‹ Éléments de botanique médicaleChapitre 17 sur 247 · II. — Méthodes · texte numérisé non relu

II. — Méthodes

Les méthodes sont des classifications fondés sur l’ensemble des organes. Elles ont pour but d’associer les végétaux d’après leur degré de ressemblance.

Une méthode bien faite représente fidèlement le degré de parenté ou le défaut de rapports des différentes plan tes. Elle enchaîne toutes nos idées ; elle nous fait saisir tous les points communs par lesquels les végétaux se tiennent les uns aux autres; elle n’offre aucune espèce A nos regards, sans nous montrer en même temps celles qui existent en deçà et au delà (Lamarck).

C’est un mode d’association plus conséquent avec lui-même, plus scientifique, plus philosophique que le système. Il l’emporte sur ce dernier, comme les créations de la nature l’emportent sur les combinaisons de notre esprit. La méthode est au système à peu près ce que les grammaires raisonnées sont aux dictionnaires (Duméril).

Il peut exister un grand nombre de systèmes ; il y en a autant

CLASSIFICATION DES VÉGÉTAUX

que l’imagination des hommes est capable d’en inventer. Il n’existe, à proprement parler, qu’une seule méthode ; mais elle est mauvaise, médiocre, benne, parfaite, suivant l’époque de la science et suivant la sagacitç de son auteur.

Les premiers botanistes avaient une idée vague des groupes naturels: ils les conservaient, même dans leurs classifications les plus artificielles ; mais leurs opinions à cet égard n’étaient ni arrêtées, ni raisonnées.

Dans l'histoire de la méthode naturelle, on peut distinguer cinq phases: 1° l’époque d 'invention, 2° celle de tâtonnement, 3° celle de comparaison générale, 4° celle de subordination des caractères, 5° celle de perfectionnement .

1° Époque d'invention. — L’illustre Magnol (de Montpellier), maître et successeur de Tournefort, a conçu, le premier, l’idée dégrouper les végétaux suivant leurs affinités, et d’en constituer des associations analogues au x familles des hommes.

Magnol est une des gloires de la botanique française. On trouve, chez lui, le sentiment intime de la classification naturelle, mais ce sentiment est encore très-confus; les tentatives qu’il a inspirées sont incomplètes. L’auteur a trouvé le germe d’une grande découverte, mais il n’a pas su le faire éclore.

2° Époque de tâtonnement. — Linné a parfaitement compris les avantages immenses que pourrait donner une classification naturelle bien faite. Ce grand botaniste a essayé d’en composer une (1738), mais il n’a réussi qu’à en produire des fragments. Il n’avait aucune règle, il tâtonnait... Il a proposé 64 ordres naturels. Ces ordres ont paru d’abord sans noms et sans caractères. Plus tard (1753), il a porté leur nombre à 67, et leur a donné des noms; mais il les a toujours laissés non définis, et par conséquent mal circonscrits.

3° Epoque de comparaison. — Adanson a publié aussi des familles naturelles (1763) (l). A cette époque, la science avait marché. Les organes des végétaux étaient mieux connus et leurs rapports mieux appréciés; on pouvait donc associer les plantes plus facilement et plus rigoureusement. L’illustre botaniste fi ançais avait une profonde connaissance des livres et des choses; il possédait au plus haut degré celte aptitude à bien voir et ce

(1) On verra plus loin que Bernard de Jussieu avait disposé le jardin de Trianon en 1759. « Si l’on considère qu’Adanson avait de continuelles communications avec Bernard, que ce dernier ne faisait point mystère de sa doctrine, qu’il était le promoteur et, pour ainsi dire, l ame de presque tous les grands travaux que les naturalistes français entreprirent alors, on jugera de quelle utilité ses conseilsturent pour Adanson. » (Mirbel.)

MÉTHODES

génie comparateur qui font les grands naturalistes (Mirbel). Adanson chercha, dans l’établissement de ses familles, à remplacer l’incertitude des tâtonnements par des règles positives; il crut reconnaître que des relations entre les végétaux reposent dans chaque organe étudié isolément ; que leur ressemblance existe entre les racines ou les feuilles, le calice ou la corolle, les étamines ou les pistils...., ou bien entre plusieurs de ces organes à la fois. 11 en conclut que les espèces qui offrent le plus grand nombre de ces rapports partiels doivent être les plus rapprochées dans l’ordre de la nature. Il composa ainsi 38 familles naturelles, comprenant ICI 3 genres.

Adanson donna à chaque famille des caractères distinctifs. Sa classification, dite de comparaison générale, était un progrès immense. Mais, malheureusement, tous les rapportssaisis ne peuvent pas avoir la même valeur taxinomique. Chaque organe présente son importance particulière, et, d'un autre côté, tous les points de vue sous lesquels une partie peut être envisagée, n'offrent pas non plus à la classification des traits distinctifs d’un intérêt similaire. Adanson compte les caractères, 'mais ne les pèse pas. 11 croyait à une série ou gradation fondée sur tous les rapports possibles de ressemblance ; et celle gradation qu’il s’efforce d’établir, n’est pas dans la nature.

4° Epoque de subordination. — Un botaniste célèbre de Francfort, aux travaux duquel on n’a pas accordé assez d’attention, Laurent Heister, avait reconnu, dès 1 730 (I), qu’il existe entre les organes des végétaux une subordination de caractères ; c’est-àdire que les signes d’affinité ou moyens de classification sont de valeur inégale, qu’il y a des caractères dominateurs et des caractères subordonnés , et qu’un seul des premiers peut sou\ent, par son importance, équivaloir à plusieurs des seconds. Heister avait appliqué cette idée à l’arrangement méthodique des plantes du jardin de Helmstadt. Son ouvrage, très-remarquable, publié en 1748, renferme autant d’erreurs grossières que de grandes vérités. 11 fut peu répandu et mal apprécié par les contemporains; il ne produisit aucune sensation.

Dix ans plus tard, c’est-à-dire \ers 1758, Bernard de Jussieu disposa le jardin de Trianon d’après une classification naturelle, fondée aussi sur le grand piincipe de la subordination des caractères (2). On sait que cet illustre botaniste a passé sa vie à

(1) Trente-trois ans avant Adanson et huit avant Linné!

(2) L’arrangement du jardin de Trianon est postérieur de vingt-huit ans à l’arrangement du jardin de Helmstadt!

CLASSIFICATION DES VÉGÉTAUX

perfectionner celte admirable classification; qu’il l’a exposée dans ses cours et dans ses conversations, mais qu’il ne l’a formulée dans aucun livre ni dans aucun mémoire.

Les idées et l’ouvrage du célèbre botaniste allemand qui vient d’êlre cité ont-elles servi de guide aux méditations de Bernard de Jussieu? La chose est possible (De Candolle).

Cependant notre illustre compatriote était un homme simple et modeste, peu empressé de publier ses idées, et par conséquent peu disposé à s’approprier celles d’autrui. On sait qu’il est devenu le chef d’une grande école, sans efforts, sans polémique, et, pour ainsi dire, malgré lui! (Flourens.)

Antoine-Laurent, son neveu et son élève, a été son successeur et son interprète (1). Il a recueilli et publié la classification de Bernard ; il l’a développée et régularisée dans un immortel chefd’œuvre, le Généra plantarum (1789), ouvrage fondamental, qui a fait dans les sciences d’observation une époque peut-être aussi importante que la chimie de Lavoisier dans les sciences d’expérience (Cuvier).

Le Généra plantarum présente 100 familles qui embrassent 1754 genres.

5° Époque de perfectionnement. — Depuis l’apparition du Généra plantarum , la classification naturelle, assise sur ses véritables bases, adoptée, étendue ou corrigée, a marché de plus en plus vers la perfection.

Une des grandes difficultés qu’a rencontrées l’établissement de la méthode, c’est que, dans les différents groupes, tous les éléments taxinomiques ne sont pas d’une importance similaire (Magnol). Tel caractère dominateur dans une famille devient subordonné dans une autre, chacune d’elles offrant pour ainsi dire un génie et des mœurs qui lui sont propres (Adanson). D’après ces différences, on comprend pourquoi le perfectionnement des ordres naturels n’a pu arriver qu’avec lenteur et peu à peu, et pourquoi il a fallu, pour l’obtenir, le concours d’un très-grand nombre de botanistes distingués. Les uns ont fait connaître les plantes variées des différents pays et les ont comparées à celles de l’Europe; d'autres ont composé des monographies spéciales de genres, de tribus ou de familles ; certains ont examiné la véritable nature des parties et les lois de symétrie qui président à

(1) On dit assez généralement que l’importance relative des divers organes des plantes a été énoncée pour la première fois dans le mémoire d’Antoine-Laurent de Jussieu sur les Benonculace'es (1773) ; mais Heister la connaissait et avait cherché à l’appliquer quarante-trois ans auparavant (1730).

MÉTHODES

leur arrangement. Ceux-ci ont étudié particulièrement les inflorescences, les ovules, les fruits, les embryons... ; ceux-là ont remonté à la formation des organes et ont fait connaître les changements qu’ils subissent pendant leur évolution; plusieurs ont pénétré dans la structure des tissus et dévoilé des rapports inattendus ou des dissemblances méconnues.

Parmi ces auteurs, un des hommes qui doivent être placés au premier rang, c’est l’illustre De Caudolle. Ce grand botaniste a formulé non-seulement les règles qui doivent présidera l’établissement et au perfectionnement de la méthode naturelle, dans un ouvrage qui est regardé, avec raison, comme un des plus beaux de la science; mais il en a fait des applications nombreuses, soit dans des monographies spéciales, soit dans son recensement général de tous les végétaux connus.

Le nombre des familles naturelles, admises aujourd’hui, s’élève à près de 300. Dans la dernière édition de sa Théorie élémentaire (1844), De Candolle en comptait déjà 213.

Ces familles ont été groupées de différentes manières par les divers auteurs, mais ces arrangements sont toujours plus ou moins artificiels, parce que la disposition en série linéaire, obligée dans nos livres, ne peut pas représenter les affinités nombreuses et compliquées des associations, la nature ayant lié les plantes par un réseau plutôt que par une chaîne (R. Brown).

Une carte géographique suffirait à peine 'pour donner une faible idée des rapports multipliés qui unissent, soit les familles entre elles, soit les genres dans une même famille, ou les espèces dans un même genre.

Il est donc indispensable d’employer le sijstème pour arriver facilement à la méthode. L’un est le moyen, l’autre est le but. Le premier indique le nom, le second enseigne la chose, et c’est une erreur nuisible aux progrès de la science que d’adopter exclusivement l’un ou l’autre, puisque chacun a des avantages, et que l’emploi successif de l’un et de l’autre concilie vérité et facilité (Le Maout).

Les familles des végétaux ont été distribuées en deux sousrègnes : 1° les CRYPTOGAMES, 2° les PHANÉROGAMES.

Les premières sont dépourvues d’étamines et de pistils; elles se reproduisent au moyen d’organes plus ou moins différents de ces derniers, ou bien par des gemmes sans fécondation préalable ; elles manquent d’ovules. Leur embryon est simple, c’est-à-dire sans organes distincts, et généralement formé d’une seule vésicule.

CLASSIFICATION DES VEGETAUX.

On trouve, dans leur constitution, du tissu cellulaire sans vaisseaux, pendant toute leur existence ou dans leur jeunesse seulement.

Les secondes présentent des étamines et des pistils ; elles se reproduisent toujours par génération et par graine. Elles ont des ovules. Leur embryon est composé, c’est-à-dire formé de plusieurs organes distincts.

On trouve toujours, dans leur constitution, du tissu cellulaire et des vaisseaux .

Les CRYPTOGAMES se divisent en deux embranchements : 1° les Ami'higènes, qui n’ont ni axe, ni organes appendiculaires distincts, et qui se reproduisent par des embryons nus (spores); 2° les Acrogènes, qui ont un axe et des organes appendiculaires distincts, et qui se reproduisent par des embryons recouverts d’un tégument (séminules).

Les premières ont des frondes , un mycélium ou un thalle ; et les secondes, de vraies feuilles ne portant pas les fruits, ou des feuilles anomales portant les fruits.

Les PHANÉROGAMES se divisent aussi en deux embranchements : 1° tes Monocotylédones, 2° les Dicotylédones.

Les Monocotylédones ont des vaisseaux disposés par faisceaux. Leur embryon offre des cotylédons solitaires ou alternes.

Elles comprennent deux classes : 1° les Périspermées, dont la graine est pourvue d’un albumen; 2° les Apérispermées , qui n’en présentent pas. Les premières ont les organes sexuels protégés par des glumes et des glumelles, ou bien entourés par un véritable périanthe.

Les Dicotylédones ont des vaisseaux disposés par couches concentriques. Leur embryon offre des cotylédons opposés ou ver ticillcs.

Elles comprennent quatre classes :

1° Les Monochlamydées, dont le calice et la corolle sont réduits à une seule enveloppe.

2° Les Corolliflores, dont les pétales sont soudés en une corolle distincte du calice.

3° Les Caliciflorcs, dont les pétales sont libres ou plus ou moins soudés, mais toujours insérés sur le calice.

4° Les Thalami flores, dont les pétales sont libres, mais insérés sur le réceptacle.

Page 1