CHAPITRE VIII
Des comestibles considérés dans leurs rapports avec l'hygiène sociale.
Malgré l'immense variété de substances que la nature fournit à l'homme pour sa nourriture, il est fort à désirer qu'on
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parvienne à en découvrir ou à en former de nouvelles , qui soient, par leur abondance et leur bas prix, de nature à préserver le peuple de ces affreuses disettes qui , de temps à autre, viennent menacer son existence.
Si le vœu d'une célèbre amie de l'humanité, de voir un jour les rivières charrier de la bouillie , ne peut se réaliser, nous croyons cependant qu'il est possible à la charité, aidée de la physiologie végétale et animale, non de créer, mais d'opérer de nouvelles combinaisons des éléments du règne organique, de manière à en former des composés tout nouveaux, et propres à l'alimentation de notre espèce.
On arrivera à ce résultat en changeant par des procédés qui restent à trouver ( ou en imitant ceux de la nature que la physiologie indique) l'ordre décomposition ou la proportion des cléments constitutifs de certaines substances qui, bien qu'elles soient, dans leur état actuel, impropres à la nourriture de l'homme, auraient cependant peu de changements à subir pour devenir nutritives.
Si cette œuvre n'est pas réservée aux chimistes de notre époque, elle sera la gloire , nous le prophétisons avec assurance, de ceux qui bientôt leur succéderont.
Pour aider à cette importante découverte , ou plutôt pour y faire réfléchir les esprits supérieurs , mettons en regard les uns des autres quelques principes admis par tous les chimistes :
i° Toutes les substances végétales non nutritives se composent, tout aussi bien que celles qui ont cette propriété, d'hydrogène , d'oxigène et de carbone ( quelques-unes ont en outre un peu d'azote ) -,
s0 La proportion de ces éléments constitutifs pouvant , pour ainsi dire, varier à l'infini, il en résulte qu'il est possible d'avoir une immensité de composés, et que dans ce nombre il doit s'en trouver beaucoup dont les propriétés seraient alimer, taire s ;
3° Quand, dans une substance non azotée, la quantité d'oxigène est dans un plus grand rapport que celle de l'hy-
drogène n'est dans l'eau, cela suffit pour que la substance soit acide;
4° La même substance sera, en général, étbérée , résineuse ou huileuse, si au contraire c'est l'hydrogène qui prédomine 5
5° En traitant la sciure de bois, de vieux chiffons de linge, etc., par l'acide sulfurique^ on obtient une matière sucrée pareille à ce sucre qu'on relire aujourd'hui si facilement et si abondamment de la fécule de pomme de terre, et de tous les amidons, en employant en grand le procédé de Bcrzélius;
6° L'on convertit facilement toutes les substances sucrées en alcchol ou esprit; de l'alcohol à une substance huileuse il n'y a peut-être qu'un pas... Ce pas fait, voilà une nouvelle substance nourrissante créée. Déjà Ton fait du vinaigre de bois, on tire des gommes, des sucres et des alcohols, de corps qui n'avaient pas de similitude avec ces substances; pourquoi n'arriverait-on pas à faire quelque chose de plus nourrissant? Une fois qu'on y sera parvenu, la classe malheureuse, assurée alors de son existence, cessera d'être en proie aux sollicitudes tourmentantes et avilissantes de la misère; elle ne sera plus obligée de vendre, pour vivre , son temps, sa liberté et son honneur. Son travail lui servira à se procurer aisément les choses confortables de la vie , et ces nobles jouissances intellectuelles qui la rapprocheront des autres classes. C'est alors que l'égalité sera possible et que le véritable progrès aura lieu, et cela parce qu'on aura augmenté le nombre des comestibles (1) !
(I) Alors aussi la science chimique nous fournira les moyens de faire et de perfectionner beaucoup de choses utiles, telles que chaussures, coiffures et autres vêtements économique^. Nous avons déjà des pierres , des ciments , des marbres factices , de belle et bonne qualité ; des cartons-pierres pour couverture d'habitations, ttc. Nous croyons possible de faire en outre ; en étendant ou variant les procédés connus , des paillassons imperméables et incombustibles pour remplacer la tuile ou servir d'ardoise au pauvre. Il suffirait peut-être de faire pénétrer, par une forte pression , quelques mélanges de résines communes, comme la poix, avec des poudres argileuses et siliceuses, ou des oxides métalliques mêlés ou d'huile grasse, ou de quelques substances bitumineuses, etc. , dans de vieux tissus de laine ,. de toile gros-