CHAPITRE IV
DEVOIRS DE l’homme ENVERS AUTRUI
La justice et la charité.
Tous les devoirs de l’homme envers ses seihblables se résument en ces deux mots : Justice et charité; en ces deux préceptes ; « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît à vous-même; Faites à autrui tout ce que vous voudriez qu'on vous fît à vous-* même, w
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— Pourriez-vous me dire, Georges, quelles sont les choses que vous ne voulez pas qu’on vous fasse ?
Georges répondit que c’était tout ce qui porterait atteinte à ses droits civils ^ qu’il ne voulait pas qu’on le volât, qu’on attentât à sa vie, à sa liberté, à sa conscience, à son honneur.
Le maître. Eh bien, vos devoirs do justice envers autrui consisteront précisément à respecter chez eux les droits que vous exigez qu’ils respectent en votre personne. Le vol, l’assassinat, l’esclavage, l’intolérance, la calomnie, telles sont les principales violations de la justice.
— Mais, dit Georges, les devoirs de justice ne sont pas bien difficiles à remplir, puisqu’il suffit pour cela de se croiser les bras et de ne rien faire.
Le maître. Ils coûtent plus de peine que vous ne pensez, car, pour s’abstenir des diverses formes de l’injustice, il faut savoir réprimer les mauvais penchants qui nous y poussent : la cupidité, la convoitise, sources du vol; le désir de la vengeance, la colère, principes du meurtre ; l’instinct de domination, qui nous incite à supprimer la liberté des autres hommes ; l’envie, la méchanceté, qui nous suggèrent les mauvaises paroles, la médisance et la diffamation.
D’ailleurs vous n’étes pas quittes envers vos semblables parce que vous avez soigneusement évité de leur faire du mal ; il faut encore vouloir leur bien et contribuer selon vos forces à le réaliser.
— Mais, dit Georges, ceux qui sont pauvres euxmémes et qui ne peuvent faire l’aumôme, comment seraient-ils capables de secourir et d’assister les autres hommes?
Le maître. L’aumône n’est qu’une des formes de la charité. Il j en a d’autres qui sont accessibles à tout le monde, aux plus pauvres comme aux plus riches. Vous pouvez tous aimer votre prochain, et c’est déjà
LA NATURE HUMAINE ET LA MORALE
quelque chose que de désirer le bien d’autrui, même quand on ne peut pas y contribuer soi-même. De plus il n’est personne, quelque humble que soit sa condition, qui ne puisse, à l’occasion, rendre service même aux plus puissants des autres hommes : vous pouvez les secourir s’ils sont attaqués dans leur vie, les défendre s’ils sont attaqués dans leur honneur, les consoler s’ils sont affligés, les soigner s’ils sont malades.
Ne vous imaginez donc pas être quittes envers vos semblables par cela seul que vous aurez respecté leurs droits ; il faut aussi soulager leurs misères. La justice est le respect des égalités naturelles, mais la charité est le remède aux inégalités nécessaires. Sans la justice, la société ne pourrait subsister un seul instant ; sans la eharité, la société pourrait encore se maintenir, mais dans quel état ? Avec tous les maux qui résultent de la pauvreté non secourue, de l’ignorance et de la faiblesse abandonnées à elles-mêmes.
Soyez donc charitables et bienfaisants ; aimez les autres et ils vous aimeront ; servez-les et ils vous serviront.
Résumé. La justice et la charité sont les deux grandes vertus sociales. Par la justice, vous vous abstenez de toute action qui porterait atteinte aux droits de vos semblables, à leur vie, à leur propriété, à leur liberté, à leur honneur. Par la charité, vous guérissez dans la mesure de vos forces les maux qui dérivent des inégalités nécessaires que la nature a laissées subsister dans la fortune, dans Vintelligence, dans la santé.
Exercices. Quelles sont les principales différences de la justice et de la charité ? — Suffitil, pour remplir son devoir envers la société, d’être juste ? — Tous les hommes peuvent-ils être charitables d’une manière ou d’une dutrc ? — On ne peut pas faire
du bien à tous, mais on peut témoigner de la bonté à tous. - — Si chacun faisait tout le bien qu’il peut faire sans se gêner, il n’y aurait plus de malheureux, — Quelle différence y a-t-il entre la bienveillance et la bienfaisance ?
DEVOIRS DE l'homme ENVERS AUTRUI
Différents degrés de la justice et de la charité.
(Imité de M. Janet.)
1. La première, la plus simple forme de la justice consiste à ne pas rendre le mal pour le lien.
Ceux qui violent ce premier précepte commettent la plus grande, la plus odieuse des injustices ; ils se rendent coupables ài ingratitude.
2. Le second degré exige que nous ne fassions pas de mal à ceux qui ne nous en ont pas fait.
Les méchants seuls prennent l’initiative de nuire à leurs semblables. Faire du mal, pour le plaisir d’en faire, à des êtres inolfensifs, ce n’est pas seulement de l’injustice, c’est de la cruauté.
3. Mais la justice exige encore plus: elle nous ordonne de ne pas rendre le mal pour le mal.
Ne croyez pas qu’il vous soit permis de faire du mal à vos ennemis. La vengeance est mauvaise, bien qu’un instinct secret nous y pousse. L’homme vraiment juste pardonne les injures.
4. Enfin, le degré le plus élevé de la justice est de rendre le lien pour le lien.
Qui donc hésiterait à payer à ses bienfaiteurs sa dette de reconnaissance ?
5. Le premier degré de la charité consiste à faire du lien à ceux qui ne nous ont fait ni lien ni mal.
Si vous aimez vos semblables, vous n’attendrez pas qu’ils vous aient rendu service pour les obliger, pour leur donner des preuves de votre dévouement. Le contraire serait de V égoïsme.
134 la nature humaine et la morale
G. Mais le plus haut degré de la charité est de rendre le bien imir le mal.
Il est écrit dans l’Evangile : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. »
Résumé. La justice et la charité comportent différents degrés. Il faut d’abord s’exercer à ne pas rendre le mal pour le bien, à éviter l’ingratitude ; puis il faut se garder de faire du tort h ceux dont nous n’avons pas à nous plaindre, ce serait de la méchanceté et de la cruauté ; il faut ensuite se prémunir contre la vengeance et s’abstenii de nuire même à ceux qui nous ont fait du mal ; enfin, nous devons témoigner notre reconnaissance à nos bienfaiteurs, en leur rendant le bien pour le bien. Ceci est comme un degré intermédiaire entre la justice et la charité. Quant à la charité elle-même, elle exige que nous fassions du bien à tous les hommes, quoique nous n’ayons rien à attendre d’eux; elle exige plus encore : que nous fassions du bien b ceux qui nous ont fait du mal.
Exercices. Quelle est la plus [ — Donner des exemples d’acodieuse des injustices? — Quelle | tions justes et charitables à leurs est la plus belle des charités ? j degrés divers.
La fraternité.
L’égalité est le principe de Injustice. La fraternité est le principe de la charité.
Si tous les hommes sont tenus, comme par un contrat mutuel, de respecter réciproquement leurs droits, c’est parce qu’ils sont tous égaux.
Si tous les hommes sont tenus de s’aimer ôt de s’assister, c’est parce qu’ils sont tous frères.
Vous savez tout ce que comporte d’obligations et de sentiments ce doux et beau nom de frères, quand il s’applique aux enfants d’une même famille. Eh bien, il faut le généraliser et l’étendre, avec tout ce qu’il