excitant, plus végétal qu'animal ;
4° Que leur boisson soit tout à la fois acidulé et alcoholique, rafraîchissante et tonique, comme le sont naturellement les petits vins , les cidres faibles , et autres boissons semblables qu'on prépare avec des fruits à demi desséchés au four, et qu'on fait ensuite fermenter, ou avec des farines de céréales mises en fermentation avec la levure de bière , ou avec des mélasses qu'on aromatise ou avec le genièvre ou avec la cannelle : ces boissons sont salutaires aux moissonneurs , fau-
(1) Comprenant l'horticulture , la sibiculture , la viniculture, l'animal»^ culture, etc.