CHAPITRE PREMIER
LA SOCIÉTÉ EN GÉNÉRAL
Ce qu’il faut apprendre pour devenir un citoyen.
Georges allait tous les jours de la maison à l’école et de l’école à la maison, heureux de savoir ce qu’il avait à faire, là comme écolier, ici comme fils et comme frère, La maison et l’école étaient les deux termes de sa petite existence. Et s’il avait plus de plaisir encore, comme il est naturel, à penser le soir, en pliant ses cahiers : « Je vais à la maison », c’était sans ennui cependant que chaque matin, en cherchant ses livres, il se disait : « Je vais à l’école. »
Il savait en effet qu’il lui restait beaucoup à apprendre pour devenir un homme et un citoyen. 11 so sentait bien ignorant encore, et il commençait à comprendre que toute ignorance est un mal, une infirmité.
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que toute connaissance au contraire est une source de force, de richesse et de plaisir ; que Tignorant est comme un malade qui n’a pas l’usage de ses membres, tandis que l’homme instruit ressemble à un bon ouvrier qui possède tous les outils dont il a besoin.
Sans être bien longue, la rue qui le conduisait à l’école, et qui formait la majeure partie du village, comptait une centaine de maisons. Pourquoi ces maisons s’étaient-elles ainsi groupées, pourquoi ces familles étaientelles devenues voisines, tandis que la ferme de ses parents restait isolée dans la campagne ? C'est ce que Georges aurait bien voulu savoir. On lui avait raconté l’histoire de la création du monde, mais il eût pris au moins autant d’intérêt à l’histoire de la création de son village.
Ce qui l’étonnait aussi, c’était de rencontrer sur sa route tant de boutiques diverses, chacune avec son enseigne. Pourquoi cette diversité de métiers? Il avait lu dans l’Histoire sainte le récit de la conslruction de la Tour de Babel et de la multiplication des langues. Esl-ce que la multiplication des professions datait d’une autie Tour de Babel ?
Chaque matin, il passait devant la porte de la mairie qui était voisine de l’école, et plus d’une fois il avait entendu des gens très affairés dire tout haut qu’ils avaient besoin de voir M. le Maire. Georges savait un peu ce qu’étaient autrefois il y a bien longtemps, les juges d’Israël, mais il ignorait ce qu’était M. le Maire qu’il voyait tous les jours.
Une fois il vit passer dans le village un régiment qui se rendait à la ville voisine. Tous les habitants étaient sur leurs portes, regardant, non sans fierté, ce beau régiment qui défilait. Quand le porte-drapeau arrivait devant eux, ils criaient tous : « Vive la France ! Vive la République ! » Georges cria comme les autres, mais, quand il eut crié, il réfléchit qu’il ne savait pas trop
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bien ce que c’était que la France et la République.
Un matin enfin, il vit des ouvriers qui plaçaient sur la porte de la mairie un drapeau tout neuf, un drapeau tricolore, tandis que d’autres achevaient de peindre audessous, en gros caractères, ces trois mots . Liberté^ EgaJitéj Fraternité, Beaucoup de gens s’étaient rassemblés pour voir travailler les ouvriers ; ils paraissaient tous joyeux et émus. Georges se mêla à eux avec quelques-uns de ses camarades, et son petit cœur tressaillait, il ne savait pourquoi.
L’instituteur se trouvait précisément sur le seuil de l’école le jour où Georges et ses camarades regardaient de tous leurs yeux le drapeau de la mairie et la devise républicaine. Il devina l’émotion et la curiosité de ses élèves, et quand ils s’approchèrent il leur dit : « Vous voudriez bien savoir, mes enfants, ce que signifie c? drapeau, symbole de la patrie, qu’on arbore jusqu dans les plus petites communes de France, ce que signifient ces trois mots. Liberté ^ Égalité^ Fraternité, qu’il faut inscrire dans vos cœurs, comme on les inscrit en ce moment sur les murs de notre mairie? Eh! bien, j’essaierai de vous l’apprendre, et nous commencerons dès demain. Mais il ne faudra pas vous effrayer si la route est un peu longue : quand vous serez arrivés au bout, vous serez des hommes et des citoyens. »
Résumé. Quand on sait ce qu’est la famille et ce qu’est l’école, il faut apprendre ce qu’est la société et ce qu’est la patrie. Il est certainement aussi intéressant et aussi utile de savoir comment s’èst formé le village ou la ville que nous habitons que de connaître l’histoire de la création du monde. Mieux vaut encore se rendre compte des attributions du maire de sa commune, que savoir qu’il y a eu des consuls à Rome. Dès qu’il est un peu grand, l’enfant doit' être curieux de comprendre ce qu’on appelle la France et la République, ce que signifie le drapeau tricolore qui est le symbole de la France, ce que signifient les trois mots : Liberté^ Égalité, Fraternité, qui sont la devise de la République
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Exercices. Que doit être l’enfant ? un bon fils, un bon frère, un bon écolier. — Que veut-il devenir ? un homme at un citoyen. — Que faut-il
apprendre pour devenir un homme et un citoyen ? — Quel est le symbole de la France t — Quelle est la devise de \»
République?
L’école, première image de la société.
La première chose qu’il soit nécessaire de comprendre, mes enfants, c’est ce qu’on appelle la société,, l’état social. Pour cela, il vous suffira de réfléchir sur votre vie scolaire. L’école est la première image de la vie sociale.
Yous êtes tous réunis ici pour atteindre un but commun, qui est de vous instruire. De même dans la grande société humaine, on se groupe, on joint ses efforts, pour atteindre différentes fins, pour se défendre contre les envahisseurs étrangers, contre les malfaiteurs du dedans ; pour s’assurer toutes les choses nécessaires à la vie : le logement, les vêtements, la nou/riture.
Dans la société, on choisit un chef qui guide les autres ; on le choisit parce qu’il est le plus intelligent, le plus vertueux, le plus expérimenté. Ici, de même, vous avez un chef, votre instituteur, qui est chargé de vous diriger, parce qu’il est plus instruit que vous.
Dans la société, on s’assiste mutuellement : la vie sociale n’est, à vrai dire, qu’un échange de services. Dans l’école aussi vous vous aidez sans cesse les uns lesautres. Si Paul a perdu sa plume ou l’a brisée, Pierre,, qui en a toute une boîte, ne demande pas mieux que d’en prêter une à Paul, qui la lui rendra un autre jour. Si Jacques, qui d’ailleurs se porte si bien, venait à tomber malade pendant la classe, Jean, son voisin, se ferait un plaisir de le reconduire jusque chez lui en lui don-
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nant le bras. Voilà des exemples de services matériels, mais vous vous rendez aussi, les uns aux autres, des services intellectuels. Quand je pose une question et que la plupart d’entre vous ne savent pas répondre, Georges, qui est plus avancé et plus laborieux, prend la parole et répond, et vous profitez tous de son savoir.
Entre la grande société humaine et votre petite société scolaire, il n’j a guère qu’une différence : c’est ^ qu’ici vous faites tous la même chose ; vous êtes tous des écoliers ; vous n’avez qu’un but, qui est d’apprendre. Dans la société, il y a une multitude de métiers différents, parce qu’il y a un grand nombra de fins à atteindre. Les. uns labourent la terre, les autres bâtissent des maisons, fabriquent des vêtements, d’autres sont soldats, magistrats, professeurs.
Voyez ce qui peut vous arriver à vous mêmes dans certains cas : supposez que tout à l’heure, en sortant de classe, le petit cheval qui, chaque jour, amène Mathurin à l’école depuis que Mathurin s’est cassé la jambe, s’emporte et renverse sa carriole. Vous vous empresserez tous pour secourir votre camarade. Le plus intrépide sautera à la tête du cheval, et le retiendra ; les plus vigoureux relèveront la voiture. Chacun enfin, dans cette petite société improvisée, agira selon ses aptitudes et ses forces.
L’école est donc la première image de la société, comme la famille, je vous le montrerai plus tard, est la première image de la patrie.
dÉsuMÉ. La vie scolaire est en petit l’image de la vie sociale. A l’école, les élèves sont assemblés afin de poursuivre un but commun, qui est de s’instruire : dans la société, les hommes sont réunis pour atteindre différentes fins, la sécurité, le bien-être de tous. A l’école, les élèves ont un maître : dans la société, les hommes ont différents chefs selon les entreprises auxquelles ils se livrent. Enfin, à l’école comme dans la société, on s’aide, on s'assiste mutuellement ; on échange constamment des services.
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Exercices. Quels sont les services qu’un écolier peut rendre à un autre écolier? — Quelle ressemblance y a-t-il entre la 1
société scolaire et la grande société humaine ? — Où est la différence ? — Les hommes vivent-ils partout en société ?
Les bienfaits de la société.
L’homme est naturellement un être sociable. Il vit et a toujours vécu en société. Les sauvages eux-mémes forment des commencements de société, des tribus. Il n’y a pas jusqu’aux animaux qui ne se réunissent parfois par bandes et par troupes.
On a quelquefois rencontré des hommes qui vivaient dans les forêts. Ces hommes ne donnaient aucune marque de raison. Ils marchaient sur les pieds et sur les mains. Ils n’avaient aucun langage. Ils poussaient des cris inarticulés qui ressemblaient à ceux des animaux.
Telle serait la condition des hommes, s’ils voulaient se passer du secours de leurs semblables : ou bien ils périraient, ou bien ils mèneraient une vie misérable. C’est seulement dans la société et par elle que l’homme peut développer ses facultés physiques et ses facultés morales.
Comment énumérer d’abord tous les avantages matériels que nous devons à la société ? Supposez que le laboureur vienne vous dire : « Je ne veux plus travailler la terre », que le boulanger détruise son four et ne fasse plus cuire de pain ; que le tisserand et le tailleur vous disent : a Faites vos habits vous-mêmes » ; supposez enfin que tous les ouvriers qui travaillent, que tous les industriels qui fabriquent, que tous les commerçants qui vendent, suspendent leur travail et leur industrie, et vous laissent le soin de vous tirer d’affaire
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vous-mêmes... Que deviendriez-vous? Il ne vous serait même plus possible de vivre.
Mais les avantages intellectuels dont vous êtes redevables à la société ne sont pas moins importants. Sans la conversation des autres hommes, qu’auriez-vôus pu apprendre par vous-mêmes? C’est de ceux qui sont plus instruits ou plus âgés que vous tenez votre science. Sans la société, vous n’auriez ni livres, ni maîtres : votre éducation serait impossible. Votre intelligence resterait stérile comme un champ qu’on ne cultive pas.
Ajoutez à cela que la vie sociale n’est pas seulement une nécessité ; en dehors des secours qu’elle nous procure, elle est un plaisir dont on ne peut se passer. Il n’y a pas de punition plus terrible que la prison cellulaire, qui supprime tout rapport entre le prisonnier et les autres hommes.
Résumé. La vie sociale est naturelle à l’homme ; car on a toujours vu les hommes, même à l’état sauvage, se réunir en société. Les animaux, eux aussi, nous donnent parfois l’exemple de la vie commune. Les hommes qui, par suite de circonstances extraordinaires, ont été isolés de la société, ou bien ont péri, ou bien ont mené une existence misérable. La société assure à l’homme une multitude d’avantages matériels ou intellectuels. En dehors de la société, l’homme ne peut développer ni ses facultés physiques ni ses facultés morales. Enfin, la société des hommes, à part son utilité, est un plaisir dont on ne peut se passer.
Exercices. Pourquoi l’Écriture a-telle dit : « Malheur à celui qui est seul? » — Pourquoi a-t-on pu dire que, pour vivre en dehors de la société, l’homme devait être une bête ou un dieu? — Que deviendrait un homme ieté dans la solitude? —
Que deviendrait l’habitant des villes si le laboureur ne cultivait pas les champs où pousse le blé dont il fait son pain ? — Que deviendrait, à son tour, le laboureur si l’ouvrier des villes cessait de fabriquer le drap dont il fait ses vêtements?
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Robinson Crusoé.
Le maître avait raconté à ses élèves Tliistoire do Robinson Crusoé, de cet homme industrieux qui, jeté par un naufrage sur une île déserte, parvient à y vivre? pendant vingt ans, grâce aux inépuisables ressources de son travail et de son habileté. Le récit fini, Georges ^ avec sa témérité habituelle, ne put se retenir de dire que cette histoire était en contradiction avec tout ce que le maître avait dit de la nécessité de la société. L’aventure de Robinson Crusoé prouvait, selon lui, qu’un homme peut se suffire à lui-même, et vivre libre, heureux, sans le secours de ses semblables.
Le maître interrompit Georges et lui demanda s’il n’était pas vrai du moins que Robinson Crusoé devait à la société l’éducation qu’il avait reçue dans sa jeunesse, et à cette éducation la science, l’expérience qui firent précisément son salut.
Gëorges en convint.
— Mais ce n’est pas tout, reprit le maître : Robinson n’apportait pas seulement avec lui dans s-on île les trésors de son instruction, les résultats de son éducation sociale. Malgré toute son adresse, Robinson n’eût pas triomphé de son dénûment et de sa solitude, sans les secours de toute espèce que lui fournissaient les débris du vaisseau échoué sur le rivage de l’île. .
D’abord, au premier jour de son isolement, iha besoin de vivres. Où les trouve-t-il? Dans les coffres des matelots, qui contenaient du pain, du riz, du fromage, de la viande séchée, toutes les provisions destinées à un long voyage sur mer.
Pour se protéger contre les pluies, contre le mauvais
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temps, pour se construire un abri, que va-t-il employer? Des toiles goudronnées. Et où les prend-il? Dans le navire encore.
Pour couper le bois dont il a besoin, pour enfoncer dans la terre les pieux qui porteront sa tente, qu’auraitil fait de ses mains s’il ne les avait armées des outils et des instruments que le vaisseau avait apportés d’Europe ?
Et le blé qu’il va semer pour se nourrir les années suivantes quand sa provision de vivres sera épuisée, n’est-ce pas encore le vaisseau qui le lui fournit ?
C’est donc encore la société qui protégeait Robinson sur son île déserte, qui l’empêchait de mourir de froid, de faim. C’est la société aussi qui lui suggérait les ingénieux expédients par lesquels il réussit à faire face aux difficultés de son existence précaire.
Ne dites donc pas que Robinson Crusoé s’est passé de la civilisation. Ne dites pas non plus qu’il a été heureux dans sa solitude. D’abord il n’a jamais été complètement seul : il lui est resté des livres, puis la compagnie d’un chien fidèle, puis le perroquet auquel il a appris à parler et qui l’appelle : Rolm.,. Rohin.,, Et malgré tout cela il a souffert, il est resté triste, jusqu’au jour où lui échut la bonne fortune de rencontrer enfin un autre homme, un sauvage sans doute, mais enfin un homme, un semblable, le bon Vendredi.
Résumé. Robinson Crusoé, abandonné seul dans une île déserte, parvint à y vivre de longues années, à force de travail et de courage. Mais Robinson avait grandi dans la société humaine. C’est au milieu des hommes qu’il avait acquis toutes les qualités d’esprit et de caractère auxquelles il dut son salut. De plus, Robinson trouvait à sa portée, dans les débris du vaisseau naufragé, la plupart des ressources que crée la civilisation : des vivres, des vêtements, des outils, des livres. Privé de ces ressources, il eût infailliblement péri.
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Exercices. L’histoire de Robinson Crusoé est-elle une histoire vraie ou un roman ? — L’auteur de Rohinson, Daniel de Foé, n’a-t-il pas arrangé les circonstances de son récit, de façon à assurer toujours le suc-
cès de son héros ? — Énumérer les choses que Robinson, même dans son île déserte, devait encore à la société. — Pourquoi les avantages de la vie sociale ne nous frappent-ils pas, tant que nous en jouissons ?
Histoire du village.
Le village est la première forme de la société humaine. Quand le village prospère et s’accroît, il devient une ville. La ville n’est qu’un village qui s’est développé, comme 1 homme n’est qu’un enfant qui a grandi.
Autrefois, il y a bien longtemps de cela, le pays que votre village occupe aujourd’hui était une terre déserte, inculte, couverte d’herbages ou de forêts. Mais un jour des hommes s’y établirent pour défricher le sol Le sol était fertile, l’exploitation prospéra. D’autres familles, attirées par la prospérité de l’exploitation, se joignirent bientôt aux premières. Les cabanes des hommes de travail — ce n’étaient pas encore des maisons — se multiplièrent et, en se rapprochant les unes des autres, elles formèrent un hameau.
Ce qui rapprocha ces premières familles, c’était la sympathie naturelle de l’homme pour l’homme, c’était aussi le besoin de se secourir les uns les autres, d’être à portée, grâce au voisinage, de se défendre contre les ennemis communs, contre les bêtes féroces qui peuplaient encore les forêts.
Lorsque le hameau se trouva favorablement situé, comme le vôtre, auprès d'une petite rivière et surtout auprès d’une route déjà tracée, le hameau continua à grandir. Il y eut bientôt trop de bras pour travailler la
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terre. Alors les métiers nécessaires à la vie commune se fondèrent peu à peu. Qui se fit maçon, qui tailleur, tel autre charpentier ou boulanger.
Les maçons et les charpentiers bâtirent alors un château pour le seigneur du village, espérant que le seigneur serait leur chef et leur protecteur. Mais le seigneur devint leur tyran. Il leur imposa les charges de l’esclavage ou du servage ; il les pressura, il les violenta, il les accabla d’impôts et de corvées. Dans cette œuvre d’oppression, le seigneur s’allia souvent avec l’évêque qui habitait la ville voisine. Tous deux firent cause commune pour imposer aux habitants du village un joug arbitraire et violent. Le curé n’était pas moins persécuté, violenté que le peuple. Ce fut l’époque de la féodalité,
'Plus tard, le seigneur et l’évêque subirent à leur tour la loi du plus fort. Ils se courbèrent sous la domination du roi, dont ils devinrent les serviteurs, les courtisans dociles. Mais le pauvre peuple des villages ne gagna rien à ce changement : au lieu d’un seul maître, il en eut deux, le seigneur et le roi. Aux impôts, aux corvées du seigneur s’ajoutèrent les impôts, les ^corvées du roi. Ce fut l’époque de la royauté.
Il a fallu des siècles pour changer cet état de choses, pour échapper, soit à la domination de ce château féodal dont vous voyez encore les ruines au bout du village, soit à l’oppression du despotisme royal. Après de longues luttes et de longues soufirances, nos pères ont enfin conquis pour eux et pour vous, mes enfants, le droit de vivre libres et égaux sous la seule autorité de la loi. C est l’époque de la Révolution*
Résumé. Le village a eu pour point de départ la réunion de quelques familles qui s’étaient groupées pour travailler la terre, pour profiter des relations du voisinage, pour se défendre en commun contre les attaques des bêtes sauvages. Les premiers hameaux se sont développés peu à peu, quand ils ont rencontré des circonstances favorables ; 'ils sont devenus des villages, des bourgs, des villes, où
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se sont fondés tous les métiers nécessaires à la vie commune. Mais les habitants du village et de la ville ont été longtemps les victimes de l’arbitraire et des violences du seigneur féodal, de l’oppression ecclésiastique ou de la domination royale. Le village et la ville ne sont devenus définitivement des réunions d’hommes libres et égaux, soumis à la seule autorité des lois, que sous l’influence heureuse de la Révolution.
Exercices. Qu’est-ce qu’un hameau, un village, un bourg, une ville ? — Montrer que Te village se compose de familles comme la famille se compose d’individus. — Pourquoi les hommes de tout temps se sont-
ils rapprochés et réunis en société? — Qu’appelle-t-on féodalité"^ — Qu’appelle-t-on théocratie 9 — Que devons-nous à la Révolution? — Pourquoi fautil bénir la Révolution ?
La nation.
A côté de votre village, d’autres villages se sont fondés pour les mêmes raisons, pour le même but. Et il en a été ainsi sur toute la surface de la terre.
Partout où les hommes, renonçant à la vie sauvage, à la vie errante et nomade, ont compris Tutilité de la vie sociale, la nécessité d’une demeure fixe, ils ont bâti des villages, qui sont ensuite devenus des villes.
Mais ces villes et ces villages, placés à une certaine distance les uns des autres, ne se suffisent pas à euxmêmes. Ils ont des rapports entre eux. Quand vous n’avez pas de feu dans votre maison, vous allez en chercher chez le voisin. De même quand un village ne possède pas ce dont il a besoin, il l’emprunte au village le plus T'approché. Quand vos parents veulent acheter une paire de bœufs, une machine à battre le blé, ils se rendent dans telle ou telle ville où se trouvent des foires de bétail ou des marchés d’instruments.
LA SOCIÉTÉ EN GÉNÉRAL
Un ensemble de villes et de villages, bâtis non loin les uns des autres, et qui communiquent facilement entre' eux, c’est ce qu’on appelle une province. Mais une province à son tour est en rapport avec d’autres provinces. Les provinces du Nord qui n’ont pas de vin en achètent aux provinces du Midi ; telle province qui n’a pas d’industrie se procure le drap dont elle a besoin dans tello autre province où les filatures abondent.
Il y a donc des rapports qui unissent les provincescomme il y a des rapports qui unissent les villages. Les provinces en s’associant ont constitué la nation.
Si la terre n’était pas si grande, si l’humanité n’était pas si nombreuse, s’il n’y avait pas des divisions géographiques naturelles que marquent les fieuves, les montagnes, les mers, il n’y aurait qu’une seule nation, une seule société, la grande saciété humaine. Mais à raison de la multiplication des hommes et de l’impossibilité d’établir des rapports entre des pays trop éloignés, la société s’est subdivisée en un grand nombre de nations,, qui ont chacune leur capitale, leurs lois, leur gouvernement, leurs intérêts propres.
Résumé. Les villages et les villes les plus rapprochés ont des rapports entre eux, et à raison de ces rapports, constituent une province. Les provinces à leur tour en s’associant, en se groupant, ont formé une nation. Il y a plusieurs nations parce que la société humaine contient un très grand nombre d’hommes, parce que les fleuves, les montagnes et les mers créent des divisions naturelles, parce qu’enfin la terre est trop vaste pour qu’il y ait entre tous les hommes des rapports de voisinage et des intérêts communs.
Exercices. Qu’est-ce qu’une province? — une nation? — Pourquoi y a-t-il différentes nations ? — Quels sont les rap-
ports qui peuvent unir les diverses provinces d’une même nation ? — Quelle est la nation à laquelle vous appartenez?
La société et LA PATRIE