CAOUTCHOUC
La quantité de lait récolté est variable. En général, vingt arbres en laissent égoutter en moyenne un litre. Les femmes peuvent en récolter environ deux litres : c’est là la quantité normale. M. Weddel a vu, le long de la rivière des Amazones, un ouvrier rentrer dans sa case avec une calebasse qui contenait au moins cinq litres. Cette quantité peut suffire à fabriquer vingt bouteilles ou poires, ou dix paires de souliers. Il faut environ trois litres de suc pour avoir un litre de caoutchouc. Les filles de cet ouvrier, moins exercées que lui, en recueillaient, assurait-il, plus de deux titres dans leur matinée.
Pour faire une bouteille, on fixe une boule d’argile au bout d’un bâton; on y applique une couche de suc; on sèche cette couche à la fumée épaisse d’une graine oléagineuse ; on trempe la boule de nouveau ; on l’enfume une seconde fois, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la matière ait pris une épaisseur convenable. En général, il faut une douzaine de couches. Alors on b lise la boule ou bien on la délaye dans l’eau, et l’on vide la bouteille par l’ouverture qui s’est faite en la détachant du bâton.
Pour fabriquer un soulier, on a une forme de bois fixée au bout d’une tige. Un ouvrier habile peut faire quatre ou cinq souliers en dix minutes.
Le caoutchouc ne durcit pas et ne se fonce pas tout de suite. Il faut qu’il soit exposé au soleil. Un peu d’alun ajouté au lait en accélère la coagulation, tandis que l’ammoniaque produit un effet opposé (Spruce).
On récolte encore le caoutchouc en lames et en masses informes.
On prépare les premières en versant le suc dans des cadres munis d’une toile métallique et appliqués sur une couche de sable (Hanloine), ou bien en l’étendant sur des planches qu'on expose au feu ou au soleil (Carré).
On obtient les secondes par divers procédés. Un des meilleurs consiste à coaguler le suc au moyeu du rhum (Hanloine).
Quand on abandonne le suc laiteux à lui-méme, il ne tarde pas à se séparer en deux parties, l’une solide, l’autre liquide, semblable à un produit séreux.
Caoutchouc. — Le caoutchouc pur est blanc, mou, flexible et très-élastique. Une boule de 9 pouces 1 /2 de circonférence et du poids de 7 onces t /4, tombant de 15 pieds, rebondit à 7 pieds de hauteur (Roxb.). Le poids spécifique du caoutchouc est de 0,989 (Briss.) (1). Cette matière est insoluble dans l’eau et dans l’alcool.
(1) Suivant d’autres, de 0,933.
Elle absorbe 26 pour 100 d’eau ; elle se dissout dans l’éther, dans les huiles volatiles et dans le sulfure de carbone.
4° Propriétés et usages. — Le caoutchouc n’oflïe ni odeur ni saveur.
Il est employé pour préparer des canules, des sondes, des bougies, des pessaires; il rend imperméables les taffetas et les étoffes ; il entre dans la composition de certains vernis. La chirurgie en tire un excellent parti dans un grand nombre de circonstances.
lM'odiiits analogues.
1° Gutta-Percha. — Il faut rapprocher du caoutchouc la guttapercha (t), substance très-analogue, originaire des Indes.
1° Plante. — Le végétal qui la fournit est 1 ’lsonandre gutta(2), de la famille des Sapotacées, qui croît à Bornéo, dans les îles de la Malaisie et dans les environs de Singapour.
Description. — Hauteur de 13 à t4 mètres. Feuilles alternes, longuement pétiolées, obovées, brièvement acuminées, trèsentières, vertes en dessus, dorées en dessous. Inflorescence axillaire, fasciculée. Calice à 6 sépales. Étamines 12. Ovaire biloculaire. Fruit (baie) presque globuleux, dur, à deux loges fertiles, contenant chacune une graine.
2° Gutta-percha. — Cette substance a été apportée pour la première fois en Angleterre en 1843, et en France en 1846. Elle nous arrive en pains ronds, un peu aplatis. Elle est solide à l’extérieur, un peu molle intérieurement, comme formée de couches fibro-membraneuses, blanchâtres et un peu nacrées. Elle devient, en se séchant, très-ferme et très-tenace.
Le poids spécifique de la gutta-percha est de 0,'J66 (Werth.). Elle se ramollit dans l'eau chaude.
La gutla-perclm diffère du caoutchouc par sa faible élasticité, par sa consistance pâteuse, par son insolubilité dans l’éther et par sa plus grande solubilité dans l’essence de térébenthine. Elle absorbe moins l’eau.
3° Propriétés et usages. — La gutta-percha peut remplacer le caoutchouc dans un grand nombre de circonstances. Elle entre dans la composition d’une espèce de sparadrap.
2° Balata. — Le balata est encore un produit offrant de grands rapports avec le caoutchouc.
(1) En malai pertjah; on l’appelle aussi Gettaria.
(2) Isoiiandra Gutta Hook.