CHAPITRE III
l’école.
Ce qu’est l’ecole aujourd’hui
Georges avait beaucoup réfléchi aux leçons du maître sur la famille. Aussi sa mère remarquait qu’il
l'écolé
devenait tous les jours plus docile et plus prévenant. Depuis qu’il connaissait ses devoirs de fils et de frère, il avait appris à les mieux pratiquer.
Mais en classe sa conduite laissait encore à désirer. Il n’était pas, de beaucoup s’en fallait, un écolier parfait. Il trouvait le chemin long pour arriver à l’école. Il s’impatientait pour les petites punitions que le maître lui infligeait. Enfin, il s’irritait sans cesse des difficultés de l’étude.
— « Eh ! quoi, lui dit le maître, vous vous plaignez parce que vous avez 2 ou 3 kilomètres à faire chaque matin? Qu’auriez-vous dit, si vous étiez né cinquante ans plus tôt, alors qu'il n’y avait qu’une école par quinze ou vingt villages, et que, pour se rendre en classe, l’enfant faisait chaque jour plusieurs lieues, presque un voyage 1 Et pour arriver à quelle école? Une misérable échoppe le plus souvent, qui, après le départ des écoliers, servait de cuisine à l’instituteur ou de cabaret aux oisifs du village.
Aujourd’hui, sans être encore aussi belle que nous le voudrions et qu’elle le sera un jour, votre salle d’école est du moins propre et bien tenue : vous y avez de l’air, de l’espace, de la lumière. Les murs n’y sont pas sans doute recouverts de brillantes tapisseries; mais, ce qui vaut mieux, vous y voyez suspendues de tous côtés des cartes murales, et vous instruisez vos mémoires tout en y promenant vos yeux.
Vous vous plaignez, parce que je vous adresse parfois des remontrances, parce que je vous inflige quelques punitions légères, comme de vous retenir un peu plus longtemps en classe? Comme tout cela eût paru doux aux écoliers d’autrefois? On ne se contentait pas alors de quelques paroles sévères, ou de quelques retenues. On avait recours aux châtiments corporels : les verges, les férules étaient en honneur, et l’on fouettait les écoliers, comme les anciens fouettaient leurs esclaves.
LA FAMILLE ET l/ÉCOLE
Tout est en progrès dans l’école : l’école ello-même, qui est plus spacieuse, plus aérée ; la cliscipline, qui est plus douce ; l’instituteur qui est plus instruit. Avant la loi de 1833, qui a réalisé tant de progrès pour l’instruction primaire quoiqu’elle en ait laissé beaucoup d’autres à faire, il n'était pas rare de rencontrer des instituteurs qui savaient à peine lire etécrire. Le maître d’école, pour gagner de quoi vivre, se voyait forcé d’avoir un autre métier : il était souvent laboureur, «cabaretier, sabotier , en mémo temps qu’instituteur. L’école n’était guère qu’une salle d’asile, où l’on gardait les enfants sans s’inquiéter de les instruire.
Ce qui a surtout progressé, ce qui progressera encore, c’est la nature de vos études. Autrefois, dans les écoles primaires, on enseignait tout au plus à lire et à écrire, et à lire en latin, c’est-à-dire dans une langue inintelligible pour tous les enfants et inutile pour la plupart des hommes. Déchiffrer les vieux manuscrits était la suprême science de l’instituteur.
Aujourd’hui, on ne vous enseigne que des choses utiles et nécessaires : l’arithmétique, qui vous permettra de régler vous-mêmes vos comptes et qui sait? de vous enrichir peut-être; l’histoire et la géographie, surtout l’histoire de France, qui vous apprend où vous vivez, quelle place votre pays occupe dans le monde. On vous enseigne la morale, pour que vous soj^ez de braves .gens; on vous exerce à la gymnastique, pour que vous vous portiez bien et que vos corps soient robustes.
Comment pourriez-vous dédaigner des études et des ^exercices, dont vous retirerez de si grands fruits, qui dès à présent développent votre intelligence et votre force physique, qui plus tard accroîtront votre bienêtre, votre b )nlieur et votre vertu? »
Georges écoutait attentivement et paraissait convaincu. Mais une chose le troublait toujours. Pourquoi donc, pensait-il, est-il si pénible d’acquérir des connais-
l'école
sances qui nous sont nécessaires et qui nous seront ut jour si utiles?
— « Demandez à votre frère aîné, reprit le maître, s’il ne prend pas lui aussi beaucoup de peine pour semer son blé en automne, pour le récolter en été? Mais aussi quelle joie n’est pas la sienne quand, la moisson finie, il empile ses sacs de blé qu’il va ensuite échanger contre de beaux écus à la foire voisine! De même, vous vous réjouirez plus tard, quand, devenus des hommes, vous recueillerez les fruits de votre travail d’écolier. Il •est toujours pénible de semer, mais il est doux de récolter. »
Résumé. Les écoles se sont multipliées et se multiplient ^ous les jours. 11 n’y a plus en France qu’une centaine de communes qui n’aient pas d’école; en 1834,21,089 communes n’avaient aucun local affecté à l’enseignement primaire. Les instituteurs sont plus instruits qu’autrefois. Ils enseignent plus de choses à leurs élèves et ils ne leur enseignent que des choses nécessaires et utiles. L’école est mieux tenue et plus grande La discipline y est plus douce.
Exercices. A quoi sert de savoir lire? — de savoir écrire? — Y a-t-il longtemps que l’on comprend la nécessité de l’instruction pour tous les hommes ? — Pourquoi est-il bon qu’il y ait des
écoles dans tous les villages? — Quelles sont les choses qu’il est le plus nécessaire d’apprendre?
— Pourquoi est-il plus agréable d’aller à l’école aujourd’hui qu’il ne l’était autrefois ?
L'instruction et Téducation.
Georges trouvait encore un peu longues les heures de classe, mais il s’exhortait lui-même à la patience en se représentant le prix, l’utilité de l’instruction. Travaillons maintenant, pensait-il, pour ne pas me repentir plus tard d’avoir perdu mon temps. Quand
LA FAMILLE ET L ÉCCLE
je serai grand, ce ne sera plus le moment alors d'étudier et d’epprendre, mais d’user de ce que j’aurai appris. Il lui semblait qu’une fois instruit il pourrait .arriver à tout.
Aussi ce ne fut pas sans étonnement qu’il entendit raconter dans le village que le jeune Arthur, le (ils tVun des gros propriétaires de Tendroit, après avoir fait d’excellentes études à Paris, était en train de mal tourner, et que ses parents avaient été obligés de le rappeler auprès d’eux, pour l’empêcher de faire des sottises. « Gomment cela est-il possible, pensait-il? Les études ne suffisent donc pas pour faire un honnête homme ? »
C’est alors que le maître lui apprit la différence de l’instruction et de l’éducation : — Sans doute, dit-il, l’instruction est un trésor et le plus grand de tous, le seul qu’on ne puisse enlever à ceux qui le possèdent, mais il ne suffit pas d’avoir un trésor à sa disposition, il faut encore savoir en user, et c’est l’éducation qui apprend cela.
L’éducation transmet de bons sentiments, habitue aux bonnes mœurs, forme le cœur et le caractère. L’instruction s’adresse à l’intelligence, elle communique des connaissances et n’agit qu’indireclement sur le cœur elle caractère.
Quand je vous apprends que Napoléon 1®*“ a régné de 1804 à 1815, je travaille à votre instruction, mais quand je vous montre que Napoléon P** a été un ambitieux, un égoïste, qui, pour la satisfaction de sa vanité, a fait périr des millions d’hommes, je travaille à votre éducation.
Les exemples et les conseils de vos parents, les sentiments religieux qu’ils vous inspirent, les leçons de morale que vous recevez ici, tout cela contribue à votre éducation. Vous y travaillerez vous-mêmes par l’effort de votre volonté : c’est ce qu’on appelle l’édu-