DEVOIRS DE L'ENFANT ENVERS LA FAMILLE
suffire à vous-mêmes : si par malheur ils tombent dans la misère, ce sera votre tour de les nourrir.
Vous ferez plus encore : vous ne vous contenterez pas de leur rendre ce que vous avez reçu d’eux. Vous essaierez, s’il est possible, de dépasser la mesure de leurs bienfaits. Vous vous dévouerez pour eux : vous serez prêts, pour les servir, à tous les sacrifices.
Si la reconnaissance est la plus belle des vertus, l’in-^ gratitude est le plus méprisable de tous les vices. Le fils ingrat a toujours été regardé comme un monstre. A Athènes, le fils qui était coupable d’ingratitude, qui par exemple avait osé citer son père devant les tribu-^ naux, était exclu de certaines charges. A Athènes encore, l’enfant qui avait levé la main sur ses parents était condamné à avoir le poing coupé. Il n’y avait pas de loi portée contre le parricide, parce qu’on ne croyait pas qu’un tel crime fût possible.
Résumé. La reconnaissance suppose à la fois des sentiments de bienveillance et d’amour pour ceux dont on est l’obligé, et une série d’actions par lesquelles on s’efforce de rendre à ses bienfaiteurs des services au moins équivalents, et, si l’on peut, supérieurs à ceux que l’on a reçus
d’eux. Nos parents étant nos eux surtout que nous devons
Exercices. Que doit-on penser des enfants qui oublient ce qu’ils doivent à leurs parents 'sous prétexte qu’ils n^ont plus besoin d’eux, et qu’ils sont dans une position supérieure à celle de leurs parents ? — La meilleure manière de témoigner sa reconnaissance à ses parents, c’est de se bien conduire. — Il est impossible à l’obligé de s’ac-
premiers bienfaiteurs, c’est à notre reconnaissance.
quitter complètement des bienfaits qu’il a reçus ; car le bienfaiteur a toujours le mérite d’avoir commencé. — La reconnaissance des enfants doit s’étendre par delà les parents jusqu’aux ancêtres qu’on ne connaît pas, mais qui ont contribué eux aussi par leur travail à établir la famille à laquelle on appartient.
LA FAMILLE ET L ECOLE
Le dévouement filial : Récits.
1. — Un Romain du temps de la République, le vieil Appius, venait d’étre proscrit à la suite des discordes civiles qui agitaient Rome. L’arrêt de proscription portait que les bannis, sous peine de mort, eussent à quitter la ville dans un délai de quelques heures.
Mais le vieil Appius était infirme. Tous ses amis l’avaient abandonné. Comment s’enfuir?
Le vieil Appius se résignait à mourir.
C’est alors que son fils accourut et lui dit : « Mon père, puisque vous ne pouvez marcher, c’est moi qui vous porterai dans mes bras, comme jadis, quand j’étais enfant, vous me portiez dans les vôtres. ^
Et en effet, malgré les résistances de son père, malgré sa propre faiblesse, l’enfant se chargea du lourd et précieux fardeau. Et l’on vit dans les rues de Rome marcher précipitamment ce fils qui emportait son père. ..
L’heure avançait, les portes de la ville étaient encore loin : il fallut courir. L’enfant courut. L’amour filial lui donnait des ailes.
Enfin, on arriva au terme du voyage. Le fils d’Appius tomba évanoui, épuisé, Mais que lui importait? 11 avait sauvé son père.
2. — Une jeune fille avait perdu son père- : il ne lui restait plus que sa mère, et sa mère devint folle. On l’enferma dans un de ces asiles où la charité publique recueille les tous, à la Salpêtrière, à Paris.
La jeune fille avait quelque aisance. Elle aurait pu rester libre, vivre heureuse. Mais pouvait-elle l’être loin de sa mère?