DEVOIRS DE L'ENFANT ENVERS LA FAMILLE
Le fils ingrat : Socrate et Lamproclès,
Certains enfants croiront peut-être qu’ils sont dispensés d’aimer leurs parents, parce que leurs parents ont mauvais caractère.
C’est ce que pensait Lamproclès, un des fils de Socrate, qui fut le plus sage des philosophes grecs.
Un jour que Lamproclès avait laissé voir qu'il n’aimait pas beaucoup sa mère Xantippe, qui était un peu grondeuse, Socrate l’interpella en ces termes :
(( Sais-tu, mon fils, lui dit-il, quelle sorte de gens on appelle des ingrats ?
— Sans doute : ce sont ceux qui ne se rappellent pas les services reçus et qui négligent de les rendre.
— N'est-il pas vrai que cette négligence est coupable, et que, plus les services reçus ont été grands, plus l’ingratitude est odieuse ? »
Lamproclès en convint.
« Eh bien ! alors, mon fils, ajouta Socrate, que devons-nous penser de ta conduite envers ta mère? C’est
elle que tu dois l’existence et, par l’existence, tous les biens que Dieu accorde aux hommes. C’est elle qui t’a nourri, élevé, au prix de mille douleurs et de mille fatigues.
— Je sais bien, reprit Lamproclès un peu confus, que ma mère a fait tout cela ; mais elle a l’humeur si désagréable qu’on ne saurait la supporter.
— Et toi-même, mon fils, que de désagréments lui as-tu causés qu’elle a supportés sans se plaindre ? Combien de fois l’as-tu réveillée par tes cris, par tes pleurs, quand tu étais petit ? Combien de fois l’as-tu chagrinée par tes fautes? Et cependant elle n’a pas cessé de t’ai-
LA FAMILLE ET L'ÉGOLE
mer. Oh ! mon fils, si tu es sage, prie Dieu de te pardonner tes offenses à l’égard de ta mère, et, à l’avenir, ne l’offense plus, afin que les hommes ne te méprisent pas. De quelle vertu serais-tu donc capable, si tu ne commençais pas par aimer ta mère ?
Résumé. Rien ne peut nous dispenser d’aimer nos parents, pas même leur indifférence apparente, pas même
leur mauvais caractère.
Exercices Quelle est la plus odieuse de toutes les ingratitudes ? — Shakespeare a dit :
« L’enfant ingrat, c’est comme si la bouche mordait la main qui lui porte la nourriture. » —
Avant de compter les refus de ses parents, il faut compter leurs bienfaits. — Si vos parents montrent quelquefois de l’humeur, pensez que vous en êtes la cause.
Gomment on apprend à aimer ses parents.
D’autres enfants pourraient être tentés de croire qu’il ne dépend pas d’eux d’aimer leurs parents, que la faculté d’aimer n’est pas donnée à tout le monde, que les uns naissent avec un cœur sec, les autres avec un cœur tendre, et qu’il est impossible d’j rien changer.
Sans doute, c’est la nature surtout qui inspire l’affection filiale, comme c’est la nature qui fait les terres fertiles et productives. Mais, à force de culture, on finit par fertiliser des terres jugées d’abord stériles : de même aussi, avec de la réflexion et des efforts, l’enfant le plus froid deviendra affectueux, s’il le veut.
Ce qui dépend le plus de vous, ce sont vos paroles et vos actes. Vous êtes maître de prononcer tel ou tel mot, d’accomplir telle ou telle action, et rien ne peut vous en empêcher. Mais vous êtes maîtres aussi, dans
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une certaine mesure, de développer dans vos cœurs tel ou tel sentiment.
Que l’enfant qui ne se sent pas porté à aimer assez ses parents ne se décourage pas : qu’il réfléchisse à tout ce qu’il leur doit, qu’il se représente souvent en imagination leurs bontis et leurs bienfaits, qu’il rappelle les souvenirs de sa première enfance ; qu’à défaut de ces souvenirs, il regarde, dans leurs berceaux, les petits enfants qu’il a autour de lui, qu’il considère leur faiblesse et leur misère, et par suite toutes les peines qu’ils donnent à leurs parents : et alors il aimera tous les jours davantage son père et sa mère.
De même, un homme avare et égoïste flnirait peutêtre par devenir lui-même généreux, si on l’obligeait à visiter les maisons des pauvres" et à voir de près les misères humaines.
Résumé. L’amour pour les parents est instinctif, c’està-dire, inspiré par la nature : mais on peut l’accroître et le développer par la réflexion. Les sentiments ne dépendent pas de notre volonté autant que les paroles et les actions, mais ils en dépendent dans une certaine mesure. L’enfant apprendra à aimer davantage ses parents, s’il pense souvent à tout ce qu’il a reçu d’eux.
Exercices. Qu'est-ce que Tenfant doit à la fois à son père «et à sa mère? — Qu’est-ce
qu’il doit en particulier à son père ? — en particulier à sa mère ?
Le devoir d’obéissance.
Si vous aimez vos parents, l’obéissance vous sera facile, car en leur désobéissant vous leur faites de la peine, et qui donc voudrait en faire à ceux qu’il aime?
LA FAMILLE ET L’ÉCOLE
Mais il J a d’autres raisons encore pour que vous soyez obéissants : la première, c’est votre intérêt.
Vous êtes en effet incapables de vous conduire ; vous ne distinguez que confusément ce qui vous est bon de ce qui vous est nuisible. Ecoutez donc les ordres de vos parents, même quand ils contrarient vos goûts. Eux seuls savent ce qu’il vous convient de faire, parce qu'ils sont plus âgés que vous, parce qu’ils ont l’expérience qui vous manque, parce que enfin leur sollicitude pour vous les éclaire sur vos véritables intérêts.
Quand vous étiez petits, votre mère vous défendait de jouer avec un couteau, parce que le couteau blesse: et quand vous ne l’écoutiez pas, vous vous blessiez en effet. Aujourd’hui votre père vous ordonne d’étudier l’arithmétique : mais l’arithmétique vous ennuie, et vous n’étudiez pas. Un jour viendra où vous vous repentirez d’avoir désobéi à votre père.
Toute désobéissance, petite ou grande, est suivie tôt ou tard de son châtiment. Le gland, si on le sème, ne sort pas de terre aussi vite que le grain de blé, mais il finit toujours par pousser. Tantôt le châtiment vient tout de suite, sous la forme du mal qui en résulte immédiatement ou de la punition que les parents infligent. Tantôt le châtiment tarde et n’éclate que bien des années après : c’est le jeune homme, c’est l’homme mûr qui est puni par son ignorance, par son incapacité, de la faute que l’enfant a commise, quand il désobéissait à ses parents qui lui ordonnaient de travailler.
Il y a UMe autre raison encore qui rend l’obéissance obligatoire : c’est que la volonté de vos parents repré sente la loi morale et la loi civile auxquelles il faudra toujours obéir. Un jour viendra où vos parents ne seront plus là pour vous guider, où vous aurez à vous conduire vous-mêmes, en consultant votre conscience. Heureux alors, si vous avez appris d’avance à obéir aux ordres
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de votre raison, par l'habitude que vous aurez contractée d’obéir aux ordres de vos parents.
Appujez-vous donc avec confiance, puisque vous êtes faibles et ignorants, sur l'autorité et l’expérience de vos parents. On attache les plantes faibles à un tuteur, afin de les redresser : mais quand la plante a grandi, on enlève le tuteur et la plante se soutient d’elle-même.
Résumé. L’enfant doit obéir pour trois raisons. P parce que la désobéissance afflige les parents ; 2° parce que la volonté des parents est conforme à l’intérêt de l’enfant ; 3^^ parce que les ordres paternels et maternels sont l’expression de la loi morale et de la loi civile.
Exercices. Pour quels motifs devons-nous obéir à nos parents ? — Qu’est-ce que l’intérêt personnel ? — Montrer la nécessité de l’obéissance ail-
leurs que dans la famille, dans une armée, par exemple, où la désobéissance conduit à l’indiscipline et l’indiscipline à la défaite.
L’enfant turbulent : Récit.
(Imité de M*"® Pape- Carpantier.)
Il y avait une fois un enfant qui s’appelait Hans Bader. Il était turbulent, désobéissant et ne pouvait tenir en place. Au lieu de se rendre à l’école, il allait courir dans les champs. Il grimpait sur les arbres comme un écureuil, et le soir, quand il rentrait à la maison, ses vêtements étaient en larnbeaux. Il était si vif, si agile que son père disait : « Evidemment mon fils est venu au monde un jour de tremblement de terre! » Sa mère passait sa vie à raccommoder ses habits.
LA FAMILLE ET L'ÉCOLE
Le père, qui était cordonnier de son état, s’imagina alors de lui faire un pantalon de cuir.
Le petit Hans fut un peu déconcerté au premier abord de son nouveau costume, qui manquait de souplesse. Mais bien que géné dans ses mouvements, il reprit bien vite ses habitudes de dissipation.
Un jour, son père l’avait envoyé au village voisin chercher un outil : mais au lieu de s’y rendre, Hans alla se promener sur les bords de la rivière. Il y trouva des ouvriers qui étaient en train de rouir du chanvre; Aussitôt, avec son étourderie habituelle, Hans se jette à l’eau pour les aider, malgré les ouvriers qui le lui défendaient.
Au bout de quelques minutes, Hans fatigué sortit de l’eau et s’aperçut que son pantalon était mouillé jusqu’à la ceinture.
Il fallut songer à le faire sécher. Hans le suspendit à un arbre et attendit.
Mais quand il voulut le reprendre, grande fut sa surprise, le cuir s’était raccourci en séchant; impossible d’entrer dans le pantalon !...
Force lui fut de rentrer en ville et de parcourir de longues rues, sans pantalon. Vous jugez des plaisanteries que l’on fit sur lui et aussi de la colère de ses parents.
Mais la leçon le corrigea. On lui rendit ses habits de drap qu’il ménagea désormais. Il fut assidu à l’école, devint un écolier modèle, et, lorsqu’il eut l’âge, il se fit militaire, ce qui prouve bien qu’il était tout à fait converti à l’obéissance.
Résumé. L’indocilité, qui n’est que l’habitude de la désobéissance, a toujours de funestes conséquences. Tôt ou tard les enfants indociles se repentiront, et diront avec regret: << Ah ! si j’avais écouté les conseils de mes parents quand j’étais petit ! »
DEVOIRS DE l’enfant ENVERS LA FAMILLE
Exercices. Qu’arrive-t-il aux enfants indociles ? — Quelles sont les conséquences de la désobéissance? — Donner d’autres exemples des funestes ef-
fets de l’indocilité. — Montrer que Penfant désobéissant n’en est pas toujours quitte pour une mésaventure ridicule comme celle de Hans Bader.
Ce que doit être Tobéissance filiale.
L’obéissance filiale doit s'étendre à font : aux plus petites choses comme, aux plus grandes. C’est par votre promptitude à vous acquitter des plus petites tâches qui vous sont imposées, comme d’aller chercher l’outil dont votre père a besoin, par votre ponctualité à respecter les heures fixées pour le sommeil, pour le travail, pour les repas, que vous vous habituerez à obéir pour des affaires plus importantes ; par exemple, si votre père vous ordonne de ne plus fréquenter un camarade dont il juge la société dangereuse pour vous.
L’obéissance filiale doit être absolue, c’est-à-dire que l’enfant doit obéir, sans discuter, sans raisonner, aux ordres de son père et de sa mère . Pourquoi ? Parce que ce sont les ordres de son père et de sa mère. Il v a des enfants qui veulent savoir la raison de tout ce qu’on leur ordonne. Mais ils ne la comprendraient pas toujours si on la leur disait; qu’ils obéissent donc quoiqu’on ne la leur dise pas. D’ailleurs obéir, c’est se soumettre aveuglément à l’autorité de ses parents. Faire une chose parce qu’on la juge raisonnable et utile, ce n’est plus obéir, c’est se gouverner soi-même d’après sa raison.
Enfin, l’obéissance filiale doit être une obéissance volontaire, non une servitude passive. Le chien que l’on menace du bâton obéit parce qu’il a peur. L’enfant
LA FAMILLE ET L’ÉCOLE
indiscipliné obéit en murmurant, parce qu’il y est con traint. L’enfant vraiment docile a plaisir à obéir, parce qu’il a confiance dans la volonté de ses parents. Sa soumission n’est pas seulement une soumission extérieure du geste et de la parole : c’est une soumission du cœur II s’incline avec joie devant ses parents, parce qu’il sait qu’ils sont supérieurs à lui et que leur autorité est légitime.
Résumé. L’enfant doit obéir à ses parents en toutes choses : il n’y a pas de désobéissance permise, quelque légère qu’elle soit. Il doit obéir même aux ordres dont il ne comprend pas la raison. Enfin, il doit obéir non pas seulement en apparence, mais de toute son âme, sans murmure et sans résistance.
Exercices, Montrer par des exemples que Tentant n’est pas capable de contrôler les ordres de ses parents. — Faire comprendre la différence entre Tobéissance passive fondée sur la
contrainte et Tobéissance volontaire, qui dérive de la confiance et de T'amour. — Il est.écrit de Jésus -Christ dans TÉvangile qu’il était * soumis à ses parents . .
Le devoir de respect.
Il y a cette différence entre le devoir de respect et le devoir d’obéissance que le premier dure et reste le même pendant toute la vie, tandis que le second diminue graduellement à mesure que l’enfant grandit et devient capable de se diriger lui-même.
Quand vous aurez atteint votre majorité que la loi fixe à Tàge de vingt et un ans, quand vous serez en état d’accomplir tous les actes de la vie civile, surtout quand vous serez devenus à votre tour des chefs de famille, vos parents ne vous donneront plus d’ordres;
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mais votre devoir sera encore de leur demander des conseils et de les écouter avec déférence et respect.
Le respect en général, c’est le sentiment que l’on a de son infériorité. Or, quelle que soit votre condition, vous serez toujours les inférieurs de vos parents. Ils sont vos supérieurs par leur expérience, par leur âge, surtout par les bienfaits dont ils vous ont comblés.
Ce respect que vous leur devez, vous le témoignerez par vos actions, par vos paroles, par votre attitude. On a abusé du respect autrefois; on le comprenait mal, quand on exigeait de l’enfant qu’il appelât son père Monsieur ou même Monseigneur, Les courtisans, alors qu’il J avait des courtisans et un roi, disaient au roi : a Votre Majesté, Sire. » Les enfants disaient à leur mère : « Votre grâce. Madame. » Il n’est plus question aujourd’hui d’imposer, sous prétexte de respect, ces formules de politesse excessive et affectée.
Mais il faut se défier du défaut contraire. De notre temps on abuse de la familiarité ; on traite ses parents comme des camarades ; on leur parle sans façon ; on s’assied quand ils sont debout ; on discute librement avec eux comme avec des égaux.
Ces excès de familiarité sont mauvais, parce qu’ils sont des manques de respect et même de politesse. Vous êtes poli avec des étrangers : combien, à plus forte raison, devez-vous l’être avec vos parents?
Les mauvaises manières annoncent de mauvais sentiments ou les préparent. La journée n’est bien commencée et bien finie pour l’enfant que s’il a salué poliment et affectueusement ses parents.
Résumé. Le respect est l’aveu que l’on fait de son infériorité et se manifeste par les actes, par les paroles qui conviennent vis-à-vis d’un supérieur. Or les enfants sont toujours les inférieurs de leurs parents. Ils doivent donc par leur attitude, par leurs manières, témoigner qu’ils honorent leur père et leur mère.
LA FAMILLE ET L’ÉGOLE
Exercices. Pourquoi dans certaines familles est-il encore d’usage que les enfants disent vous a leurs parents ? — Pourquoi est-il permis de croire que le tutoiement vaut mieux? — Montaigne s’étonnait déjà au xvr si^le de Pusage qui régnait alors de dire vous à son père :
* Les hommes, disait-il, sont bien singuliers, ils disent vous et Monsieur à leur père ; ils disent tu et mon père à Dieu. »
— Commenter l’article 371 du Code civil : * L’enfant à tout âge doit honneur et respect à ses père et guère. »
Le devoir de reconnaissance.
La reconnaissance suppose à la fois des sentiments et des actions. Etre reconnaissant, c’est d’abord garder un souvenir fidèle et bienveillant des bienfaits qu’on a reçus. Etre reconnaissant, c’est ensuite agir de façon à nous acquitter envers nos bienfaiteurs.
Dans le premier cas, la reconnaissance n’est qu’un sentiment du cœur. On l’appelle la gratitude. Il n’est personne qui ne soit capable d'être reconnaissant de cette manière. Mais dès qu’on le peut, U faut y joindre la reconnaissance effective qui se manifeste par des actes.
Vos parents étant les premiers de vos bienfaiteurs, c’est à eux que vous devez la plus grande reconnaissance.
En les aimant, en leur obéissant, en les respectant, vous aurez déjà accompli en partie votre devoir de reconnaissance. Mais pour aller jusqu’au bout de votre devoir, vous vous efforcerez, dans la mesure de vos forces, de leur rendre des services équivalents à ceux qu’ils vous ont rendus. Vos parents vous ont soignés quand vous étiez malades : vous les soignerez vous aussi quand l’âge aura altéré leur santé. Vos parents vous ont nourris, quand vous étiez incapables de vous