‹ Éléments de botanique médicaleChapitre 163 sur 247 · RÉSINES. — SANG-DRAGON · texte numérisé non relu

RÉSINES. — SANG-DRAGON

de hauteur. 'Cet arbre était déjà très-grand, à l’époque de la conquête des Canaries, c’est-à-dire vers 1400.

Description. — Tronc haut généralement de 3 à 4 mètres, assez gros, cylindrique, marqué descicatrices des anciennes feuilles, à la manière des Palmiers, simple, rarement divisé. Feuil les fasciculées, formant une télé plus ou moins volumineuse, ensi formes, aiguës, un peu concaves à la hase, planes ; elles ressemblent à celles des Yucca. Inflorescences en panicules pyramidales, terminales, à pédoncules communs anguleux, chargés d’un grand nombre de fleurs très-petites, pourvues chacune d’un péd icelle très-court. Fruits {baies) gros comme de petites cerises, globuleux, jaunâtres.

2° Résine. — A l’époque des chaleurs, le tronc se fendille naturellement en divers endroits, et il en découle un suc qui se condense en une larme rouge d’abord molle, puis sèche et friable.

Cette résine est en fragments durs, secs, lisses, d’un brun rouge ou d’un rouge de sang. I.eur cassure est peu brillante. Ils sont entourés des feuilles de la plante. Leur teinture alcoolique est précipitée par l’ammoniaque.

Le sang-dragon de Dragonnier est assez rare.

3° Sang-dragon de Ptérocarpe.

t° Plante. — Le Ptérocarpe dragon est un grand arbre de l’Amérique méridionale.

Description. — Tige et rameaux revêtus d’une écorce lisse et rougeâtre. Feuilles alternes, ailées, à folioles alternes, pétiolées, ovales, entières, acuminées. Inflorescence en grappes. Fleurs nombreuses, longuement pédonculées, blanchâtres. Fruit (gousse) grand, orbiculaire, comprimé, à grosses nervures, courbé en faux, bordé d’une large membrane, mince, entière, inéquilatérale inférieurement et présentant, d’un côté, une petite saillie spiniforme. Graines au nombre de 2 ou 3, assez petites, ovalesoblongues, rougeâtres.

2° Résine. — Ce sang-dragon suinte naturellement et par incisions. 11 se sèche en larmes rougeâtres.

Le commerce l’apporte en morceaux longs d’environ 30 centimètres et épais de 3, cylindriques ou irréguliers, comprimés. Ils ne sont jamais enveloppés de feuilles; ils contiennent souvent des corps étrangers.

Cette espèce est la moins estimée. Sa teinture alcoolique n’est pas précipitée par l’ammoniaque.

g IV. — De la Résine animé .

1° Plantes. — La résine animé est produite par des Légumineuses du genre Courbaril [Hymenœa).

Ce genre est caractérisé par un calice turbiné, coriace; par 5 pétales presque égaux, glanduleux; par 10 étamines libres, renflées vers le milieu, et par une gousse uniloculaire, remplie d’une pulpe farineuse et polysperme.

Deux espèces nous intéressent particulièrement : 1° le Courbaril diphylle (I), de l’Amérique méridionale, 2° le Courbaril verr aqueux (2), de Madagascar.

Descriptions. — Le Courbaril diphylle est un arbre très- grand, à écorce épaisse, raboteuse d’un roux noirâtre et à bois dur et rougeâtre. Branches nombreuses, étalées, très-rameuses. Feuilles alternes, pétiolées, composées de deux folioles binées, ovaleslancéolées, à côtés inégaux, aiguës, luisantes, d’un beau vert et coriaces, presque sans veines. Inflorescence en grappes pyramidales au sommet des rameaux. Fleurs pédonculées, légèrement purpurines. Calice à 4 ou 5 sépales. Pétales ovales, oblongs, concaves. Etamines à anthères oblongues. Ovaire comprimé, rougeâtre, portant un style tortillé et un stigmate simple. Fruit [gousse) grand, presque cylindrique, obtus, comme chagriné, mais non verruqueux, ne s’ouvrant pas. Graines au nombre de 4 ou 5, ovoïdes, entourées d’une pulpe jaunâtre et douce.

Le Courbaril verruqueux présente des folioles veinées, inégales à la base; une inflorescence divariquée et flexueuse, des pédoncules multiflores et des fruits couverts de verrues.

2° Résines. — 11 découle du tronc et des branches du Courbaril diphylle une grande quantité de résine transparente, jaunâtre et difficile à fondre, quia reçu le nom de résine animé occidentale [Z).

Celte résine vient du Mexique, de Cayenne et du Brésil. Elle est en larmes irrégulières, recouvertes d’une sorte de poussière grisâtre. Elle offre une cassure brillante, et brûle facilement. Elle se présente, du reste, sous un grand nombre de formes.

Le Courbaril verruqueux produit une seconde sorte de résine animé , dite orientale (4). Celle-ci est tantôt dure , tantôt tendre.

(1) Hymenœa Courbaril Linn., vulgairement Jétaïba (Pison).

(à) Hymenœa verrucosa Gærtn., vulgairement Tànroujou .

(3) Ofiicin., Gummi animœ occidentalis , vulgairement Animé tendre d' Amérique, Copal d’ Amérique .

[\) Vulgairement Animé , Copal d'Orient , Copal dur , Copal demi-dur .

RÉSINES. — LADANUM. 349

Propriétés et usages. — La résine animé a une odeur très-aromalique et très-agréable.

g V. — Ou Lailamim.

1° Puantes. — On recueille cette résine en Orient, sur des végétaux du genre Ciste ( Cistus ).

Ces végétaux ont pour caractère commun : un calice à 5 divisions presque égales et une capsule avec 5-101oges et 5 ou 10 valves qui portent une cloison sur le milieu de leur face interne. Les graines sont attachées à la base de l’angle intérieur des loges. Ce sont des arbrisseaux, souvent visqueux, à fleurs grandes, blanches ou purpurines.

L’espèce qui fournil principalement le ladanum est le Ciste de Crète (I); mais on en retire aussi du ladanifère (2), du Ciste à feuille de Laurier (3), de celui de Chypre (4) et du Lédon (5). On pourrait aussi en récolter sur le Ciste de Montpellier (6), arbrisseau du midi de la France, très-visqueux et très-odorant.

Caractères. Voici les caractères de ces six espèces :

Fleurs

pourpres (sépales 3) 1. Ciste de Crète.

/ l sublinéaires 2. Ciste ladanifère

l Sé

blanches.

Sépales 5. Feuilles J ovales 3. Ciste à feuilles de Laurier .

foblongues.. 4. Ciste de Chypre.

CA , t r •„ „ ( obloiigues. . 5. Ciste Lédon.

Sépales 5. Feuilles , ° \ , ,, ,

| sublineanres 6. Liste de Montpellier .

2° Résine. — On peut distinguer deux ladanums (7) : 1° celui de Candie, 2° celui d’Espagne.

C’est dans l’île de Candie ou dans l’île de Crète qu’on récolte le premier. Les Grecs se servent d’un instrument semblable à un râteau, qui offrirait des lanières de cuir à la place des dents. Dans les plus grandes chaleurs et dans les temps calmes, ils passent et repassent ces lanières sur les touffes ou buissons de Cistes. La matière résineuse et gluante s’attache au cuir, d’où on la retire en la raclant avec un couteau.

Ce ladanum est dit ladanum en pains. Le commerce l’apporte

(1) Cistus Creticus Linn.

(2) Cistus ladani férus Linn.

(3) Cistus laurifolius Linn.

(4) Cistus Cyprius Lam.

(5) Cislus Ledum Lam.

(6) Cistus M ompeliensis Linn.

(7) Ofticin., Lahdanum , Ladanum.

MOQ.-TAND. — DOT. MED.

en masses plus ou moins volumineuses, poisseuses, opaques, ternes, d’un brun presque noir, légèrement verdâtre. 11 ressemble au suc de réglisse, mais il n’est pas luisant. Il est enveloppé dans des lambeaux de vessie.

Le ladanum d'Espagne est recueilli surtout sur le Ciste ladamfère. On fait bouillir les sommités de cet arbrisseau dans l’eau. La résine se fond et monte à la surface du liquide.

Ce ladanum est en cylindres roulés, tordus, secs, un peu légers, durs et cassants. On lui a donné le nom de ladanum in tortis.

Le ladanum répand, en brûlant, une fumée épaisse et blanchâtre. 11 se dissout presque en entier dans l’alcool.

3° Propriétés et usages. — Le ladanum offre une odeur balsamique assez agréable. Sa saveur est un peu amère.

Celte résine était autrefois appliquée à l’extérieur comme résolutive. On la donnait à l’intérieur comme astringente, fortifiante et stomachique.

On l’administrait en emplâtre ou en teinture. On l’incorporait aussi dans des pastilles. Le ladanum entre dans la composition de la thériaque céleste et dans certains cosmétiques.

Cette résine, aujourd’hui, est plus recherchée par les parfumeurs que par les médecins.

§ VI. — Ou Roiicou.

1° Plante. — Le Roucouyer (1) est un bel arbuste de la famille des Bixacées. On le rencontre dans les forêts de l’Amérique méridionale.

Description. — Tige haute de 4 à 5 mètres. Feuilles alternes, pétiolées, en cœur à la base, acuminées, entières, glabres. Inflorescence en panicules terminales. Fleurs d’un blanc rose. Calice entouré à la base de 5 tubercules, à o folioles orbiculaires, roses, caduques. Corolle à 3 pétales oblongs. Étamines nombreuses, insérées sur le réceptacle et disposées sur plusieurs rangs. Ovaire supère, velu, surmonté d’un style filiforme et d’un stigmate bilobé. Fruit ( capsule ) ovoïde, cordiforme, comprimé, bivalve, hérissé d’aiguillons mous, d’un rouge pourpre. Graines nombreuses, entourées d’une matière gluante, d’un rouge vif.

2° Résine. — Le roucou (ou rocou) est une pâte qu’on prépare de la manière suivante. On détache et rejette la première enveloppe du fruit. On écrase les graines dans des auges de bois et on les délaye dans l’eau chaude. On met le tout sur un tamis peu serré;

(1) Bixa Orellana Linn,

RÉSINES PEU EMPLOYÉES

l'eau passe avec la matière coloranle et quelques débris. On la laisse fermenter quelque temps sur son marc. Quand elle a pris la consistance d'une pâte solide, on en forme des pains du poids d’un à deux kilogrammes que l’on entoure de feuilles de Balisier.

On doit choisir le roucou d’un beau rouge de colcolar (Guibourt). Le meilleur est celui que l’on apporte de Cayenne. Il est un peu mou. Pour entretenir sa mollesse, les droguistes le malaxent quelquefois avec de l’urine.

Celte résine se ramollit aussi au feu ; elle brûle avec beaucoup de fumée. Elle est à peine soluble dans l’eau, qu’elle colore en jaune pâle. Elle se dissout facilement dans l’alcool et dans l’éther. 3° Propriétés et usages. — Le roucou présente une saveur

I aromatique.

On l’a recommandé comme purgatif.

Les Indiens le dissolvaient dans l’huile et s’en peignaient le corps, surtout quand ils allaient à la guerre. Aujourd’hui, on s’en sert principalement pour colorer les étoffes et même le beurre et la cire. Cette couleur est, du reste, très-fugace.

g ¥11. — De quelque» Résilies peu employée».

1° Résine calaba (t), retirée du Calophylle calaba ( 2), Gultifère des Antilles. — Solide, d’un brun verdâtre, à poussière jaunâtre.— Odeur forte, non désagréable. Saveur assez aromatique. — Regardée comme vulnéraire.

2° Résine caragne (3), retirée de YAnibe de la Guyane (4), Laurinée. — Tenace, ductile comme la poix lorsqu’elle est récente, devenant dure et fragile en vieillissant, faiblement luisante, d’un brun verdâtre. — Odeur forte et agréable; saveur amère. — Elle entrait anciennement dans des emplâtres antispasmodiques et résolutifs. On en fait rarement usage aujourd’hui.

3° Résine de Chanvre, retirée du Chanvre cultivé (5), Cannabinée. — En petites boules molles, appelées, dans l'Orient, cliur- , rus ou cherris. — Elle possède à un haut degré les propriétés enivrantes de la plante (6).

j 1) (1) Vulgairement Galba des Antilles, Baume de Marie.

(2) Catophyllum Calaba Jacq.

(3) Officin., Caragna, Caranna; vulgairement Résine de caragne, if. de ca- (• j reigne.

(4) Aniba Guianensis Aubl. (Cedrota longifoha Willd.).

(5) Cannabis satina Linn.

! (6) Voy. page 119.

4° Résine faux Dammar (1), retirée de Y Engelhardtie à épi (2), Juglandée des Moluques. — Larmes grosses, arrondies, ou allongées, mamelonnées, blanchâtres; cassure vitreuse. — Employée principalement pour des vernis (3).

5° Résine kamala ou kameela, retirée des capsules de la Rottlère tinctoriale (4), Euphorbiacée des Indes orientales. — Substance résineuse sous forme de poudre rouge. — Employée à l’extérieur dans quelques maladies de la peau, et à l’intérieur comme vermifuge, particulièrement contre le ténia. — Administrée en infusion et en teinture.

6° Résine de Lierre, retirée du Lierre grimpant (5), arbrisseau sarmenteux indigène de la famille des Hédéracées. — En morceaux opaques d’un brun foncé, offrant quelquefois des taches roussâtres; à cassure plus ou moins vitreuse, transparente, et d’une couleur orangée ou rouge de rubis. — Odeur désagréable ; saveur mucilagineuse et amère. — On l’employait autrefois comme résolutive et emménagogue. On s’en servait aussi dans les fumigations (6).

7° Résine de sandaraque, retirée du Callitris articulé (jl), arbrisseau africain de la famille des Cupressinées. — En petits morceaux ou larmes irrégulièrement oblongues, légères, transparentes, d’un jaune d’ambre clair très-uniforme, recouvertes d'une poussière blanchâtre très-fine; cassure nette, vitreuse, très-brillante. — Odeur presque nulle; saveur légèrement balsamique. — Très-peu employée en médecine. On se sert de sa poudre pour empêcher le papier gratté d’être traversé par l’encre.

8° Résine de Xanthorrhée, retirée de diverses espèces de Xanthorrhées, plantes frutescentes de la Nouvelle-Hollande, appartenant à la famille des Asphodélées. Les principales sont : la Xanthorrhée hastée (8) et la Xanthorrhée arborescente (9). — Résine en larmes arrondies, de couleur variable. On distingue : 1° la jaune, 2° la brune , 3° la rouge. — Odeur balsamique. — Très-employées par les Australiens.

(1) Officin., Résina dammara , Dammar-selan, Dammar friable, Copal tendre de Nubie.

(2) Engelhardtia Selanica (Dammara Selanica Rumph., Unona ? Selanica DC., Engelhardtia spicata Blurne).

(3) Voy. page 341 .

(4) Rottlera tinctoria Roxb.

(5) Hedera Hélix Linn.

(6) Voy. page 196.

(7) Callitris articulata (Thuia articulata Desf., Callitris quadrivalvis Rich.).

(8) Xanthorrhœa hastilis Smith ( X . resinosa Pers.).

(9) Xanthorrhœa arborea R. Brown.

TEREBENTHINES.

Page 1