DEVOIRS DE L’ENFANT ENVERS LA FAMILLE
Non, Elle sollicita d’entrer comme surveillante dans la triste maison où sa mère entrait comme malade. Elle l’obtint, et pour ne pas quitter sa mère, pour continuer à lui donner ses soins, elle dit sans se plaindre adieu à la liberté. Elle s’enferma sans regret avec les fous et les folles.
Pendant vingt-sept ans elle a vécu ainsi, prodig;uant ses secours à sa pauvre mère qui n’avait même plus assez d’intelligence pour reconnaître sa tille.
Cette jeune tille s’appelle Léontine Nicolle, et l’Académie française lui a décerné, en 1879, un des prix de vertu qu’elle distribue tous les ans. Mais elle avait déjà trouvé dans sa conscience et dans son cœur une récompense meilleure encore, celle qui ne manque jamais : le plaisir d’avoir fait du bien à ceux que l’on aime.
Résumé. Le dévouement filial consiste à exposer sa santé, et au besoin sa vie, pour le service de ses parents-
Exercices. Citer d’autres traits de dévouement ou d’amour filial : par exemple, l'histoire légendaire du fils de Crésus, qui était muet, et qui,
voyant qu’un soldat allait tuer son père, retrouva la parole et cria ; * Soldat, ne tue pas Grésus », etc.
Les frères et les sœurs.
Vous cherchez quelquefois bien loin, mes enfants, les moyens de plaire à vos parents. Il y en a un qui est bien simple et tout à votre portée : c’est de faire du bien à vos frères et à vos sœurs. En effet, un père et une mère regardent comme fait à eux-mêmes le bien qu’on fait à leurs enfants.
Vous aimerez donc vos frères et vos sœurs, parce
LA FAMILLE ET L’ÉCOLE
que vous êtes de bons fils : mais vous les aimerez aussi parce que vous voulez être de bons frères.
Vos frères ont les mêmes affections que vous ; ils aiment la même maison, le même pays, le même père et la même mère que vous. Quand on aime les mêmes personnes et les mêmes choses, comment ne pas s’aimer mutuellement?
Il n’y a donc rien de plus naturel et de plus doux que Tamour fraternel, qui nait dès le berceau et qui grandit avec les années. Mais il n’y a rien non plus de plus utile et de plus précieux.
Si vos frères vous aiment, ils vous aideront, ils vous assisteront dans vos besoins, ils vous consoleront dans vos chagrins. Si vous les aimez, ils doubleront vos joies en les partageant. Méritez donc leur amitié, en leur donnant la vôtre, et surtout conservez-la.
Ce qui pourrait troubler votre affection mutuelle, ce serait votre égoïsme, si vous ne saviez pas obliger vos frères quand ils ont besoin de vous ; votre impatience, si vous n’étiez pas indulgents pour leurs défauts; votre jalousie surtout, si vous aviez l’esprit assez mal fait pour vous irriter de leurs avantages. Réjouissez-vous au contraire de ce qui leur arrive de bien, et prenez votre part de leur bonheur.
Résumé. Il suffirait déjà pour que nous aimions nos frères de penser qu’en les aimant nous sommes agréables à nos parents. Mais il faut les aimer aussi parce qu’ils sont issus du même sang que nous, parce qu’ils portent le même nom que nous, parce que nous leur sommes unis par les liens les plus étroits. Un bon frère doit éviter i’égoïsme, l’impatience et la jalousie.
Exercices. Quels sont les devoirs particuliers du frère aîné?
— du frère cadet? — C’est au plus jeune à faire les avances auprès de Paîné. — Quelles sont les obligations du frère aîné quand, par la mort du père
et de la mère, la famille est privée de ses chefs ? — Un frère est un ami donné par la nature.
— N’offensez jamais votre frère, et s’il vous a offensé lui-même, pardonnez-lui.
DEVOIRS DE l’enfant ENVERS LA FAMILLE 29
L’amour fraternel : Parabole.
(Imité de Franklin.)
1. En ce temps-là, il n’y avait pas de forgerons dans tous les villages^ mais des marchands étrangers passèrent, portant des outils de fer, et Ruben leur acheta une cognée.
2. Et ses frères Siméon, Lévi et Juda vinrent trouver Ruben, en le suppliant de leur prêter sa cognée. Mais Ruben refusa et ne voulut pas.
3. Or il arriva que Ruben coupa du bois sur le bord •de la rivière et que sa cognée tomba dans beau sans qu’il pût la retrouver.
4. Mais Siméon, Lévi et Juda avaient reçu eux aussi les marchands étrangers et ils avaient acheté chacun une cognée.
5. Alors Ruben vint à Siméon et lui dit : « Vois, mon ouvrage n’est pas terminé : j’ai perdu ma cognée. Prête-moi la tienne, je te prie. »
6. Et Siméon répondit : « Tu n’as pas voulu me prêter ta cognée ; je ne te prêterai pas la mienne. »
7. Et alors Ruben alla trouver Lévi et lui fit la même prière.
8. Et Lévi le reçut avec des reproches en disant : « Tu n’as pas voulu me prêter ta cognée; mais je serai meilleur que toi et je te prêterai la mienne. »
9. Et Ruben, humilié par les réprimandes de Lévi, s’en retourna sans prendre la cognée que Lévi lui offrait, et il alla chercher son frère Juda.
10. Et comme il s’approchait, Juda vit son chagrin et sa honte, et avant qu’il eût ouvert la bouche, il dit
LA FAMILLE ET L’ÉCOLE
à Ruben : « Mon frère, je sais que tu as perdu la cognée. Mais pourquoi t’affliger ? Est-ce que je n’ai pas une cognée qui peut servir à toi comme à moi. Prends la, je te prie, et uses-en comme si elle était tienne. »
11. Et Ruben se jeta au cou de Juda et l’emb^'assa en pleurant : u Ta complaisance est grande, mais ta 'bonté, en me pardonnant, est plus grande encore. Tu es vraiment mon frère, et tant que je vivrai, je t’aimerai. »
12. Et Juda ajouta: « Aimons aussi nos autres frères : ne sommes-nous pas tous du même sang? »
Résumé. Le devoir d’un frère est d’obliger ses frèreiS toutes les fois qu’il le peut. Quand un frère a manqué à ce devoir, il faut qu’il se repente et ses frères lui pardonneront.
Exercices. Pourquoi la conduite de Siméou et même la conduite de Lévi envers leur frère Ruben laissaient-elles à désirer.* — Pourquoi au contraire la conduite de Juda est-
elle l’idéal de l’amitié fraternelle? — Le plus sage des deux frères cède le premier, même quand il pense avoir raison.