B. chicotin
1» Le Bolet pernicieux (fi g. 1 18) a un chapeau de 3 à 4 décimètres de diamètre, orbiculaire, bombé, à surface un peu cotonneuse, olivâtre, devenant rougeâtre et visqueux. Tubes presque libres, très-longs, arrondis, jaunes, à orifice vermillon. Pédicule long, cylindrique, gros et renflé à la base, jaunâtre, marqué en haut d’une sorte de réseau rougeâtre. Chair épaisse, molle, jaunâtre, devenant bleue, verte ou d'un vert noir, quand on la casse ou qu’on la froisse.
Odeur forte et nauséeuse.
Il est vénéneux. Administré à un chien ou à un chat, il produit des vomissements répétés, accompagnés de mouvements convulsifs. Ces animaux succombent au bout de deux ou trois jours.
2° Le Bolet cuivré. — Chair plus ou moins épaisse, jaune, prenant une couleur vineuse quand on la coupe. Chapeau de7 à 12 centimètres de diamètre, orbiculaire, voûté, cendré, bronzé ou brunâtre. Tubes assez allongés, larges, irréguliers, se séparant facilement du chapeau. Pédicule grêle, cylindrique, plus ou moins aminci, quelquefois renflé à la base, brun ou jaune, rayé ou réticulé.
Odeur et saveur assez désagréables.
3° Le Bolet indigotier. — Chair blanche, devenant d’un beau bleu quand on la coupe. Chapeau orbiculaire, convexe, d’un roux pâle, un peu cotonneux. Tubes libres, arrondis, égaux, d’abord d’un blanc de lait, puis d’un blanc sale ou jaunâtre. Pédicule gros, très-épais à la base, d’un roux pâle, blanc dans le haut, plein.
Il passe pour vénéneux. Il est prudent de s’en abstenir.
4° Le Bolet chicotin. — Chair peu épaisse, molle, blanche, devenant d’un rose tendre quand on la coupe. Chapeau d’abord très-voûté, puis plan et même un peu concave, d’un fauve tirant sur le bistre. Tubes blancs dans la jeunesse, plus tard couleur de
(1) Boletus luridus Schæff. {B. rubeolarius Bull., B. perniciosus Roq.), vulgairement, Bolet à tubes rouges.
(2) Boletus cupreus SchæfT. [B. chrysenteron Bull., B. subtomentosus Pers.), vulgairement Bolet à taches jaunes, B. subtomenteux .
(3) Boletus cya?iescens Bull. [B. constri^tus Pers.).
(4) Boletus felleus Bull.
448 DES VEGETAUX VÉNÉNEUX, OU TOXICOPHYTES.
chair. Pédicule haut de 8 à 9 centimètres, cylindrique, un peu renflé à la base, jaunâtre, marqué de lignes fauves en réseau.
Sa saveur est amère.
Quelques personnes pensent que cette espèce et même les trois précédentes sont plutôt suspectes que réellement vénéneuses.
6° Action sur l’homme. — Les exemples d’empoisonnements par les Champignons sent assez fréquents. Les effets toxiques varient suivant les espèces vénéneuses. Ils dépendent aussi de l’âge etdu tempérament des personnes, du mode de préparation, du temps depuis lequel les Champignons ont été apprêtés et de la quantité mangée.
Certains Champignons pris en quantité considérable produisent seulement de la pesanteur, du malaise, du gonflement. D’autres déterminent de la faiblesse, de la stupeur et un délire passager. Un grand nombre, avalés à petite dose, occasionnentmalheureusemerit, dans toulel’étendue du tube digestif, uneirrilalion violente et une inflammation qui dégénèrent promptement en gangrène.
Les personnes qui ont mangé des Champignons vénéneux éprouvent plus ou moins promptement les accidents qui caractérisent les poisons âcres et stupéfiants ; ces accidents se déclarent peu de temps après le repas : le plus souvent, sept, huit et même après dix ou douze heures (Parmentier); quelquefois après seize et même vingt-quatre (Orfila).
I.es symptômes sont : des nausées, des envies de vomir, des efforts sans vomissement avec défaillance, des anxiétés, unsentimenl de suffocation ou d’oppression ; souvent une soif ardente, de la constrii tion à la gorge, toujours avec douleur à la région de l’estomac, quelquefois des vomissements fréquents et violents, des selles abondantes, noirâtres, sanguinolentes, accompagnées de coliques.de ténesme,de gonflement et de tension douloureuse du ventre. D’autres fois, au contraire, il y a rétention de toutes les évacuations, rétraction et enfoncement de l’ombilic.
A ces premiers symptômes se joignent bientôt des vertiges, la pesanteur de la tête, la stupeur, le délire, l’assoupissement, la léthargie, des crampes douloureuses, des convulsions aux membres et à la face, le froid des extrémités. Le pouls s’affaisse graduellement, les forces s’éteignent, les joues s’excavent; fout le corps s’émacie et prend parfois une teinte cyanosée. La mort arrive ordinairement au bout de deux ou trois jours (Parmentier).
On a conseillé différents moyens pour ôter aux Champignons leurs propriétés vénéneuses. Les uns veulent qu’on les saupoudre de sel et qu’on les presse légèrement (Delile) ; les autres, qu’on les
(ENANTHE SAFRANÉE.
trempe quelques heures dans du vinaigre ou de l’eau vinaigrée (Pouchet). Certainsassurenl que le principe malfaisant résidesurtout dans les lamelles ou les tubes, c’est-à-dire dans les organes reproducteurs, et qu'il suffit d’enle\erces parties pour rendre comestibles toutes les espèces, même les plus dangereuses (?)...
g II. — Do l’Wnanthc sufrnnée.
1° Plante. — L’ Œnanthe safranée (I) est une Ombcllifère indigène; elle croît sur les bords des fossés, dans les prés humides.
Descri/ition. — Racine composée de 5 ou 6 tubercules allongés, fusiformes, charnus, rapprochés en faisceau. Tige haute deôOcentimètres à t mètre, cylindrique, cannelée, d'un vert roussâtre, fistuleuse, rameuse \ers lehaut. Feuilles inférieures grandes, pétiolées, à base engainante, bipinnées ou tripinnées, portant des segments obovales-cunéiformes, presqueen cœur.incisésprofondémenl au sommet, glabres, d’un vert foncé. Ombelles très-amples, à rayons très-nombreux, presque tous delà même longueur, terminés par des ombellules serrées, presque sessiles. Involucres à plusieurs folioles. Fleurs petites etblanches; les intérieures sessiles, les extérieures pédicellées. Calice à limbe 5-denté, s’accroissant après la floraison. Pétales cordiformes, un peu inégaux. Fruits allongés, striés, couronnés par 5 petites dents aiguës et par les rudiments des deux styles, à a côtes obtuses, les marginales les plus développées; columelle non distincte.
2° Action son l’homme. — Il s’écoule des différentes parties de cette Ombellifère, quand on les entame, un suc fluide et laiteux qui jaunità l’airet devient bientôt unpeu orangé. Ce suc est très-âcre.
Si l’on confond les racines de cette plante avec celles de la Terre noix, sesfeuilles avec celles duCerfeuil et ses fruits avec ceux du Fenouil, et qu’on les avale, il en résulte de très-funestes accidents. Godefroy rapporte que trois matelots, dans les en virons de Lorient, mangôrenlles racines de cette Œnanthe. Peu de temps après, leur bouche et leur gosier s’enflammèrent, et des douleurs très-vives se manifestèrent à leur épigastre. Ils burent de l’eau à une fontaine, ce qui augmenta les accidents au lieu de les calmer. Un de ces malheureux mourut au bout de quatre heures, avec des angoisses inexprimables. Les deux autres, qui en avaient moins pris, se rétablirent, mais après un temps assez long.
(I) Œnanthe crocata Linu.
450 DES VÉGÉTAUX VÉNÉNEUX, OU TOXICOPIlYi ES.
§ III. — Du Sumac vénéneux.
Plante. — Le Sumac vénéneux (I) est une Térébinthacée de l’Amérique septentrionale. On la cultive dans les jardins.
On regarde comme une variété de celte espèce le Sumac radicant (2), originaire du même pays.
Description. — Arbrisseau à racine ligneuse et traçante. Tige grimpante dans son pays natal. Rameaux faibles, munis de petits suçoirs radiciformes. Feuilles alternes, distantes, longuement pétiolées, tri folio lées ; à folioles ovales, acuminées, entières, vertes, pubescentes, minces, la médiane péliolée, les latérales sessiles. Inflorescence en petites grappes axillaires, dressées. Fleurs petites, d’un vert blanchâtre, dioïques. Mâles: Calice petit, profondément o-partit, â lobes aigus. Corolle à 5 pétales plus longs que lecalice, ovales-lancéolés, recourbés en dehors. Étamines insérées autour d’un disque périgyne annulaire, au nombre de 5, plus courtes que la corolle, saillantes, dressées, à filets dilatésinférieuremenl, portant des anthères cordiformes, obtuses, inlrorses. Femelles : trois ou quatre fois plus petites que les méfies. Calice et corolle peu différents. Étamines rudimentaires. Ovaire entouré d’un disque globuleux, uniloculaire; style court, trifide; stigmates obtus. Fruit (drupe) petit, sec, sillonné, d’un blanc jaunâtre, renfermant une graine globuleuse et striée.
Les feuilles sont pleines d'un suc blanchâtre et résineux d’une extrême âcreté. Ce suc noircit à l’air.
2° Action sur l’ho>ime. — Les propriétés vénéneuses de ce Sumac sont connues depuis longtempset redoutées avec raison. « On sait qu’il suffit de toucher à ses feuilles pour quela main se couvre en peu detempsd’ampoulesplusou moins volumineuses. » (A. Rich.)
Il est peu de jardins botaniques où l’on n’ait à déplorer de temps en temps quelque accident plus ou moins grave.
Les émanations qui se dégagent du Sumac vénéneux font naître aussi des plaques rouges ou de petites pustules (Fonlana), surtout à l’ombre et après le coucher du soleil. On a cru que cette action était produite, ou par de l’hydrogène carboné tenant en dissolution un miasme délétère (van Mons), ou par un principe âcre particulier (Lavini).
Les feuilles du Sumac vénéneux, ou leur extrait, agissent à l’in-
(1) Hhus toxicodendron Linn. (Toxicodendron pubescens Mill.), vulgairement Herbe à la gale. Herbe à la puce.
(2) Jlhus radicans Linn. [Toxicodendron vulgare Mill.).
MANCENILLIER VENENEUX. 451
térieur à la manière des poisons âcres; elles exercent aussi une action stupéfiante sur le système nerveux (Orfila).
Malgré le caractère vénéneux bien évident de cette Térébinthacée,on n’a pas craint de l'introduire danslamaliôre médicale. On a conseillé ses feuilles contre l’épilepsie et contre les dartres invétérées (Dufresnoy). On les a proposées aussi contre la paralysie (Bréra).
On a tenté de l’administrer en poudre, en tisane, en teinture, en alcoolalure, en extrait, en pilules.
Comme cet emploi est fort dangereux et fort difficile à régler, très-peu de médecins l’ont adopté. C’est pourquoi j’ai cru devoir reléguer ce Sumac parmi les végétaux purement vénéneux.
§ IV. — Du Mancenillier vénéneux.
1° Plante. — Le Mancenillier vénéneux { t) est un arbre trèscélèbre ; il appartient à la famille des Fuphorbiacées. Il croît aux Antilles, sur les bords de la mer.
Description. — Tronc élevé. Feuilles ovales, presque en cœur à la base, pointues, légèrement dentées en scie. Fleurs monoïques. Mâles: Calice bifide ;étamineavec un seulfilament portant 4 anthères. Femelles: Calice à 4 sépales; plusieurs stigmates. Fruit (drupe) gros, charnu, semblable à une petite pomme, renfermant une noix multiloculaire, à loges monospermes. Ces fruits se détachent spontanément à la maturité et jonchent le sol.
Cet arbre est lactescent. Son suc est abondant et d’un blanc de lait.
2° Action sur l’homme. — Le suc du Mancenillier est très-caustique. Il suffit d’une goutte surla peau pour produire une ampoule qui se remplit de sérosité. De Tussac rapporte qu’une heureaprès son application, il ressentit une douleur assez vive, qu’il survint des ampoules et de petits ulcères qui le firent beaucoup souffrir, et qui durèrent plusieurs mois. Les Indiens trempent le bout de leurs flèches dans ce suc, et ces flèches conservent longtemps leur qualité toxique.
Les fruits ont une odeur particulière peu sensible. Lorsqu’on les mange, ils présentent d’abord une grande fadeur, puis un goût douceâtre. Mais bientôt il se manifeste une irritation violente aux lèvres, à la langue et au palais.
Les crabes qui se nourrissent de ces fruits sont dangereux pour les personnes qui en mangent (de Tussac).
(I) Hippomane Mancinella Linn.
On a dit que le Mmcenillier rendait vénéneuse la pluie qui avait touché son feuillage. On a même prétendu que son ombre seule était funeste. Jacquin a été mouillé sur le corps nu, sans incommodité, par la pluie qui avait traversé un de ces arbres. 11 s’est reposé aussi sous un autre Mancenillier , pendant trois heures, sans éprouver le moindre accident. On a donc exagéré les effets malfaisants de ce végétal ; ce qui, toutefois, ne nous autorise pas suffisamment à regarder ses émanations comme innocentes dans tous les cas (Desrouss.).
§ V. — De quelques autres Poisons etrangers.
Parmi les poisons étrangers, on peut citer :
1° L’Ahouai des Antiu.es (t), arbre assez beau de la famille des Apocynacées. — Son amande passe pour un poison mortel.
Il en est de même de Y Ahouai du Brésil (2).
2° Le Cununu (3), arbuste grimpant de la famille des Sapindacées, qui croît dans les Antilles. Son fruit sert en Amérique pour enivrer les poissons et pour empoisonner les flèches.
Les Paullinies ailée et australe (4) passent pour plus actives et pour plus vénéneuses (o).
3° Le Gouet vénéneux (6), Aroïdée de Saint-Domingue et des Antilles. Son suc est fort âcre, caustique et vénéneux.
4° Le Polygala vénéneux (7), abrisseau de la famille des Polygalées, qui croît à Java. — Il est en si mauvaise réputation auprès des habitants du pays, que le guide de Commerson n’osa jamais lui en cueillir les fleurs. Quoique ce savant botaniste ne touchâtcesdernières qu’avec précaution, elles lui occasionnèrent un long élernument et des maux rie cœur.
5° Le Sablier élastique (8), de l’Amérique méridionale et du Mexique. Ëuphorbiacée. — Pour donner une idée de l’énergie avec laquelle son suc laiteux agit sur l’économie animale, M. Boussingault rapporte que, lorsqu’il l’examina, avec M. Rivero, ils furent l’un et l’autre atteints d’érysipèle; le mal persista pendant plusieurs jours. Le laitlui avait été envoyé de Guaduas, par
(1) Thevetia nerii folia Juss. [Certera Thevetia Linn.) .
(2) Thevetia Ahouai A. DC. ( Cerbera Ahouai Linn).
(3) Paullinia Cururu Linu.
(4) Paullinia pinnata Linu. et australis Saint- H il.
(5) Voy. page 294.
(6 ) Arum seguinum Linn.
(7) Polygala venenosa Juss.
(8) Hura crepitans Linu., vulgairement Buis de sable, Pet du diable , Sablier.
U PAS ANTIÀR.
le docteur Roulin ; le courrier qui l’apporta fut gravement incommodé, et, sur la roule, les habitants des maisons où le messager avait logé éprouvèrent les mômes accidents (Roussingault).
Linné dit que, si le suc de cet arbre entre dans les yeux, il occasionne une cécité qui dure huit jours.
6° Le Tanghin de Madagascar (t), arbre de la famille desApocynacées. — Sa graine passe pour très-vénéneuse.