CHAPITRE IV
LES QUESTIONS d’ÉGONOMIE SOCIALE
Un congrès ouvrier.
Georges à V instituteur de X . ^
C’est de Marseille que je vous écris. Outre l’attrait que présente par elle-même cette grande ville, le Congrès ouvrier, qui vient de s’y réunir, ne pouvait manquer d’exciter au plus haut point ma curiosité. De tous les coins'de la France les délégués des sociétés ouvrières se sont rassemblés ici pour discuter les questions qui intéressent le sort des classses laborieuses. Je ne vous
LA SOCIÉTf^: POLITIQUü.
cacherai pas que je suis ému par la vivacité de leurs plaintes. Je vis au milieu de mécontents, qui prétendent que tout est à refaire dans la société. Ils tracent e plus désolant tableau de la situation des travailleurs; ils appellent les patrons des bourreaux , ils déclarent la guerre à la bourgeoisie ; enfin, ils proclament qu‘il n’y a pas d’émancipation possible pour les ouvriers sans une révolution sociale. Et cela, ils le disent avec cha- ' leur, avec éloquence parfois, de façon à provoquer les applaudissements de leurs camarades et à troubler de jeunes esprits comme le mien.
Exercices. Qu’est-ce qu’un | que la bourgeoisie? — Quapcongrès ouvrier? — Qu’est-ce | pelle-t-on révolution?
Le progrès sans révolution.
L instiiuieur de X.. à Georges .
Vous ne vous étonnerez pas, Georges, de la promptitude de ma réponse. Ce n'est pas que je sois étonné outre mesure des violences de langage dont vous m’entretenez. Ces plaintes-là sont vieilles comme le monde . il se trouve toujours quelqu’un pour les renouveler. D’ailleurs il est bon en un sens qu’elles se produisent, car elles forcent les indifférents à réfléchir, et de plus jusque dans ces chimères irréalisables et ces propositions insensées, il y a souvent quelque idée pratique, quelque progrès possible à démêler et à retenir.-
Mais enfin, dans l’atmosphère troublée et orageuse où vous vivez, il est peut-être bon que vous écoutiez tout de suite la voix de la sagesse et de la raison.
Comment, par exemple, pourrait-on entendre sans protester cet aqipel nouveau à la Révolution? Comment
tolérer ce sophisme qui consiste à dire qu’il ne peut y avoir de progrès social accompli que par des moyens violents et révolutionnaires ?
Ne comprenez-vous pas, Georges, qu’il ne peut plus être question de révolution, depuis que les citoyens jouissent du droit de suffrage? Une révolution n’est légitime que si elle a pour but de sauvegarder la liberté ou rintérêt du plus grand nombre, mais aujourd’hui, c’est le plus grand nombre qui est le maître, c’est lâ majorité qui gouverne. Si les lois sont mauvaises et contraires au droit de la majorité, la majorité n’a qu’à le témoigner par ses votes * on changera les lois. Il n’est donc plus besoin de recourir aux armes. Une minorité turbulente pourrait seule song-er à des moyens révolutionnaires, et les révolutions, qui sont toujours des malheurs publics, deviennent des crimes quand elles sont tentées au profit d’une minorité.
Il ne faut donc plus demander le progrès social qu’au bulletin de vote. Si les travailleurs ont réellement de justes revendications à faire prévaloir, comme ils sont beaucoup plus nombreux que les riches, ils n'auront pas de peine à élire des députés qui feront triompher leur opinion.
Toute révolution suppose d’ailleurs un grand but à atteindre. La Révolution de 1789 poursuivait la suppression des privilèges et l’établissement de l’égalité civile. La Révolution de 1848 a fondé l’égalité politique. Mais aujourd’hui que reste-t-il donc à conquérir? L’égalité des fortunes. Mais on sait bien qu’elle est impossible, qu’elle ne durerait pas deux jours, si elle était établie par la force ; que d’ailleurs, étant la violation du droit de ceux qui possèdent déjà, elle est la négation de toute justice.
Sans doute, il y a des améliorations à apporter au sort des classes laborieuses , mais ces améliorations, il faut les attendre du temps, du progrès pacifique de nos
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institutions républicaines, du développement de l’instruction, de la pratique du droit d’association entre les ouvriers, enfin, de l’accord entre les patrons et les ouvriers.
Exercices. Quelles sont les conséquences du suffrage universel ? — Gomment le suffrage universel rend-il inutile toute Révolution ? — Sous le régime
du suffrage universel, n’est^ce pas l’opinion de la majorité qui est sûre de prévaloir? — Quel est le devoir de la minorité ?
Le capital et le travail.
Georges à V instituteur de X . , .
Je m’inspire de votre sagesse, maître, et j’essaie de convertir mes camarades à l’idée d’un progrès pacifique. Mais j’ai affaire à des emportés qui entendent difficilement raison- Ils se disent opprimés par les propriétaires et les capitalistes, ils se plaignent des salaires.
Les uns disent que le salaire devrait être égal pour tous : ce qui me semble absurde, car alors les paresseux seraient payés autant que les laborieux, les maladroits autant que les habiles.
D’autres trouvent le salaire avilissant, humiliant pour celui qui le reçoit. Contre ceux-ci, je n’ai pas de peine à me défendre, car tous les hommes qui travaillent reçoivent un salaire : vous-même, maître, vous êtes un salarié de l’Etat,
Mais il y en a dont les arguments sont plus sérieux. Ils disent que les intérêts du capital et du travail, ou en d’autres termes, du patron et de l’ouvrier, sont des intérêts contraires, que la situation fâcheuse de l’ouvrier provient de cette contradiction, le patron étant
intéressé à faire travailler beaucoup et à payer peu, Touvrier, au contraire, à travailler le moins possible et à être payé le plus possible. Il n’y a, ajoutent-ils, à cette lutte d’intérêts d’autre remède que l’association ouvrière. Que les ouvriers soient à la fois capitalistes et travailleurs, qu’ils coopèrent, qu’ils s’associent pour produire et pour vendre leurs produits : alors le salaire sera supprimé, la crise sociale résolue.
Exercices. Qu’appelle-t-on capital 9 — Y a-t-il diverses sortes de capital ? — Qu’ap-
belle-t-on salaire 9 — Pourquoi les salaires varient-ils nécessairement ?
Les associations ouvrières.
instituteur de X,,, à Georges,
Vous ne serez pas dupe, Georges, de tout ce que vous entendez dire sur l’oppression exercée par le capital. Le capital, d’abord, est la propriété légitime de celui qui en dispose, et, à vrai dire, ceux qui protestent contre le capital n’ont qu’un but, acquérir eux aussi un capital. Mais de plus, sans un capital déjà acquis, comment bâtir une usine, comment se procurer des machines, comment, enfin, organiser les entreprises industrielles qui assurent du travail aux ouvriers?
Ainsi, d’une part, c'est une chimère de croire que les propriétaires renonceront jamais à ce qui est leur droit bien acquis, le résultat légitime de leur travail et du travail de leurs parents ; d’autre part, la destruction du capital serait la ruine même de l’ouvrier, et le commencement de la misère générale.
Il y aura toujours des riches et des pauvres, des patrons et des ouvriers ; c’est la loi de la nature. Mais
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ce qu’il est légitime d’espérer, ce qui est juste et possible, c’est l’amélioration constante du sort des pauvres et des ouvriers, et, comme dit la science qu’on appelle X économie politique, l’amélioration des relations du capital et du travail.
Sous ce rapport vos camarades de Marseille ont raison de prôner les associations. Que des ouvriers qui ont quelques épargnes les mettent en commun pour fonder une industrie, rien de mieux, c’est ce qu’on appelle une association de production . Tout le monde connaît l’histoire des èquitahles pionniers de Rochdale. En 1844, vingt-huit ouvriers anglais mirent en commun une somme de 700 francs environ, et organisèrent un magasin. Savez-vous quel était en 1860 le chiffre de leurs affaires? 6 millions par an. Voilà où peuvent mener l’économie, l’intelligence, la probité.
11 faut louer et aussi encourager les associations de consommation. On a vu souvent des ouvriers se cotiser, s’unir, pour acheter en gros des marchandises dont ils ont besoin, des objets de consommation, qui leur reviennent ainsi à bien meilleur compte que s’ils étaient obligés de les acheter en détail.
Enfin, il est permis aux ouvriers véritablement intelligents et laborieux, d’espérer que leurs patrons les associeront pour une part aux bénéfices de leur commerce ou de leur industrie, A Paris, l’association entre le capital et le travail existe déjà dans une cinquantaine de maisons. L’ouvrier qui contribue à la prospérité de son patron, en est récompensé par une petite participation aux revenus du patron.
C’est par de semblables moyens, c’est par Ja confiance mutuelle, par l’accord et l’harmonie du patron et de l’ouvrier que le travailleur obtiendra des salaires plus rémunérateurs, et rendra sa situation meilleure. Au contraire, par les vaines revendications, par les menaces et les criailleries, il ne ferait qu’exciter la dé-
üance, il sèmerait Fanarchie, enfin, il compromettrait ses propres affaires en troublant les affaires des autres.
Exercices. Qu^appelle-t-on production et consommation — Qu’e!?t-ce association de
production — une association de consommation ? — Quel est Pobjet de la science qu'on ap-
pelle économie politv^ue? — En quoi consiste l’association du travail et du capital ? — A quelles conditions une association ouvrière peut-elle prospérer ?
Le paupérisme.
Georges à V instituteur de JT.,,
Un député de Marseille faisait hier une conférence sur Fhistoire du paupérisme. J'ai eu la curiosité d’aller l’entendre. J’avais la tête pleine de tout ce qu’on a dit au congrès ouvrier sur la réduction de salaires, sur la condition misérable et la pauvreté des travailleurs. Je n’étais pas fâché de savoir ce qu’un homme de sens pouvait penser sur un pareil sujet.
L’orateur a démontré que le paupérisme était de tous les temps et que ce mal social tendait à décroître plutôt qu’à augmenter. Sous le règne de Louis XIV, nous a-t-il dit, il y avait deux millions de pauvres, parmi lesquels 500 mille mendiants. Il a cité aussi le témoignage d’un écrivain du xviie siècle, Vauban, qui disait : a Sur dix Français, il y en a un qui manque positivement de pain, cinq qui n’en ont pas suffisammant, et trois dont la position est fort gênée. »
Un riche sur dix, c’est en vérité bien peu, et il me semble qu’ aujourd’hui nous n’en sommes plus là. Ce n’est pas cependant une raison pour être satisfait de l’état présent des choses. Les misères du passé ue peuvent suffire à consoler des misères actuelles. Depuis
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que je connais les villes, je sais tout ce qu’il j a do pauvreté, de souffrances dans le monde. Ah ! dites-le bien de ma part à mes frères, qu’ils renoncent à leur projet de quitter la campagne pour s’établir à la ville. A la ville, les métiers sont encombrés, et l’on n’est pas toujours sûr de trouver de quoi vivre. Que mes frères restent dans les champs, où le travail ne manque jamais.
Exercice». Qu’est-ce que le paupérisme? — Quelles sont les causes les plus ordinaires de la pauvreté ? — Quel est l’effet de l’ignorance, de la paresse, de la
dissipation, de l’immoralité, de l’imprévoyance? — Le paupérisme est-il un mal particulier à notre époque ?
L’assistance publique.
L'instituteur de X,,, à Georges.
Oui, Georges, il y a trop de pauvres encore, et la société ne saurait faire trop d’efforts pour en diminuer sans cesse le nombre.
Pour cela, il faut développer les institutions déjà établies, et, s’il est possible, en imaginer d’autres. La charité publique doit rivaliser avec la charité privée. Le soulagement de ceux qui souffrent est l’affaire et le devoir de tous.
Vous savez bien, Georges, tout ce que fait dans les villes Vassistance puUique pour venir en aide aux malheureux. Il y a des hôpitaux pour les malades, des asiles pour les enfants trouvés ou abandonnés, des orphelinats, des crèches ; il y a des bureaux de bienfaisance, administrés pnr des hommes dévoués, qui distribuent aux indigents les secours du gouvernement et les dons volontaires dej particuliers.
Mais il 7 a d’autres moyens encore pour remédier au paupérisme ou pour le combattre. Ce qui vaut mieux que de compter sur l’assistance publique aux jours de chômage, c’est de faire en sorte de n’en avoir jamais besoin. L’ouvrier sobre, prévoyant, économe, tombe rarement dans la misère. 11 dépose ses économies à la caisse d! épargne ; on lui en paie l’intérét, il fait des réserves pour l’avenir, et peut ainsi traverser les mauvais jours.
Rien de plus digne d’encouragement au même point de vue que les Sociétés de secours mutuels. Chaque associé verse toutes les semaines ou tous les mois dans la caisse commune une cotisation prélevée sur son salaire. En retour, la société garantit à chacun des sociétaires, pour les jours où il est malade et où il ne peut travailler, les soins du médecin, les remèdes du pharmacien et un petit salaire.
Ce sont ces sociétés de secours mutuels que les travailleurs doivent surtout avoir à cœur de propager et d’étendre. Par là l’ouvrier se suffit à lui-même et ces sociétés de prévoyance contre la maladie, contre le chômage, peuvent même devenir des sociétés de prévoyance contre la vieillesse, en assurant des retraites à leurs membres.
Exercices. Quelles sont les ' des particuliers ou de l’Etat, les diverses formes de Y assistance ouvriers ne peuvent-ils pas s’as» publique ? — En dehors des sister eux-mêmes ? secours qu’ils peuvent attendre
Les grèves.
Georges a T instituteur de X..,
Je suis revenu au congrès ouvrier. On y discutait hier la question des grèves , c’est-à-dire des coalitions
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auxquelles les ouvriers ont quelquefois recours, quand ils refusent de travailler, afin de forcer leurs patrons à augmenter leurs salaires ou tout au moins à ne pas les diminuer
Sur ce point, comme sur Ijien d’autres, les membres du congrès ne sont pas d’accord. Les uns sont fanatiques des grèves et pour un peu ils feraient de la grève l'état normal de l’ouvrier. A la moindre résistance du patron, vite, refusons-lui le travail. Nous sommes les maîtres. Rien ne peut nous forcer à travailler. Notre patron a besoin de nous pour continuer son commerce ou son industrie : nous lui ferons la loi.
Les autres, qui me paraissent plus sages, reconnaissent que les grèves ont des inconvénients. Même quand les patrons finissent par céder, les concessions obtenues ne compensent pas toujours les pertes éprouvées ; le temps perdu ne se regagne pas. Et d’ailleurs le patron ne cède pas toujours, il trouve ailleurs des ouvriers plus accommodants. Et alors qu’arrive-t-il ? C’est que les grévistes récalcitrants restent sans travail : leur place est prise par d’autres .
N’est-il pas vrai que les adversaires des grèves ont raison? Sans doute, les ouvriers ont le droit d’user à l’occasion de cette arme de la grève que la loi leur a mise entre les mains ; mais il est de leur intérêt d’en user discrètement . Les chambres syndicales, c’est-à-dire les tribunaux d’arbitrage qui se multiplient de nos jours, et qu’organise un peu partout chaque corps de métier, ont sous ce rapport de redoutables devoirs. C’est à elles de se montrer prudentes, conciliantes, d’intervenir entre les patrons et les ouvriers, d’éviter les grèves, toutes les fois qu’elles le peuvent, et, quand la grève a éclaté, d’empêcher au moins qu’elle ne se prolonge.
ExI'RGices. Qu'appelle-t-on une grève ? — Quels sont les inconvénients des grèves ? —
Qu arrive-t-il quand les prétentions des grévistes sont exagérées ?
Les diverses formes de Timpôt.
Georges à V instituteur de X,, ,
Une des questions qui semble passionner le plus le congrès, c’est l’impôt. Presque tous les orateurs demandent sur ce point des réformes et même des réformes radicales .
Ainsi les uns ne veulent plus àHmpôts directs ^ ils sont tous défectueux, disent-ils, et la raison qu’ils en donnent, c’est qu’ils sont tous supportés par les producteurs, c’est-à-dire par ceux qui contribuent à la richesse publique.
Les autres consentiraient à tolérer les quatre premiers impôts directs Vimpôt foncier , qui porte sur \t terre, Y impôt des portes et fenêtres ^ Y impôt personnel, Yimpôt mobilier, mais ils ne pardonnent pas à l’impôt patentes, celui que paient les commerçants, les artisans, et aussi les médecins, les avocats, les avoués, les notaires, etc.
Les impôts indirects, c’est-à-dire les droits perçus sur les boissons, les sucres, les sels, les marchandises étrangères qui entrent en France, et en général sur les objets de consommation, ne sont pas mieux traités et ne trouvent pas grâce devant les orateurs du congrès.
De sorte que presque tous concluent à l’établissement d’un impôt unique, qui remplacerait tous les autreSo Je crois même comprendre que cet impôt unique les gêne encore, et qu’ils en proposeraient volontiers l’abolition, s'ils pouvaient.
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— « Et cependant, me disait à la sortie de la réunion, un ouvrier plus raisonnable que les autres, l’impôt est une nécessité. Il faut bien que le gouvernement paie l’armée, la magistrature, sans compter tout le reste.
y> Quoi qu’en disent mes amis du congrès, l’impôt indirect est tout aussi équitable que l’impôt direct. Il est juste que celui qui consomme paie, sinon autant que celui qui possède ou qui produit, du moins une petite part des charges publiques. L’impôt indirect, comme l’impôt direct, frappe surtout le riche quoi qu’on en dise' car c’est le riche qui consomme le plus.
» Il est permis d’ailleurs d’espérer que les impôts indirects seront peu à peu diminués, que l’on dégrèvera, dès que cela sera possible, les objets de consommation, tout ce qui est de première nécessité pour le pauvre et pour l’ouvrier.
» Ce qui légitime cette espérance, c’est qu’en définitive ce n’est pas une volonté arbitraire, ce sont nos représentants, les représentants du peuple, qui chaque année, après de longues discussions, fixent le budget des recettes, c’est-à-dire, la nature et la quantité des impôts. Nos députés ne nous demandent évidemment que ce qui est nécessaire pour assurer les services généraux dû pays. Le jour où ils pourront diminuer les contributions, ils le feront de grand cœur, en s’inspirant des intérêts du plus grand nombre de ceux qui travaillent et qui souffrent. »
Exercices. Quelles sont les différentes espèces d’impôts ? — Par qui est établi chaque année le budget des recettes, c’est-àdire f impôt? — Quels sont les
principes qui guident et doivent guider de plus en plus les représentants du pays .dans l’établissement des impôts?
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Le progrès sous la République.
L'instituteur de X.., à Georges,
Je ne regrette pas, Geoiîges, que vous ayez pu juger par vous-même des opinions exprimées au congrès de Marseille. D’abord ce spectacle aura eu le résultat de vous convaincre que vous vivez sous un régime de liberté, où il est permis de dire tout ce que l’on pense. Des citoyens qui peuvent impunément attaquer la propriété, l’impôt, les institutions sociales, n’ont guère le droit de dire qu’ils sont opprimés.
En outre, vous aurez appris, en les écoutant, à connaître ce qu’on appelle une utopie, c’est-à-dire un rêve irréalisable, et à la distinguer du progrès possible, que tout bon citoyen doit se proposer comme le but de ses efforts. Ainsi l’extinction du paupérisme est une utopie: mais ce qui est possible, c’est de diminuer le nombre des pauvres. L’abolition de l’impôt est une utopie : mais ce qui est possible, c’est une répartition de plu^s en plus équitable, un adoucissement progressif des charges de l’impôt.
Tous ces progrès, la République, c’est-à-dire le régime de la liberté, le régime du gouvernement du pays par le pays, peut seule les réaliser. La Révolution a fait le citoyen libre, affranchi, maître de sa raison, de ses engagements, de sa conscience. C’est maintenant aux citoyens d’user sagement et résolument de leur liberté pour corriger ce qu’il y a encore de défectueux dans notre organisation sociale , pour assurer peu à peu toutes les améliorations désirables.
Par elle-même, la liberté est déjà un grand bien ;
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mais il faut l'estimer aussi parce qu'elle est l’instru^ ment du progrès. Dans un pays libre, où la volonté générale se manifeste, où la volonté générale est sûre d’être obéie, le progrès n’a jamais dit son dernier mot. Un jour ou l’autre tout ce qui est conforme aux intérêts du peuple sera réalisé.
Félicitez-vous donc de vivre dans un temps où vous n’avez d’autre maître que la loi, c’est-à-dire une règle de justice consentie par tous, ou, ce qui revient au même, par les représentants de tous. Et maintenant que vous avez à peu près fini votre tour de France, hâtez-vous de revenir au village, vous y vivrez heureux, puisque vous êtes un bon ouvrier et un bon citoyen, puisque vous aimez votre famille, votre patrie et la République 1