Id.t ibid., pp. 2 et
LA DÉFINITION DU DROIT
« Prolégomènes », sous un paragraphe premier intitulé « Du droit et de la loi dans le domaine de l'abstraction », M. Hue affirme que le droit dérive directement de la conscience individuelle, et analyse ainsi la notion de droit: « Pour chaque homme, le respect, à tout point de vue, delà personnalité d'autrui est la condition nécessaire de sa propre personnalité. C'est-à-dire que chaque homme, en tenant compte uniquement des conditions de sa nature, doit contribuer à assurer aux autres un traitement semblable à celui qu'il pourrait réclamer lui-même dans toutes les situations possibles. L'ensemble des dispositions destinées à procurer et à maintenir cette égalité de rapports, constitue le droit, lorsque l'observation peut en être assoîrée par une sanction coercitive, préventive ou répressive1. » Les considérations qui précèdent, on le voit, sont de nature identique à celles que développait M. May. Toutefois, une différence se remarque : M. Hue n'a pas poussé ses prolégomènes jusqu'à la formule d'une définition.
Cette définition, nous la trouvons, au contraire, très étudiée, et partant des mêmes principes, dans le dernier ouvrage de M. Gény, encore à l'heure actuelle en cours de publication.
1. Commentaire théorique et pratique du Code ciuii, par M. Th. Hue, conseiller à la Cour de Paris, professeur honoraire des Facultés de droit, 1892, 1. 1, p. 1 et s.
L'érudit professeur de Nancy nous la devait, après la boutade un peu vive que nous avons reproduite de lui dans les premières pages du présent travail. Il a tenté de nous la donner, guidé par le ferme dessein de grouper dans une formule unique tous les éléments essentiels de la coordination desquels se compose la notion de droit. Il nous offre une définition pesée, mûrie, très complète (trop peut-être ?) et dont la caractéristique est qu'un point de départ commun l'apparente, d'une façon très proche, aux propositions de MM. May et Hue, que nous venons de résumer.
« Vivant parmi la nature et à l'état social, l'homme agit... dans le sens d'une destinée en grande partie mystérieuse, mais dont le caractère général se traduit assez nettement par un instinct incoercible vers le bonheur. En vue de satisfaire au mieux cet instinct, l'homme incline à suivre ses appétits... Mais placé en face du monde. qui le domine. comme le tout domine la partie, rencontrant d'autre part les appétits concurrents et les activités, rivales de ses semblables, peut-il agir dans le sens de ses instincts, suivant son libre, caprice, qui lui ouvrît un champ illimité ? La nécessité et l'expérience s'accordent pour répondre négativement à cette question. Parla force des choses, en raison même de l'opposition et de l'incohérence des agitations individuelles, la conduite humaine a dû être assujettie à certaines règles1. »
Ce point de départ, on l'aperçoit, n'est autre, à