L ETAT
La République.
Georges à T instituteur de ,
Paris, novembre 18»..
Me voici maintenant à Paris, et je me réjouis de
l’btat
résider quelque temps au siège du gouvernement, au centre de la vie politique de mon pays. Et puis les Parisiens sont si accueillants I L’unité nationale, la fraternité ne sont pas de vains mots chez nous. Un Français en France est partout chez lui, et en quelque département qu’il aille il sent bien qu’il a affaire à des concitoyens.
Vous ne sauriez croire à quel point on s’occupe ici de nous, de nos opinions. « Que dit-on au village? voilà ce qu’on me demande sans cesse. Vos compatriotes commencent-ils à comprendre les bienfaits de la République ? Savent-ils qu’elle est la meilleure forme de gouvernement? que les monarchies impériales et royales ont fini leur temps en France ? »
Je réponds de mon mieux à toutes les questions, et je me porte garant pour mes compatriotes en déclarant qu’ils sont de plus en plus dévoués à la République.
Et comment ne le seraient-ils pas? Est-ce qu’on peut hésiter un instant entre la République qui est le gouvernement de tous par tous, et la monarchie, sous quelque forme qu’elle se présente, la monarchie qui est le gouvernement d’un seul ? Un roi ou un empereur, quelque sage qu’on le suppose, quelques qualités qu’on lui attribue (et il y en a eu beaucoup qui n’avaient quedes défauts), c’est toujours un maître, plus disposé à écouter ses propres intérêts, à complaire aux courtisans qui l’entourent, qu’à consulter l’intérêt général et à suivre la volonté du peuple. Aussi, pour ne parler que de l’Empire, du premier comme du second, que de guerres inutiles et désastreuses, qui n’avaient poui principe que l’ambition ou le caprice de l’empereur, et qui nous ont coûté des centaines de mille hommes, des milliards de francs, et la perte de plusieurs provinces ! Sous la République, rien de pareil n’est à craindre, il n’y a plus à redouter les guerres de conquête ou d’intérêt dynastique, celles qu’un prinqe entreprend pour
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assurer son propre pouvoir. Sous la République, la guerre ne peut être déclarée que si elle est conforme à l’intérêt de tous, si elle est nécessaire, si les représentants delà volonté nationale, c’est-à-dire les députés et les sénateurs, consentent à la voter.
La République a un autre avantage ; elle supprime toutes les dépenses inutiles. Sous la République, les revenus des impôts entrent exactement dans le Trésor public, et n’en sortent que pour servir aux intérêts de tous, non pour satisfaire, comme sous la monarchie, les plaisirs d’un souverain Peu à peu, par conséquent, la République adoucira les charges des contribuables. Si elle ne l’a pas fait jusqu’ici, autant qu’elle l’aurait voulu, c’est que l’Empire nous avait laissé des dettes -énormes. Il a fallu payer des milliards à la Prusse, -acquitter la note des folies de l’Empire.
Mais avant peu les économies viendront, et avec les •économies la réduction des impôts. Pour ne citer qu’un exemple, l’Empereur avait un traitement annuel de 25 millions, plus 15 millions pour sa famille; le Président de la République ne reçoit par an que 900 mille francs, et encore il en dépense la plus grande partie à donner des fêtes ou à distribuer des secours.
Mais un président de république n’a pas ce seul mérite de coûter moins cher à la nation : il a bien d’autres qualités. D’abord on peut le changer au bout de quelque temps. Sans doute s’il a été à la hauteur de sa mission, rien n’empêche que les représentants de la nation ne le maintiennent au pouvoir ; mais s’il a mal rempli son mandat, il se retire pour faire place à un plus digne. Un roi au contraire a beau être détestable : il faut le subir jusqu’au bout, et s’il plaît à Dieu de le faire vivre cinquante, soixante ans, ce qui s’est vu, il faut que le peuple attende patiemment la venue de son successeur qui d’ailleurs ne vaudra neut-être pas mieux que lui.
l'état
C’est que les rois, pour être rois, n’ont que la peine, de naître. Qu’importe qu’ils soient sans intelligence, sans moralité ! Ils sont les fils de leur père, et ils lui succèdent par droit d’hérédité. Tandis que le président de la République, désigné par la voix publique, élu par les mandataires du peuple, est nécessairement le plus digne, le plus capable de gouverner l’Etat, celui dont les sentiments et les idées sont le plus conformes aux sentiments et aux idées de la nation.
Vous le voyez, maître, ce n’est plus seulement par instinct, c’est avec réflexion que je puis crier maintenant : Vive la République !
Exercices. Quelles sont les diverses formes de gouvernement ? — La monarchie et l’empire ne sont-ils pas au fond la même forme de gouvernement ?
— Quels sont les avantages de
la République, c’est-à-dire du gouvernement du pays par le pays ? — Quels sont les défauts communs à toutes les monarchies ?
La souveraineté nationale.
L'instituteur de X.., à Georges.
Oui, mon cher Georges, vous avez raison de le croire et de le dire : nous sommes républicains au village. Et sans parler des autres avantages de la République, la République est le gouvernement de notre choix, parce qu’il est le seul qui tienne réellement compte de la souveraineté nationale.
Les rois, vous le savez, prétendaient que leur pouvoir était issu de je ne sais quel droit divin. Ils sô donnaient pour les élus de Dieu, et certes, leurs crimes ou leurs fautes, leur méchanceté ou leur incapacité, ont souvent prouvé qu’ils ne l’étaient guère. N’importe ! ils
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s’autorisaient de cette prétendue délégation divine pour exiger de leurs sujets l’obéissance absolue. Le roi était le seul maître, le seul souverain ; et Louis XIV osait (üre : « LEtat, c'est moi. »
Aujourd’hui, l’État, c’est tout le monde ; le souverain, c’est l’ensemble de la nation. De même que l’individu est libre et s’appartient à lui-même, de même la nation, qui est une collection d’individus, est libre et s’appartient à elle-même.
Le souverain, ce n’est plus un seul homme, substituant sa volonté despotique à la volonté de tous, le souverain c’est vous, c'est moi, ce sont tous les citoyens ; et nous usons de notre souveraineté en choisissant, par le suffrage universel, les hommes auxquels nous déléguons notre autorité pour faire des lois conformes à l’intérêt du pays, et pour en assurer l’exécution.
Le suffrage universel est l’instrument de la souveraineté du peuple. Le suffrage universel doit être libre et éclairé. S’il n’est pas libre, si par les artifices ou l’intimidation on arrache aux citoyens des votes contraires à leur conscience, il est évident que la souveraineté nationale est opprimée. D’autre part, s’il n’est pas éclairé, la souveraineté populaire se manifestera au hasard ; elle se trompera, elle compromettra les intérêts du pays.
c( Le peuple^ dit Montesquieu dans V Esprit des lois, est souverain -par les suffrages, qui sont ses volontés. La volonté du souverain est le souverain lui-même. Les lois qui établissent ce droit de suffrage sont donc fondamentales dans une république démocratique.
Mais ce qu’il faut surtout bien comprendre, c’est que la République est le seul gouvernement compatible avec le principe de la souveraineté du peuple. Une monarchie quelconque, un empire héréditaire est en contradiction avec ce principe. Un peuple en effet qui se lie à