‹ Eléments d'hygièneChapitre 85 sur 156 · LIVRE VI, CllAl'ITflK V. i G · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CllAl'ITflK V. i G

caves , comme font les tonneliers et tisserands •, ou sur les rivières , comme le métier de laveuses. Celles-ci feraient bien de couvrir de laine la peau, de mettre des intervalles dans leurs travaux , et d'exercer leur métier dans les lieux les moins humides.

Par cela seul , celles de toutes ces professions qui les forcent à mener une vie sédentaire , une vie claustrale , nuisent à leur santé. Quand on est privé chaque jour, et long-temps de suite, du plaisir de voir de nouveaux objets, qu'on est empêché de satisfaire au besoin de marcher, d'exercer ses muscles, d'impressionner ses sens, et surtout de respirer un air pur, les fonctions digeslives s'affaiblissent, le sommeil devient mauvais, ou il se perd-, un état général de langueur survient, la vitalité s'affaiblit dans tous les organes , on n'a plus cette puissance de réaction qui repousse les influences morbides : alors l'on se trouve disposé à beaucoup de maladies; aussi , quand une épidémie survient, elle frappe avec fureur sur ces nombreuses catégories d'ouvriers, et d'une manière d'autant plus cruelle, qu'ils sont plus entassés et plus affaiblis par le concours d'autres causes. Les lieux bas, humides et mal éclairés ^ où la plupart d'entre eux travaillent, ajoutent beaucoup à tous les dangers que nous venons d'énumérer.

L'on a peine à concevoir comment tant d'hommes utiles peuvent se condamner à végéter, comme cela se voit dans toutes les grandes villes : les uns , dans des caves sans lumière, remplies d'air humide et d'acide carbonique; les autres , dans des chambres basses , qui , sous le rapport de l'humidité , de l'absence de lumière , etc. , sont aussi de véritables caves , et parfois aussi dangereuses que des cachots ; le plus grand nombre , dans de petites pièces étroites , où ils courraient tous les jours les risques de s'asphyxier si l'on n'ouvrait à chaque instant la porte. A Paris, la classe des portiers se trouve particulièrement dans ce cas. Il faut que, par une bonne loi sanitaire :

i° On défende de loger ainsi les hommes: c'est un attentat

indirect à leur existence, qui , dans beaucoup de cas, peut se comparer à un empoisonnement lent-,

•i'} Qu'on oblige tous les gheis do manufactures et d industrie à avoir des ateliers vastes, convenablement aérés, ventilés et chauffés selon toutes les règles de l'hygiène ;

3° Que des visites y soient souvent faites par des médecins nommés ad hoc ;

4° Que des heures de repos soient fixées 5

5° Que les enfants avant un âge déterminé ne puissent y être admis, et que les heures de travaux soient proportionnées à leur âge.

En attendant celle loi, qui détruirait le mal dans sa source, disons à ces ouvriers qu'ils doivent faire au moins deux fois par jour de l'exercice en plein air; que lorsqu'ils en sont empêchés, il faut qu'ils le remplacent par des frictions sur la peau le soir en se couchant, et le matin avant de se lever ; pendant le jour, par des jeux ou des espèces de danses qui mettent les jambes et les bras en mouvement; qu'ils doivent être très-propres, se laver souvent avec de l'eau savonneuse, et se nourrir sainement, avec de bonnes soupes ou potages, et avec des viandes rôties, des légumes frais et un peu de bon vin.

Nous conseillons des exercices semblables à tous ces hommes d'arts et métiers, à tous ces négociants, commis et hommes de boutiques, dont tout le corps, excepté les mains, reste toute la journée immobile; quelques exercices de gymnastique, répétés au moins une fois par jour, seraient pour eux la chose la plus salutaire. {V'oj. l'article Exercice.)

Des professions ou métiers essentiellement insalubres et dangereux.

Ces métiers sont malheureusement fort nombreux. Nous nous bornerons à l'énuméralion de ceux qui sont exercés par beaucoup d'individus; nous en ferons plusieurs catégories.

Dans la première, nous placerons ceux qui ont pour but la

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préparation et le travail des substances végétales, comme préparateurs de tabac, amidonniers, chanvriers; ceux qui surveillent la fermentation du vin, du cidre, de la bière-, tous ceux qui respirent du gaz acide carbonique.

Dans la deuxième, ceux qui s'exercent sur des substances animales : les anatomistes, les charcutiers, les bouchers, les équarrisseurs, les boyaudiers, les fossoyeurs, les tanneurs, corroyeurs, les fabricants de chandelles.

Dans la troisième , forgerons, verriers, fondeurs de métaux, potiers , faïenciers.

Dans la quatrième, les peintres en bâtiments et en voilures, les fondeurs de caractères; ceux qui travaillent le zinc, les oxides , le cuivre , le plomb , le mercure , tels que les doreurs, les plombiers-fondeurs, les broyeurs de couleurs, les potiers d'étain , les vernisseurs.

Dans la cinquième, les mineurs, vidangeurs, et tous ceux qui, comme les fabricants d'acides minéraux, sont exposés à respirer des gaz corrosifs , des vapeurs délétères capables de causer des empoisonnemenls miasmatiques, des inflammations du poumon, ou l'asphyxie.

Première catégorie. Les hommes qui pilent, broient, tamisent des substances acres , comme !e tabac , sont exposés aux irritations des fosses nasales, des bronches, que l'habitude tend à affaiblir, mais qui tous les jours, dans le commencement, sont fort incommodes. Il faut pour s'en préserver travailler sous une vaste cheminée, ou bien entourer son moulin, ou pilon , de peau flexible , ou d'une étoffe préparée au caoutchouc. Ces précautions auront un avantage plus grand , c'est celui de préserver ces ouvriers des effets généraux qui résultent de l'exercice prolongé et soutenu de leur métier; ces effets nous ont paru être les mêmes que ceux qu'on observe chez les forgerons; ceux qui les éprouvent sont jaunes, maigres, irritables, disposés aux maladies des bronches, des entrailles et du foie.

Un observateur d'un grand mérite, M. Parenl-Ducbâtelet, a remarqué, à Paris, que les ouvriers qui travaillent le iabac

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n'en souffrent pas. De notre côté, nous avons vu tout le contraire dans une fabrique de notre département. Les observations de ce savant, que nous ne contestons point, ont été faites sans doute dans une fabrique bien aérée, où les ouvriers n'étaient point très-rapprocbés , et se trouvaient dans des conditions hygiéniques plus favorables que ceux que nous avons observés nous-même en province; celte différence de circonstances et de position des ouvriers suffit pour expliquer la contradiction de nos observations (i).

Ceux dont le métier est de broyer et de préparer les couleurs, respirent une poussière qui, en agissant mécaniquement, suffirait pour agacer et irriter les poumons, déterminer de la toux, des crachements de sang, mais qui, par les miasmes qui s'y trouvent, produit d'autres maladies , telles que des dérangements des digestions, des vomissements , et quelquefois des fièvres typhoïdes*, ces derniers effets n'ont lieu que fort rarement, et quand le chanvre a été placé dans des eaux dormantes , dans des mares susceptibles de se putréfier par l'effet d'une grande chaleur.

Nous avons vu deux hommes de la campagne qui, après avoir retiré d'une fosse où l'eau était putréfiée , du chanvre dont l'odeur était infecte, et avoir respiré, pendant toute une soirée, cette même odeur, ont été attaqués d'une espèce de fièvre jaune, qui les a fait périr au bout de deux jours.

Les ouvriers qui soignent la fermentation de la bière, du

(1) Il esta remarquer que Parent-Duchâtelet, qui a cherché à apprécier l'influence de presque toutes les professions sur la santé de ceux qui les exercent et sur la santé puhlique, conclut presque toujours que les plus insalubres sont sans inconvénient; à l'occasion du battage des tapis, il affirme que tout individu bien portant peut vivre impunément au milieu d'une atmosphère infecte et tellement chargée de poussière qu'on peut à peine y voir. Ces faits, difficiles à croire , font désirer que les médecins chargés d'éclairer l'autorité infirment ou confirment les conclusions de cet observateur infatigable. M. Thouvenel ne partage pas son opinion relativement à la respiration des poussières délétères Qui sait si Parent-Duchâtelet , exposé trop souvent à leur influence , n'est pas mort victime de son zèle en niant leur action pernicieuse ? M.

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cidre , du vin, doivent redouter de respirer le gaz acide carbonique qui, se dégageant des tonneaux, cuves ou barils, pourrait les aspbyxier.

Nous donnerons, pour le même motif, un conseil semblable à ceux qui emploient la braise , le charbon , la houille, comme combustible; rien n'est plus dangereux que la vapeur qui s'en dégage.

Chaque fois donc qu'on les emploie, il faut que ce soit clans des cheminées dont le courant ascendant soit bien établi, des cheminées qui tirent bien , sans quoi l'on risquerait de se donner des maux de tète, des vertiges , de l'engourdissement, et même de s'asphyxier.

L'on voit arriver aux ouvriers de la seconde catégorie ( à ceux qui s'exercent sur des substances animales ) des incommodités ou des accidents qui diffèrent entre eux, autant que leurs causes diffèrent entre elles-, à ceux par exemple qui font métier de travailler des substances animales déjà décomposées, comme les corroyeurs, les tanneurs, un état de langueur, une sorte de cachexie; aux anatomistes, des fièvres dites putrides et malignes , etc. ; aux charcutiers, une maigreur particulière , un teint jaune et une diathèse scorbutique, qui contrastent de tout point avec l'embonpoint, le teint frais des bouchers; cependant ces derniers ont aussi leurs maladies, mais elles sont d'une nature inflammatoire. Quelquefois ils s'inoculent la pustule maligne ou charbon , en dépeçant des animaux qui en sont eux-mêmes atteints.

Ceux qui habitent au milieu d'une chambre où des fromages se trouvent en fermentation, ceux aussi qui respirent souvent des vapeurs de suif mal conservé, à demi décomposé, sont, comme les charcutiers , exposés à prendre un aspect hâve, un air de rancid té qui annoncent une détérioration lente dans les fonctions assimilatrices.

Ceux de la troisième catégorie , les forgerons , verriers , fondeurs, ont surtout à souffrir de la haute température à laquelle ils sont exposés. Si , aux mauvais effets d'une excessive chaleur, l'on joint ceux qui tiennent aussi à l'air chargé de

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vapeurs métalliques et de gaz oxide de charbon, de gaz acide carbonique , l'on s'expliquera facilement pourquoi ils sont maigres, décharnés el pâles.

Aujourd'hui que la physique est connue de tant de personnes, pourquoi donc ne pas l'employer à assainir tous les ateliers ? Il ne s'agirait, pour les ouvriers dont il est ici question, que de construire leurs fourneaux dans des lieux élevés au-dessus du sol, sous un grand hangar, bien ventilé, avec des doubles murs, dont les éléments seraient non conducteurs de la chaleur, ainsi que les matières qu'on placerait dans les intervalles, comme plâtras ; puis de les entourer d'une enveloppe extérieure, en forme de rideaux, en grosse toile imprégnée d'un vernis fait avec de la résine, de la poudre d'argile et de l'huile de lin, ce qui empêcherait la chaleur de rayonner sur l'ouvrier.

Au haut de la toiture, des ouvertures el des ventouses : en bas, au niveau du sol, des ouvertures qui, mettant l'atelier en communication avec l'extérieur, permettraient l'introduction d'un air frais.

Les professions de la quatrième catégorie sont exposées aux accidents qui résultent de la respiration et de l'absorption de substances minérales qui agissent à la manière des poisons ; ces accidents sont, pour les plombiers et tous les autres qui emploient ce métal à l'état d'oxides, la colique de plomb; et pour ceux qui travaillent le cuivre, les lapidaires, les monteurs en cuivre, les serruriers, les chaudronniers, la colique de cuivre. Les moyens propres à préserver les ouvriers de ces maladies sont d'une application difficile.

Les éponges de Macquer, imbibées d'une liqueur aromatique, el placées dans les narines-, le tube de M. Brisé- F radin, qui communique au dehors de l'atelier, et dans lequel on a mis du coton imbibé de liquides variables, selon la nature des vapeurs ; l'éponge de M. Gosse, de Genève, placée au devant de la bouche et du nez: le voile plié en plusieurs doubles, recommandé par M. Rigaud-Delisle, sont impraticables. L'appareil ingénieux de M. Darcet peut seul obvier à une partie

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