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pouvoir ne pas vouloir, pouvoir agir, pouvoir ne pas agir, pouvoir penser, pouvoir ne pas penser, ou, pour serrer encore de plus près les réalités concrètes, pouvoir aller et venir, manger, dormir, rêver, philosopher, vivre et mourir, à sa mode, à son gré, à son heure, à sa guise, à sa fantaisie, sans permission à demander à personne, sans subir l'entrave de quiconque, tout cela, c'est la liberté. Et c'est le droit, censeur rigide, qui intervient pour la limiter.
Gela paraît si élémentaire qu'on peut véritablement se demander comment il se fait qu'en 1917, un juriste, s'adressant à des juristes, puisse se croire encore tenu d'avoir à écrire de pareilles choses !
Hélas! la pensée allemande a passé par là. La métaphysique, il y a cent ans, en Allemagne, s'est emparée de la définition formelle du droit, telle, ou à peu près, que nous essayons de l'ébaucher ici; et les résultats engendrés par cette prise de possession, il est permis de les caractériser en transposant la fameuse boutade de Pascal1 : ne pouvant pas faire, dirons-nous, que ce qui était obscur fût clair, on a fait que ce qui était clair fût obscur.
L'idée claire, c'était celle qui se dégageait de la Déclaration des droits de l'homme 2 et dont, s'ils eussent été moins éblouis par l'éclat des « loix » 3, les jurisconsultes de la Révolution et de l'Empire
1. « Ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » {Pensées, éd. Brunschwicg, n° 298.)
2. « La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. »