CHAPITRE TX
9e la richesse , considérée sous le rapport hygiénique.
Dans son acception la plus générale , le mot richesse représente l'idée d'abondance dans la possession de tout ce qui a de la valeur pour l'homme. Nous considérons comme riches tous ceux qui ont à leur disposition beaucoup de valeurs, ou moyens d'échange , à l'aide desquels ils peuvent se procurer les choses propres à satisfaire leurs goûts et à leur procurer une grande variété de jouissances. Par elle-même, la richesse est une trèsbonne chose, mais, concentrée entre les mains d'un petit nombre, elle en devient une très-mauvaise. Autant l'aisance est utile, nécessaire à l'homme, autant l'abondance ou le luxe, résultat d'une grande fortune, lui est nuisible. Si toujours la pauvreté contraint le malheureux qu'elle accable à rester en deçà de ses besoins , la richesse , au contraire, en éveillant sans cesse le désir de celui qui la possède, le pousse et l'entraîne bien au-delà de ses limites naturelles.
L'une fait languir par la privation et tourmente par la convoitise, l'autre fatigue par les excès dont elle est la cause, blase ou irrite par leur fréquence et leur multiplicité. Tôt ou tard elle finit par engendrer le dégoût et l'ennui, ou tout au moins l'indifférence. De là naît pour le riche la nécessité de se créer des besoins imaginaires, car, atout prix, il faut qu'il se sente vivre 5 mais bientôt ces besoins satisfaits laissent un vide pénible dans l'existence-, vite, il faut chercher à les remplacer et à les varier de plus en plus. Voilà pourquoi on remarque tant d'inconstance et de bizarrerie dans ses goûts.
et tant d'irrégularités dans sa conduite. Tandis que les organes de la locomotion et de la pensée restent chez lui dans le repos et végètent dans l'inertie , d'autres organes, comme les sens, plus stimulés quils ne devraient l'être, se subirritent, se développent , et acquièrent une énergie désordonnée et contre nature. De là des penchants et des habitudes souvent aussi contraires à sa santé qu'à sa moralité. Comme on le voit, la richesse, ou plutôt l'abus des choses qu'elle procure, a pour résultat nécessaire , inévitable , de changer ou de modifier puissamment les conditions physiologiques de celui qui la possède , et de substituer à un élat naturel et harmonique un état factice et irrégulier. Aussi, qu'arrive-t-il? Sous le rapport de la vie physique, on voit le riche plein d'antipathie contre tout travail actif 5 on le voit entraîné à vivre en homme futile, distrait, ennemi de toute contrainte, impatient de tout joug, recherchant les jouissances du monde, particulièrement les plaisirs sensuels \ aussi est-il sujet à toutes les incommodités ou maladies qui tiennent à une vicieuse distribution des forces vitales, à la surabondance du sang (aux affections nerveuses, aux inflammations viscérales) ; aux maladies par excès d'irritations , de satiété et de pléthore 5 aux embarras gastriques , aux affections goutteuses , etc. ; à l'apoplexie et à ses effets consécutifs , les paralysies.
Et sous le rapport de la vie affective, que voyons-nous ? Le contraire de ce qui a lieu chez le pauvre. Chez celui-ci, la misère rabaisse l'homme au-dessous de lui-même 5 elle le condamne à l'humiliation, à l'abdication de son moi.
La richesse agit en sens inverse : elle exagère le sentiment de l'égoïsme, elle exalte l' amour-propre 5 elle fait éclore ou développe la suffisance, la vanité et l'orgueil $ aussi le principal plaisir du riche est de se poser en supérieur au milieu de ceux parmi lesquels il vit , de les dominer , soit par la vanité de son faste, soit par l'influence de son crédit, soit par l'autorité que les sots, si nombreux en ce monde, accordent toujours à ceux qui possèdent beaucoup.
Trop indépendant des autres hommes, le riche est peu in-