II. — DES- HUILES SICCATIVES
Le caractère de ces huiles est de se dessécher plus ou moins rapidement à l’air, surtout lorsqu’elles ont bouilli avec de la litharge. Elles ont les mêmes propri étés que les huiles grasses, et on les emploie à des usages semblables.
Les principales sont : 1° l’huile de Noix , 2° l’huile de Lin, 3« l’huile d' Œillette, 4° l’huile de Ricin, 5° l’huile de Croton.
§ a. — Huile «le Noix.
1° Plante. — Le Noyer (1) est un grand et bel arbre de la famille des Juglandées. On l’a apporté de la Perse, il est assez commun en France.
Description. — Tronc pouvant atteindre jusqu’à 20 mètres de hauteur ; écorce blanchâtre; branches formant une tôle arrondie. Feuilles alternes, articulées, composées de 7 à 9 folioles presque sessiles, ovales, acuminées, superficiellement sinuées, entières, d’un vert sombre, noircissant par la dessiccation, aromatiques, sur-
(l) Juglans regia Linn.
HUILE IJE NOIX.
tout par le froissement, glabres, coriaces. Fleurs paraissant avant les feuilles, monoïques. Chatons mâles terminaux ou latéraux pendants à la partie supérieure des branches de l'année précédente, cylindriques. Involucre pédicellé, pinnatilobé, membraneux, à 5-0 lobes inégaux, concaves, imbriqués dans la préfloraison, offrant en dehors, près de son sommet, une bractée écailleuse. Étamines insérées vers la partie moyenne de l’involucre, au nombre de 14 à 36, à filets très-courts, portant des anthères bilobées, acuminées par un prolongement du connectif longitudinalement déhiscentes. Fleurs femelles à l’extrémité des jeunes pousses, réunies par 2 ou 3. Involucre uniflore, à limbe court, irrégulièrement 4-fide ou 4-denté. Calice à (ube soudé avec celui de l’involucre, à limbe 4-fide. Ovaire adhérent au tube calicinal, portant 2 stigmates subsessiles, allongés, recourbés.
2° Noix. — Involucre fructifère oblong-subglobuleux, marqué d’un sillon longitudinal, lisse, luisant, vert, noircissant et presque déliquescent après la maturité. Les fruits (appelés noix) sont gros, arrondis et ressemblent à un noyau ligneux très-dur, et composé de deux valves concaves, irrégulièrement creusées de sillons anastomosés.
La graine est très-inégalement bosselée, toruleuse, quadrilobéeau sommet et à la base. Son tégument propre extérieur est mince, d’abord blanchâtre, puis d’un jaune plus ou moinsfoncé. Il présente une astringence remarquable. La chair de la graine est blanchâtre. Les noix cou tiennent une assez grande quanti té d’ huile. Cent kilogrammes en donnent de 40 à 70 kilogrammes.
3° Hun e. — Celte huile se retire par expression, à l’aide de moulins particuliers.
L'huile de Noix est d’un jaune un peu verdâtre. La plus commune présente une teinte jaune-roussâtre. Cette huile s’épaissit à — 13° et se solidifie à — 27°.
4° Propriétés et usages. — Odeur faible. Saveur très-variable suivant son degré de pureté et son mode de préparation. Quand elle a été extraite avec beaucoup de soin, surtout lorsqu’on a pris la peine d’enlever, en partie du moins, les pellicules des amandes, elle est excellente à manger. Mais ordinairement il n’en est pas ainsi, et cette huile conserve une odeur et un goût particuliers, qui répugnent généralement aux Méridionaux, habitués à l’huile d’olive. Cette huile rancit très-facilement.
Dans beaucoup de pays on la mange. On l’emploie partout dans la peinture.
L'huile de Noix , extraite à chaud, est purgative. On l’administre quelquefois en lavements (I).
§ II. — Huile de Lin.
|° Plante. — Cette huile est fournie par la graine du Lin usuel (2), dont j’ai déjà parlé dans le chapitre sur les Graines (3). Cent kilogrammes de graines peuvent donner de 1 1 à 22 kilogrammes d’huile.
2° Huile. — L’huile de graine de Lin est la plus dense de toutes les huiles. Son poids spécifique est de 9,350 à 16°. Elle est d’un jaune foncé. Elle se congèle à — 27°.
En se séchant, elle perd de sa solubilité dans l’alcool et dans l’éther.
3° Propriétés et usages. — L’huile de Lin présente une odeur et une saveur particulières.
Cette huile est relâchante et peut être employée homme purgative.
Elle entre dansla composition de certains pessaires et de diverses bougies. On s’en sert beaucoup dans les arts, particulièrement dans la peinture, lorsqu’elle est cuiteetrenduesiccalive parla litharge.
g III. — Huile d’UEilleUe.
1° Plante. — L'huile d' Œillette ou mieux d’Oliette (4) est fournie par les gravies du Pavot somnifère (5). J’ai déjà parlé de cette plante dans le chapitre sur les Fruits (6). Cent kilogrammes de graines peuvent donner de 34 à 63 kilogrammes d'huile.
2° Huile (7). — L'huile d’ Œillette se fabrique en Allemagne, en Belgique et dans le nord de la France. Elle est abondante.
Elle a une couleur d’un jaune clair. Son poids spécifique est de 9,233 à 15°. Elle se congèle à -|- 10°. Elle est soluble dans 23 parties d’alcool froid et dans 6 d’alcool bouillant.
3° Propriétés et usages. — L’ huile d’ Œillette n’est pas narcotique, comme l’ont cru quelques auteurs.
(t) Voy. page 197.
(2) Linumusitntissimum Linn.
(3) Voy. page 285.
(4) Oleolum (petite huile).
(5) Papaver somniferum Linn.
(6) Voy. page 259.
(I) Vulgairement huile blanche, huile de Pavot.